
Plus que quelques jours avant que le jury du Festival de Cannes, présidé cette année par Isabelle Huppert, ne rende son verdict. En attendant, retour sur les films qui ont marqué la semaine avec Sophie Tortolin, critique cinéma à RFI.
Le réalisateur philippin Brillante Mendoza veut coller le plus possible à la réalité : alors dans son film "Kinatay", on suit les événements en temps réel. Comme ces vingt longues minutes en voiture, dans une obscurité quasi totale. Au bout du trajet, le viol et le démembrement d'une prostituée sous le regard impassible du personnage principal. Un film pénible à regarder.
Autre flop asiatique : "Ivresse dune nuit printanière". Le réalisateur, Lou Ye, brise un tabou chinois en dépeignant une passion amoureuse homosexuelle. Le dialogue est réduit au minimum, les sens sont exaltés, mais l'exercice nous a laissés indifférents.
La polémique de ce festival - il en faut toujours une -, c'est "Antichrist", réalisé par l'enfant terrible du cinéma danois Lars Von Trier, après une grave dépression. Le sexe y est associé à une violence inouïe. Rarement de tels niveaux de répugnance ont été atteints au cinéma. Les irréductibles y verront du grand art. Qui sait si le jury cannois fera partie de ceux-là ?
Parmi les bonnes surprises, on retrouve Fish Tank ou l'histoire d'une adolescente à la dérive dans une triste banlieue anglaise, qui tombe sous le charme du nouvel amant de sa mère. L'actrice Katie Jarvis a été dénichée sur un quai de gare. Pourtant, elle pourrait repartir avec le prix d'interprétation féminine.
Ken Loach revient à Cannes avec à l'écran un duo improbable : voyant sa vie foutre le camp, un grand-père de la classe ouvrière de Manchester s'en remet à son idole, Eric Cantona, psychologue improvisé et parfait dans l'autodérision. Le postulat pouvait sembler bancal, mais rarement Ken Loach aura été aussi drôle.
Toujours en Angleterre, au XIXe siècle, 'Bright Star' est une histoire d'amour comme on en fait plus, entre le poète John Keats et sa voisine : une histoire vouée à l'échec, mais plébiscitée par la critique.
Enfin le film qui fait l'unanimité n'est autre que "Un prophète" du Français J. Audiard, un western transposé dans l'univers carcéral, un film de genre débarrassé des clichés. Malik est orphelin et devra se construire en prison sous la tutelle d'un parrain corse. Les acteurs sont justes, la réalisation excellente : un sans-faute.