logo

L'évocation par Benoît XVI, dans un livre d'entretiens, des conditions dans lesquelles l’utilisation du préservatif n’est pas proscrite par l’Église ne modifie pas les conceptions du Vatican, selon la directrice de "La Croix".

Ce qu’on pourrait assimiler à une révolution de la position de l’Église devant l’utilisation des préservatifs n’a en réalité rien à voir avec un volte-face, estime Dominique Quinio, directrice du quotidien de sensibilité chrétienne "La Croix", interrogée par France24.com.

Le livre "Lumières du monde" où Benoît XVI s'est exprimé est issu d'une série d'entretiens avec le journaliste Peter Seewald. Il devrait être présenté cette semaine à la presse, dans ses versions italienne et allemande avant sa parution en France, le 3 décembre.

Selon elle, les propos de Benoît XVI, évoquant l'utilisation du préservatif "dans certains cas" pour éviter la contamination de maladies infectieuses, ne doivent pas être interprétés comme une évolution du dogme de l’Église en matière de contraception.

"Ses propos font bien évidemment référence au sida, précise-t-elle. Il explique que le préservatif n’est pas la solution au problème du sida ; mais l’utilisation du préservatif est un acte de responsabilité."

Ces paroles, explique encore la directrice de la rédaction de "La Croix", sont une réponse aux critiques émises contre le souverain pontif qui, à l’occasion de son voyage en Afrique en 2009, avait estimé que la seule utilisation du préservatif dans la lutte contre le sida ne pouvait qu’aggraver la situation.

Cette déclaration, très largement reprise et commentée, avait provoqué l’ire des organisations chargées de lutter contre l’épidémie de sida en Afrique subsaharienne, où 22 millions de personnes seraient infectées par ce virus.

“Le pape a mal vécu les réactions qui ont suivies cette déclaration, raconte Dominique Quinio. Il a été blessé que l’Église soit en retour perçue comme un monstre inhumain."

Le pape a évoqué le cas particulier d’un homme prostitué

Dans le livre d’entretiens "Lumières du monde", à paraître le 23 novembre, Benoît XVI insiste sur cette question de l’utilisation du préservatif en expliquant que ce n’est pas une "solution morale" au problème du sida.

En revanche, le Saint-Père déclare que "dans l’intention de réduire le risque de contamination, l’utilisation d’un préservatif peut cependant constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, une sexualité plus humaine."

Ces propos du pape, qui ne représentent au final que quelques phrases extraites d’un entretien qui a duré une vingtaine d’heures, n’évoquent d’ailleurs pas le lien entre le préservatif et les relations sexuelles au cœur du mariage.

“Il peut y avoir des cas particuliers, par exemple lorsqu’un prostitué utilise un préservatif, dans la mesure où cela peut être […] un premier élément de responsabilité permettant de développer à nouveau une conscience du fait que tout n’est pas permis et que l’on ne peut pas faire tout ce que l’on veut", est-il écrit dans le livre.

Jusqu’à présent, le Vatican avait toujours interdit l’utilisation de toute forme de contraception (autre que l’abstinence), y compris dans le cas où ces techniques permettaient de lutter contre les maladies sexuellement transmissibles.

Les préservatifs sont "nécessaires" à la lutte contre le sida

Les déclarations du pape ont été critiquées par Act Up Paris, une association engagée dans la lutte contre le sida. "Benoît XVI explique que cela ne concerne que quelques cas exceptionnels. Nous nous interrogeons sur la portée de ce propos", a expliqué Jonas Le Bail à France 24.

"La brèche est ouverte" et c'est "un soulagement, encore que beaucoup d'évêques, notamment d'évêques français, étaient favorables à l'utilisation du préservatif", a déclaré à l'AFP un responsable de l'association Chrétiens et sida, Gérard Guérin.

“Ce propos reconnaît qu’un comportement sexuel responsable et l’utilisation de préservatifs ont une place importante dans la prévention contre le sida", a déclaré dans un communiqué Michel Sidibe, directeur de l’organisme des Nations unies en charge de la lutte contre le sida.

Ce dernier a ajouté : “ Le préservatif doit être autorisé pour empêcher la propagation du virus. Le préservatif n’est pas seulement utile, il est nécessaire."