Alors que le président soudanais Omar el-Béchir était en visite à Juba, le Soudan du Sud a plaidé pour le déploiement d’une force commune destinée à sécuriser les puits de pétrole du nord du pays, théâtre d’affrontements depuis la mi-décembre.
L’ennemi d’hier peut devenir l’allié d’aujourd’hui. Le Soudan du Sud a demandé à discuter avec les autorités de Khartoum du déploiement d'une force commune pour assurer la sécurité des puits de pétrole du nord du pays, a déclaré lundi 6 janvier le chef de la diplomatie soudanaise, Ali Karti. Le ministre s'est exprimé devant la presse à l'aéroport de Khartoum au retour de Juba, où le président sud-soudanais, Salva Kiir, a reçu son homologue soudanais - et ancien ennemi -, Omar el-Béchir.
Ce dernier a plaidé la cause de la paix dans un pays qui a fait sécession du Soudan il y a deux ans et demi mais reste un partenaire économique important. Le Soudan du Sud a hérité de l'immense majorité des réserves pétrolières du Soudan d'avant la partition, mais reste tributaire des oléoducs du Nord pour exporter. Les frais de passage payés à Khartoum sont essentiels à l'économie soudanaise vacillante.
"La paix et la sécurité doivent régner au Soudan du Sud. Notre visite a pour but d'apporter la paix au Soudan du Sud, à nos frères et sœurs sud-soudanais. Notre relation est très importante", a déclaré Omar el-Béchir devant la presse avant de repartir pour Khartoum.
Depuis le 15 décembre, le Soudan du Sud est ravagé par des affrontements entre l'armée régulière et la rébellion menée par l’ancien vice-président Riek Machar, limogé en juillet par le président Salva Kiir. Le conflit a déjà fait des milliers de morts et près de 200 000 déplacés.
La Chine en première ligne
Parallèlement à la rencontre entre les deux chefs d’État, les pourparlers de paix entre le gouvernement sud-soudanais et l’insurrection ont débuté lundi en Éthiopie, où la Chine a ajouté sa voix aux efforts de médiation pour tenter de mettre fin aux combats dans ce jeune pays. Attendues depuis plusieurs jours, les négociations, qui doivent porter sur la mise en place d'un cessez-le-feu, ont officiellement commencé dans l'après-midi de lundi à Addis-Abeba, a affirmé le gouvernement éthiopien.
Depuis trois semaines, la communauté internationale multiplie les efforts pour amener les deux rivaux à la table des négociations et faire cesser les combats. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, qui entamait lundi à Addis-Abeba une tournée africaine, a affirmé que son pays suivait de près "la situation mouvante" au Soudan du Sud. "Pendant que je suis à Addis Abeba [...], je suis prêt à directement m'entretenir avec les deux parties", a-t-il affirmé.
La Chine est un acteur-clé au Soudan du Sud, en tant que principal acheteur du pétrole sud-soudanais et principal investisseur dans le secteur pétrolier. Or la production pétrolière est d'ores et déjà affectée par le conflit.
Intensification des combats
Sur le terrain, les combats se sont intensifiés ce week-end et se sont poursuivis lundi. L'armée sud-soudanaise tente de reprendre aux rebelles la ville stratégique de Bor, capitale de l'État du Jonglei (est) qui a changé trois fois de mains depuis le début de la crise. Les forces gouvernementales disent avancer aussi vers Bentiu, capitale de l'État pétrolier d'Unité, également contrôlée par les rebelles.
Depuis trois semaines, des massacres, des meurtres et des viols à caractère ethnique ont été rapportés dans le pays, où le conflit revêt une dimension ethnique entre les Dinka de Salva Kiir contre les Nuer de Riek Machar. Présent sur place, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) Peter Maurer s'est dit "particulièrement alarmé par la violence dirigée contre les civils et des gens qui ne participent plus aux hostilités".
L'ONG britannique Oxfam a aussi appelé à la paix, soulignant que "des milliers de familles vivant déjà dans une pauvreté extrême ont été chassées de chez elles et coupées de leurs moyens de subsistance".
Mais un délégué des rebelles aux pourparlers d'Addis-Abeba a laissé entendre qu'une solution demanderait du temps. "Notre délégation s'y rend avec l'esprit ouvert", a indiqué Mabior Garang, le fils du défunt John Garang, chef historique de la rébellion sudiste du temps de la guerre civile avec Khartoum. Mais les rebelles "doutent de la sincérité du gouvernement", a-t-il toutefois ajouté.
Avec AFP et Reuters