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Surprise : les premiers clichés de Pluton pris par la sonde New Horizons révèlent l’existence de hautes montagnes. Elles ne devraient pourtant pas exister sur une planète naine comme Pluton.

Pluton commence à distiller ses surprises au compte-goutte photographique. L’une des premières - issue des clichés dévoilés par la Nasa mercredi 15 juillet - est de taille : il y a des montagnes qui semblent s’élever à plusieurs milliers de mètres au-dessus de sa surface. "C’est la première planète [naine dans le cas de Pluton, NDLR] sur laquelle on observe d’importants reliefs qui ne devraient théoriquement pas exister", souligne François Forget, un planétologue et directeur de recherches au CNRS qui a été associé à la mission New Horizons.

Sur des grandes planètes rocheuses comme la Terre ou Mars, la présence de montagnes ne surprend pas : "La chaleur interne et les mouvements tectoniques entraînent des phénomènes volcaniques qui sont à l’origine de leur création", explique le scientifique.

Petite, seule et froide

Il y a une autre catégorie d’astres connus pour leurs sommets : les satellites des grandes planètes. Ils sont soumis à des forces de gravité très importantes et variables qui créent des mouvements et des frictions sous leur surface et engendrent, là encore, des volcans. "Io, un satellite de Jupiter, est ainsi secoué d’éruptions volcaniques en permanence", précise François Forget.

Pluton n’est pas de la taille de la Terre, et n’a rien d’un vulgaire satellite. La cible de la curiosité de la sonde américaine New Horizons est seule (pas de grosses planètes à proximité), petite et froide. Le cocktail parfait pour n’avoir que des reliefs à faire rigoler n’importe quel alpiniste amateur. Pourtant, "sur ces premières photos, on a même l’impression qu’il y a des chaînes de montagnes", remarque François Forget.

Ces massifs glacés non seulement existent alors qu'ils ne le devraient pas, mais ils sont, en outre, relativement récents. Ce qui, en langage d’astrophysicien, signifie qu’ils datent de "quelques dizaines de millions d’années", précise le scientifique du CNRS. Les photos prises par la sonde ne révèlent, en effet, pas de traces visibles de cratères dus aux impacts avec des astéroïdes et autres débris spatiaux, qui sont inévitables pour une planète vieille de plus de quatre milliards d’années. La surface de Pluton a donc été renouvelée avant la création des montagnes.

Matières radioactives ou océan caché ?

Cette "jeunesse" des cimes plutoniennes implique que la planète est active ou l'a été, il n'y a pas si longtemps. Ce constat ne colle pas avec l’image qu’on se faisait de cette planète froide, recouverte de glace où tout devait, donc, être figé - ou presque - depuis des lustres.

La découverte des montagnes va "obliger les géophysiciens à retourner à leur table de travail pour fournir des explications", a souligné Alan Stern, le responsable scientifique de la mission peu après la publication des clichés de la sonde. Certains chercheurs ont, d’ailleurs, commencé à formuler des hypothèses. "Les matières radioactives comme le thorium ou l’uranium présents à l’intérieur de Pluton peuvent produire de la chaleur en se désintégrant", avance au "Monde" John Spencer, un scientifique au département d’études spatiales du Southwest Research Institute (Colorado). Il pourrait aussi, d’après lui, y avoir un océan caché sous la surface qui "en perdant sa chaleur latente, cède cette énergie à la glace au-dessus".

Ces hypothèses de travail vont pouvoir s’affiner au fil des photos que la sonde va continuer à envoyer dans les mois à venir. "Pour l’instant, ces montagnes sont une énigme, mais n’oublions pas que nous n’en sommes qu’au début des informations que New Horizons collecte", rappelle François Forget. Pour lui, toutes les explications sont encore possibles, y compris une "petite révolution géophysique" impliquant la découverte d’un nouveau processus de formation des montagnes.
 

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