
Alors que la police turque a réprimé vendredi une nouvelle manifestation sur les lieux du drame minier de Soma, un incendie s'est déclaré samedi matin empêchant les sauveteurs de venir en aide aux trois mineurs toujours prisonniers.
Au lendemain d'une manifestation de grande ampleur, sévèrement réprimée par la police turque, où plus de 10 000 habitants de Soma ont manifesté pour exprimer leur colère vis-à-vis des autorités à la suite de la catastrophe minière, les recherches se poursuivaient samedi pour tenter de retrouver deux mineurs portés disparus.
Un incendie s'est, par ailleurs, déclaré "à environ 300 mètres de l'endroit où ces mineurs sont prisonniers", a expliqué le ministre de l'Énergie, Taner Yildiz, expliquant que ce feu nuisait au travail des sauveteurs.
Vendredi 16 mai, en fin d’après-midi, la police a violemment dispersé les manifestants, à coups de canons à eaux et gaz lacrymogènes, blessant au moins cinq personnes.
L'émotion suscitée par la mort de plus de 300 mineurs se mue en fronde contre le Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, qui doit bientôt annoncer sa candidature à l’élection présidentielle, prévue le 10 août.
Depuis l'accident survenu mardi dans la mine de charbon de Soma, des milliers de Turcs sont descendus dans les rues pour manifester leur mécontentement contre le gouvernement, qu'ils accusent de laxisme et d'indifférence au sort des travailleurs en général.
Erdogan accusé d’avoir giflé un manifestant
Déjà fortement contesté par une mobilisation populaire inédite en été 2013, le pouvoir a tenté de calmer les esprits en promettant de faire "toute la lumière" sur la pire catastrophe industrielle de l'histoire du pays.
"Il y aura une enquête approfondie", a assuré, mercredi Recep Tayyip Erdogan, qui s'était rendu sur place. Mais il a aussi imputé l'accident à la fatalité, donnant comme exemple des accidents survenus en France au début du XXe siècle, exacerbant encore la colère populaire. "Les accidents sont dans la nature même des mines", a affirmé Erdogan, avant d'être hué et violemment pris à partie par la population locale.
Selon des images qui ont circulé sur les réseaux sociaux, le Premier ministre turc s'en serait même pris physiquement à un manifestant, qui l'accablait de critiques. Une information démentie, vendredi, par le porte-parole de son parti, l’AKP.
Une autre vidéo montre Erdogan saisissant ce même manifestant par le cou et l'insultant violemment en tenant des propos antisémites. "Où vas-tu espèce de sperme d'Israël, viens par ici !", crie le chef de l'exécutif, dans une bousculade.
Un des conseillers d’Erdogan a envenimé la controverse en donnant un coup de pied à un autre contestataire, maintenu à terre par des policiers. Le porte-parole de l’AKP a plaidé dans ce cas la "légitime-défense", sans vraiment convaincre.
Ces vidéos ont enflammé les réseaux sociaux et renforcé l'impression d'un chef de gouvernement manquant d'empathie pour les victimes du drame. La police est sur le qui-vive dans toute la Turquie depuis l'accident et réprime violemment tout rassemblement, comme à Izmir (ouest) jeudi ou à Istanbul. Partout, les mêmes slogans : "Gouvernement démission".
Les opposants d'Erdogan insistent sur les carences dans le contrôle des lieux de travail par les pouvoirs publics, notamment dans le secteur minier où les accidents se multiplient.
Fragilisé après la révélation en décembre d'un vaste scandale de corruption mettant en cause son régime et sa personne, Recep Tayyip Erdogan est cependant sorti renforcé d'élections municipales remportées par son parti en mars. L'homme fort et charismatique du pays compte bien se présenter au scrutin présidentiel du mois d’août, qu'il a toutes les chances de remporter d’après les observateurs turcs.
La compagnie exploitant la mine nie toute négligence
De son côté, la compagnie privée qui exploite la mine de Soma a pour sa part démenti toute "négligence". "Nous n'avons commis aucune négligence dans cet accident", a affirmé Akin Celik, le directeur d'exploitation de Soma Kömür Isletmeleri devant les journalistes. Une explosion de poussière de charbon pourrait être à l'origine de l'effondrement de la mine, a-t-il ajouté, et non pas le court-circuit d'un transformateur électrique, comme évoqué juste après l'accident.
Le PDG de la compagnie, Alp Gürkan, a, lui, assuré que la mine respectait toutes les normes de sécurité. Gürkan, qui serait un proche du parti au pouvoir, est accusé par une partie des médias d'avoir fait primer la rentabilité sur la sécurité des mineurs. En 2012, Alp Gürkan s'était ainsi vanté d'être parvenu à réduire les coûts de production à 24 dollars la tonne contre 130 dollars, avant la privatisation de la mine. Aucune poursuite judiciaire n'a pour l'instant été lancée contre les responsables de la société exploitante.
Sur place, les secouristes tentent toujours d’extirper du puits les derniers corps. Deux mineurs seraient encore coincés au fond.
Avec AFP