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L’opposition appelle à de nouvelles manifestations au Burundi

Après l’échec de la tentative du coup d’État au Burundi, la semaine dernière, l’opposition espère remobiliser ses troupes. Elle appelle à de nouvelles manifestations, lundi, contre la candidature du président Pierre Nkurunziza à un 3e mandat.

Ce lundi 18 mai sera une journée test pour l’opposition burundaise. "[Ce] sera le 23e jour des manifestations contre la troisième candidature de Nkurunziza", a indiqué sur les réseaux sociaux Pacifique Nininahazwe, une des figures de la contestation. Quelques jours après l’échec de la tentative de coup d’État au Burundi, les manifestations contre le président en place, Pierre Nkurunziza, vont-elles reprendre ? C’est en tout cas le souhait des opposants, qui refusent toujours la candidature du chef de l’État à un 3e mandat présidentiel.

L'opposition veut prendre la température du mouvement anti-Nkurunziza, redoutant son essoufflement. "Quittons la peur, retrouvons notre élan de mercredi avant le coup d'État", a lancé Pacifique Nininahazwe, alors que les violences ont fait une vingtaine de morts depuis le 26 avril, début du mouvement de contestation.

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Objectif affiché de la manifestation : "entrer en ville", à savoir entrer dans le centre de Bujumbura, sanctuarisé par la police qui empêche les manifestants de converger vers le centre de la capitale, provoquant des heurts parfois violents et meurtriers avec les contestataires.

"Marche pacifique"

Mercredi 13 mai, les manifestants étaient parvenus à se rassembler en masse et pacifiquement dans le centre-ville, sur la symbolique place de l'Indépendance, jouant ensuite au chat et à la souris avec les policiers qui tentaient de les disperser à coups de gaz lacrymogènes. Cette percée symbolique jusqu'au cœur de la capitale avait été suivie peu après par l'annonce de la destitution du président Nkurunziza par le général Godefroid Niyombaré, un ancien proche du chef de l'État.

Hors de question, ce lundi, que la marche dégénère, préviennent les opposants. "La marche est pacifique : nous nous arrêtons quand la police nous affronte, nous nous asseyons les mains en l'air. Puis nous reprenons la marche", a ordonné Nininahazwe, "évitons tout acte de provocation : pas d'insulte, pas de pierres".

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Mais cette requête sera-t-elle respectée par les deux camps ? Bien qu'ils se défendent de liens avec les putschistes du général Niyombaré, les protestataires craignent que les autorités ne se servent du coup d'État avorté pour durcir la répression, déjà brutale.

"Les manifestants seront considérés comme des putschistes", prévient le pouvoir

De retour dans son palais, le président a déjà mis en garde les opposants à sa candidature, faisant le lien entre manifestants et militaires putschistes, et exigeant "avec force" "l'arrêt immédiat du soulèvement" populaire. Dimanche soir, le maire de Bujumbura, Saïdi Juma, s'exprimant à la télévision nationale, a été tout aussi clair : "Les manifestants seront considérés comme des putschistes et les forces de l'ordre et de sécurité ont reçu l'ordre de les traiter comme tels".

Selon Thaïs Brouck, le correspondant de France 24 à Bujumbura, "il est difficile de dire quelle sera l'ampleur de la mobilisation [...] car les gens craignent la répression."

"On a peur. On attend chez nous sans savoir ce qui va se passer", a expliqué dimanche une habitante de Nyakabiga, un quartier de Bujumbura. "Si les Imbonerakure (ligue de jeunesse du parti au pouvoir CNDD-FDD) veulent nous tuer, qui va en parler maintenant que les radios indépendantes sont muettes ?", demande-t-elle. 

Dans les quartiers contestataires, la reprise en main par le pouvoir suscitait la peur des exactions par les Imbonerakure, ligue qualifiée par l'ONU de milice et accusée par les opposants de s'occuper des basses œuvres du parti : intimidations et exactions contre ceux qui s'opposent au président Nkurunziza.

Parmi les inconnues de ce lundi, figure l'attitude qu’adoptera l'armée face aux protestataires. Jusqu'ici louée par les manifestants pour sa neutralité, refusant de prendre part à la répression, et s'interposant même entre protestataires et policiers pour éviter les dérapages, elle s'est majoritairement rangée derrière le pouvoir durant le putsch.

Avec AFP