
Une exposition d'art américain, la première à Cuba depuis 1986, se tient actuellement à La Havane. Son principal organisateur espère que l'événement permettra d'"établir des ponts" avec l'île, sous embargo américain depuis 1962.
AFP - Réplique d'un poste de contrôle nucléaire ou perroquet clamant comme Fidel Castro que l'"Histoire (l)'acquittera", l'art américain s'expose pour la première fois depuis 23 ans à Cuba dans l'espoir d'"établir des ponts" avec ce pays sous embargo américain depuis 1962.
L'exposition "Chelsea visits Havana", qui s'est ouverte samedi jusqu'au 17 mai au Musée des Beaux-arts de La Havane, est la première de galeristes américains dans la capitale cubaine depuis 1986 et "la plus importante" d'un groupe d'artistes américains depuis la Révolution cubaine de 1959, estime son principal organisateur, Alberto Magnan, un Américain d'origine cubaine.
"Cela nous a pris deux ans et demi pour monter ce projet qui est le fruit d'une collaboration incroyable. Et j'espère que c'est un premier pas dans les relations entre Cuba et les Etats-Unis et que cela va permettre de créer des ponts", a déclaré M. Magnan, 47 ans.
Pièce maîtresse de la Biennale de La Havane, l'exposition regroupe 39 oeuvres de 33 artistes représentant 28 galeries new yorkaises, selon Abelardo Mena, commissaire de l'exposition pour le Musée des Beaux-arts.
Les oeuvres présentées sont hétéroclites, certaines faisant référence à l'histoire des Etats-Unis, notamment à la guerre en Irak, d'autres à celle de Cuba, comme le célèbre portrait au bérêt du révolutionnaire marxiste Che Guevara représenté sous forme d'un casse-tête dont on ne sait s'il est en construction ou en déconstruction.
"On peut voir la différence d'avec l'art cubain qui est plus lié à la tradition, à l'identité collective. L'art américain est plus individualiste", explique Abelardo Mena dans un pays accusé par Washington de bafouer la liberté d'expression.
"L'art visuel peut s'interpréter de différentes façons", commente lui, prudent, un "amateur d'art" cubain, Antonio Reyes, devant un tableau de Walton Ford narrant l'histoire d'un perroquet ara-macao, une espèce disparue à Cuba, ayant réussi à survivre et qui clame que "l'Histoire (l)'acquittera", comme l'a fait le père de la Révolution cubaine Fidel Castro.
La pièce préférée de M. Reyes, venu avec son fils adolescent et "déjà artiste", est un "poste ludique" de lancement de missiles nucléaires. "Parce que ça rappelle la guerre froide et que c'est quelque chose que l'on a bien connu" à Cuba, qui était l'allié de la défunte URSS face à l'"ennemi américain".
Le jeune créateur de "cet hymne aux ingénieurs", Doug Young, se dit "enchanté" d'être et d'exposer pour la première fois à Cuba, pays soumis depuis 47 ans à un embargo américain et donc interdit aux touristes américains.
Quinze artistes et galeristes américains ont fait le déplacement à Cuba, selon M. Magnan, mais l'artiste japonaise Setsuko Ono, soeur de la veuve de John Lennon, Yoko Ono, n'a pu se rendre sur l'île faute d'autorisation de la part des autorités des Etats-Unis où elle vit, d'après le journal officiel cubain Granma.
Pour l'artiste Duke O'Reilly, 36 ans, qui a inventé et filmé une "festive parade" de la saint Patrick, patron des Irlandais, dans la rue... O'Reilly de la Vieille Havane, "il est impossible d'organiser une telle exposition sans verser dans la politique". "Mais l'art est ce qui rapproche les gens et c'est pourquoi cette exposition est très importante surtout dans un tel moment" avec l'arrivée à la Maison blanche de Barack Obama, favorable à une détente avec Cuba.
Si les artistes ont besoin de visas, les oeuvres d'art circulent elles librement, n'étant pas soumises au régime d'embargo, de plus en plus contesté aux Etats-Unis. "Les Etats-Unis font des affaires avec la Chine et le Vietnam communistes", dit M. Magnan qui espère pouvoir organiser l'an prochain à Chelsea, New York, la "contrepartie" de cette exposition avec des artistes cubains.