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Bamako réaffirme son refus de la création d'un État islamique dans le Nord

La fusion des groupes armés Ansar Dine et le MNLA dans le nord du Mali renforce la position des islamistes. Le gouvernement intérimaire s'oppose à la création d'un État islamique, tandis que la Cédéao espère que la fusion facilite la médiation.

Au nord, les rebelles veulent appliquer une charia adaptée

Les rebelles qui ont proclamé un Etat islamique indépendant dans le nord du Mali ont annoncé dimanche qu’ils instaureraient la charia (loi islamique), mais pas sous une forme stricte.

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qui a pris les armes pour faire de la région de l’Azawad un Etat indépendant en avril, a signé samedi un accord par lequel il fusionne avec les insurgés de l’organisation islamiste Ansar Dine, lesquels aspirent à imposer la charia au Mali.
 
"Le Coran sera une source d’inspiration pour les lois de l’Etat", a dit Moussa Ag Acharatoumane, porte-parole du MNLA.
 
"Mais nous appliquerons ce que nous voulons et laisserons de côté ce que nous ne voulons pas. Il ne s’agira pas d’une application stricte de la loi", a-t-il nuancé.
 
Depuis qu’ils occupent les villes du nord du Mali, les islamistes s’efforcent de faire appliquer la charia, ce qui a déclenché un certain nombre de protestations de la part d’habitants accoutumés à une lecture plus modérée de l’islam.

AFP - La fusion de groupes armés dans le nord du Mali renforce la position des islamistes, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) en particulier, mais pour la médiation ouest-africaine cette nouvelle donne pourrait faciliter une "solution négociée".

La fusion annoncée du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), la rébellion touareg, et du groupe islamiste Ansar Dine ne changeait apparemment pas grand-chose dimanche dans le Nord, qui a échappé au pouvoir central malien à la suite du putsch du 22 mars à Bamako: dans les grandes villes de Gao et Tombouctou, les drapeaux de chaque mouvement flottaient toujours dans certains secteurs, symboles du contrôle territorial de chaque entité.

Cependant si, selon une source proche des négociations, les "détails" de la fusion restent à définir, la conclusion, samedi à Gao, d'un "protocole d'accord" entre le MNLA et Ansar Dine (Défenseur de l'islam, en arabe), marque un tournant majeur.

La rébellion touareg, sécessionniste et laïque, et Ansar Dine, prônant l'instauration de la charia (loi islamique) dans tout le Mali, ont officiellement surmonté leurs divergences et décidé leur "auto-dissolution" et la création d'un "Conseil transitoire de l'Etat islamique de l'Azawad", l'immense région septentrionale.

Le gouvernement malien de transition, qui ces dernières semaines était surtout pris par ses difficultés à s'imposer à Bamako face à l'ex-junte, a réaffirmé sa position de principe, rejetant "catégoriquement toute idée de création d'un Etat de l'Azawad, encore plus d'un Etat islamique".

Mais cette nouvelle donne consacre, de l'avis général, la position dominante des islamistes.

Le MNLA "perdait du terrain et ça, tout le monde le voyait. Il lui fallait une initiative pour rebondir", analyse le politologue malien Issa Touré, interrogé par l'AFP.

Les rebelles touareg sont "en pleine déconfiture. Donc ils signent avec Ansar Dine pour survivre", confirme une source sécuritaire dans la région.

"C'est Ansar Dine qui absorbe le MNLA, et non le contraire", insiste-t-elle, soulignant que "beaucoup d'officiers du MNLA ont rejoint ces derniers temps les rangs" du mouvement islamiste.

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Bamako réaffirme son refus de la création d'un État islamique dans le Nord

Aqmi "plus armé" que Mali et Burkina

"C'est une alliance contre-nature" qui "ne favorisera qu'Aqmi", s'indigne Malaïnine Ould Badi, un responsable de la communauté arabe du Nord malien. "A cette allure, demain, c'est Aqmi qui va nommer le préfet ou le gouverneur de Gao", proteste Mohamed Maïga, un représentant des autochtones songhaï de cette ville.

Vétéran de la rébellion touareg au Niger voisin et basé à Agadez (Nord nigérien), Ahmed Wagaya estime que la fusion MNLA/Ansar Dine pourrait n'être "pas si mauvaise" si les deux groupes se décident à "bouter Aqmi hors de la zone".

Une perspective qui semble toutefois loin d'être à l'ordre du jour.

"Ansar Dine nous a dit qu'il n'est pas question de déclencher une guerre à Aqmi. (...) C'est ça le problème", reconnaît Ibrahim Assaley, maire de la localité de Talataye (nord) et membre du MNLA.

De toute façon, assure la source sécuritaire régionale, les jihadistes d'Aqmi sont pour l'heure les plus forts: "Aqmi est aujourd'hui plus armé que les armées du Mali et du Burkina réunies".

Toutefois, alors que l'Algérie voisine a de nouveau plaidé dimanche pour le "dialogue" avec les rebelles, la médiation ouest-africaine veut croire que la fusion de groupes armés permet d'avancer vers des discussions.

"La médiation salue toute dynamique allant vers la cohésion entre les différents mouvements armés, l'essentiel étant que ce groupe (choisisse) l'option d'une solution négociée au conflit", a indiqué le ministre burkinabè des Affaires étrangères Djibrill Bassolé.

"Il est toujours mieux d'avoir à négocier avec un seul groupe qu'avec plusieurs aux intérêts parfois diamétralement opposés", a-t-il souligné.

Médiateur au nom de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), le président burkinabè Blaise Compaoré a déjà noué des contacts avec notamment le MNLA et Ansar Dine. En excluant officiellement Aqmi.