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Silvio Berlusconi se rend au G20 sans réforme concrète

Dans le viseur des dirigeants européens, l'Italie se présente au G20 sans réforme concrète à annoncer. Lors d'une réunion ministérielle organisée en urgence mercredi, Silvio Berlusconi n'est pas parvenu à accélérer l'adoption de mesures anticrise.

REUTERS - Le conseil des ministres réuni en urgence mercredi soir en Italie s'est déroulé dans une ambiance délétère et n'a pas accéléré l'adoption de mesures de relance et de réduction du déficit.

Le président du Conseil Silvio Berlusconi, qui souhaitait la voie du décret pour faire passer ses mesures anticrise, "s'est heurté à un mur" selon une source ministérielle.

Il n'aura rien de concret à présenter jeudi et vendredi lors du sommet du G20 à Cannes à ses partenaires européens, Allemagne et France en tête, qui redoutent une contagion de la crise à la troisième économie de la zone euro.

Le gouvernement introduira un large amendement, dont le contenu reste flou, au projet de budget actuellement examiné par le Sénat.

Dans son communiqué publié à l'issue de cette réunion d'environ deux heures, le palais Chigi ne précise pas quelles seront les mesures. Le bureau du président du Conseil se
contente de dire que l'amendement reprendra "les engagements pris par le président Berlusconi dans sa lettre à l'Union européenne" la semaine dernière.

Des sources gouvernementales indiquent qu'il incluera des réductions d'impôts pour les entreprises de travaux publics, une simplification des démarches administratives pour les
entreprises et des mesures de promotion de l'apprentissage pour réduire le chômage des jeunes.

En revanche, le gouvernement ne s'est pas mis d'accord sur la réforme du marché du travail ou la taxe sur les grandes fortunes.

Isolement

La dirigeante de l'organisation patronale CGIL, Susanna Camusso, a estimé que l'Italie se présentait au G20 "sans leader crédible et sans les décisions qui ont été promises, mais pas adoptées".

L'écart de rendement entre les obligations italiennes et allemandes à dix ans a atteint mardi un niveau record et le taux d'emprunt de l'Italie restait supérieur à 6,2% mercredi.

A ce niveau, Rome doit s'attendre à verser des milliards d'euros supplémentaires d'intérêts sur sa dette dans les années à venir. Les économistes s'accordent à dire qu'un taux supérieur à 7% priverait l'Italie d'accès aux marchés obligataires.

Un défaut de paiement de l'Italie serait dévastateur pour la zone euro en raison de la taille de son économie, qui souffre d'une croissance atone et d'une dette publique de près de 1.900 milliards d'euros représentant 120% du produit intérieur brut.

Le comité national de stabilité financière, présidé par le ministre de l'Economie Giulio Tremonti, a conclu mercredi soir que les banques italiennes peinaient à se financer sur les marchés mais disposaient d'une importante marge de manoeuvre pour lever des fonds via les systèmes de financement européens.

La défaite concédée par Silvio Berlusconi mercredi soir lors de son conseil des ministre - refus d'un décret - accroît l'impression d'un isolement du "Cavaliere".

Les appels à la formation d'un gouvernement d'union nationale se multiplient mais Berlusconi reste "déterminer à continuer", selon un proche.

Napolitano consulte

"Il est inutile de faire des sacrifices pour sortir de la crise si Silvio Berlusconi reste chef du gouvernement", a dit le chef du parti centriste (UDC) Pierferdinando Casini.

Maurizio Paniz, proche collaborateur et avocat de Silvio Berlusconi, a estimé que le chef du gouvernement "s'était trompé" et prôné un changement à la tête du pays à un an et demi des élections législatives.

Le président Giorgio Napolitano a diffusé mardi soir un communiqué inhabituel, appelant Berlusconi à mettre en oeuvre des réformes sans délai et indiquant qu'il vérifiait si le
gouvernement était en mesure de les faire adopter.

Napolitano a rencontré mercredi le ministre de l'Economie Giulio Tremonti et doit recevoir jeudi les dirigeants du parti berlusconien, le Peuple de la liberté, et de la Ligue du Nord,
son principal allié au sein de la coalition.

Le chef de l'Etat n'a pas le pouvoir de démettre Berlusconi tant que celui-ci dispose d'une majorité parlementaire mais si les divisions déjà patentes au sein de la coalition de droite
devaient s'accentuer et provoquer une crise, il aurait le pouvoir de désigner un nouveau président du Conseil.

Dans un entretien accordé à Reuters, le secrétaire général adjoint du Parti démocrate (gauche) annonce que l'opposition tentera la semaine prochaine au Parlement de pousser Silvio Berlusconi à la démission.

"Nous sommes prêts à assumer nos responsabilités et à soutenir un nouveau gouvernement avec un programme de réformes et de réduction de la dette. Bien sûr, il est absolument indispensable d'avoir un changement de président du Conseil", dit Enrico Letta.