
Le blogueur et opposant au gouvernement azerbaïdjanais, Mahammad Mirzali, le 6 mai 2022 à Nantes. © Loïc Venance, AFP
Accusés d'être impliqués dans la tentative de meurtre d'un blogueur dissident azerbaïdjanais réfugié en France, neuf hommes sont jugés à partir de mardi 26 mai à Rennes par une cour d'assises spéciale, sous haute sécurité.
Pour l'avocat de Mahammad Mirzali, au-delà de l'attaque qui a failli coûter la vie à son client en mars 2021 à Nantes, ce procès est "celui de la liberté de critiquer un régime autoritaire et kleptocratique" en France.
Les trois membres du "commando" et leurs soutiens logistiques, tous de nationalité ou d'origine azerbaïdjanaise, nient les faits qui leur sont reprochés.
Leurs mystérieux commanditaires seront au cœur des débats, qui pourraient durer jusqu'au 12 juin.
En octobre 2020, un homme lui avait déjà tiré dessus à Nantes. Mahammad Mirzali s'en était sorti par miracle, une balle dans l'épaule.
En 2024, pour l'émission Reporters, le blogueur racontait à France 24 la tentative d'assassinat qui l'avait visé trois ans plus tôt. Des hommes armés de couteaux l'ont attaqué, le tailladant aux mains, aux jambes et à la hanche.
"L'un d'eux a mis sa main dans ma bouche et me tirait par la bouche. Peut-être qu'il voulait me couper la langue ou me décapiter. Je pense qu'ils voulaient couper ma tête et la prendre avec eux".
À voir Reporters – Torture en Azerbaïdjan : quand l’Europe regarde ailleurs ⤵️
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Des mesures exceptionnelles sont mises en place pour assurer la sécurité de Mahammad Mirzali et de la cour d'assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels.
Très critique à l'égard du régime du président Ilham Aliev, Mahammad Mirzali, 32 ans, est réfugié politique en France depuis 2015. Il alimente une chaîne YouTube et un blog comptant des centaines de milliers d'abonnés.
À France 24, il racontait également sa condamnation à 20 jours de prison en 2014, et la torture subie en détention en Azerbaïdjan.
"Ils me frappaient les pieds avec une matraque, et le ventre aussi", disait-il, précisant que le chef du commissariat – depuis promu responsable de la lutte anti-drogue, un poste-clé en Azerbaïdjan – supervisait en personne les tortures. "Il m'a demandé si j'allais continuer de critiquer Aliev. Je ne voulais pas briser mon honneur alors j'ai répondu 'bien sûr que oui'. Il m'a dit 'tu vois cette bouteille ? On va te l'enfoncer dans le cul et filmer la scène, on va voir si après ça tu diras toujours du mal d'Aliev."
"Du plus haut niveau en Azerbaïdjan"
Depuis qu'il a été grièvement blessé par une quinzaine de coups de lames le 14 mars 2021 en France, le blogueur vit sous protection policière 24h/24, dans un lieu tenu secret.
S'il se réjouit de voir enfin jugés ceux qui ont attenté à sa vie, Mahammad Mirzali "est très anxieux". "Il a la certitude que les menaces ne vont pas cesser avec le procès", déplore auprès de l'AFP son avocat, Me Henri Carpentier.
"Lui, en tant que tel, ne représente rien. Les scandales qu'il a pu dévoiler, c'est ça qu'on a voulu assassiner", décrypte l'avocat.
Les commanditaires présumés de la tentative d'assassinat contre Mahammad Mirzali en 2021 et d'une autre, déjouée l'année suivante par des douaniers, n'ont jamais été formellement désignés par la justice. Mais "on sait que ça vient du plus haut niveau en Azerbaïdjan", assure Me Carpentier.
Le blogueur d'opposition a été condamné dans son pays d'origine en 2025, par contumace, à six ans et demi de prison.
À défaut des commanditaires, le principal suspect jugé à Rennes est un trentenaire arrêté avec un passeport moldave au nom d'Andrei Topal, qui serait en réalité Emin Qasimov, un Azerbaïdjanais membre d'un clan de la mafia russophone des "voleurs dans la loi".
Avec un comparse, il doit répondre de "tentative de meurtre en bande organisée", crime passible d'une peine de réclusion à perpétuité.
Le troisième membre du commando est toujours en fuite et sera jugé en son absence.
Les six autres accusés sont jugés pour complicité et association de malfaiteurs.
Avec AFP
