
Le plus important salon de photographie au monde, Paris Photo, ouvre ses portes à l’Europe centrale. France24.com a rencontré six jeunes artistes qui font bouger la photographie de Prague à Budapest.
Le festival Paris Photo - le premier salon de photographie au monde – accueille, du 18 au 21 novembre, au Carrousel du Louvre, le gratin du monde photographique : une centaine d’éditeurs, galeristes, collectionneurs et, bien sûr, artistes.
République tchèque
Viktor Kopasz. Voilà 20 ans que ce jeune photographe hongrois, installé à Prague, tient un journal photographique à la frontière de l’intime et de l’expérimentation artistique. Les clichés qu’il prend - de sa famille, de ses amis, de sa vie au grand air - sont parfois découpés, peints à même le tirage, associés à des collages de textes ou de mots. "J’ai déjà rempli 55 cahiers A4 de ce journal intime, ce sont autant de traces de ma vie."
On peut tourner les pages des journaux intimes de Viktor Kopasz sur son site Internet. Viktor Kopasz est représenté à Paris Photo par la galerie Hunt Kastner, à Prague.
Slovénie
Uroš Abram. Photographe atypique, le jeune Slovène (27 ans) méprise tellement la photo numérique qu’il prend ses clichés… avec la bouche. Le principe est aussi ludique que primitif : Uroš Abram installe à l’intérieur de son palais (qui devient alors chambre noire) un papier photo, puis place entre ses dents un couvercle de boîte de pellicule percé d’un petit trou (la lentille). Reste à choisir un modèle, face à qui l’artiste ouvre la bouche, assez longtemps (entre 2 et 5 minutes) pour faire passer la lumière par la lentille de plastique, et à imprimer l’image sur le papier photo placé dans la bouche. "Je n’avais pas assez d’argent pour m’acheter un appareil numérique, alors je me suis mis à la ‘camera obscura’", dit-il avec humour en montrant l’étonnant résultat de la série "Made in Me" (2009) : des portraits nus et flous, en noir et blanc, souvent maculés d’empreintes et de poussière, qui ajoutent à leur étrangeté.
Uroš Abram est représenté à Paris Photo par la galerie Forografija, à Ljubljana.
Slovaquie
Juraj Fifík. Ses "Composed Still Lifes" (2008) ont été réalisés pour la plupart en Finlande au moyen d’une chambre photographique (appareil grand format) capable de capturer des moments fortuits de la vie, des actions interrompues par le déclenchement de l’appareil. Artisan de la lumière et de l’atmosphère, il joue beaucoup dans sa composition photographique des niveaux de flou et de net, ainsi que de la mise en scène de personnages de son entourage. "Quand on a grandi dans une ville terne, la laideur urbaine semble normale", dit Juraj Fifík en montrant un cliché du jardin d’enfants de Bratislava, où il jouait autrefois. Né en 1984, il fait partie de la jeune génération de la photo slovène et s’interroge sur le récent passé de son pays : son travail en cours s’intitule "Socialism".
Juraj Fifík est représenté à Paris Photo par la galerie Photoport, à Bratislava.
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© {{ scope.credits }}Pologne
Szymon Roginski. Cet artiste polonais se définit lui-même comme "photographe de la nuit", une évidence lorsqu’on scrute ses clichés (série "Poland Synthesis"), scènes nocturnes prises au cours de pérégrinations dans la nuit polonaise. "Je me suis rendu compte que personne ne prenait de photos de paysages en Pologne. Je m’y suis donc mis, et ils me fascinent, surtout de nuit." Szymon Roginski utilise un boîtier Mamiya 7 et expose plusieurs minutes, parfois plusieurs heures, afin d’avoir la lumière suffisante pour ces scènes nocturnes, transpercées de néons et peuplées de présences invisibles. Son nouveau projet, "Project UFO", s’intéresse aux ovnis. "Mon assistant m’en parlait sans arrêt, alors j’ai eu l’idée de mettre en scène l’atterrissage de soucoupes dans la campagne polonaise."
Szymon Roginski est représenté à Paris Photo par la galerie Czarna, à Varsovie.
Hongrie
Gabriella Csoszó. "Dans ma famille, on écoutait Radio Free Europe (RFE) tout bas, pour ne pas se faire prendre par la police." Dans la Hongrie communiste, il ne faisait pas bon être auditeur de cette antenne, financée par les États-Unis. Une quinzaine d’années après la chute de l’URSS, Gabriella Csoszó s’est lancée dans une évocation photographique de la guerre froide et de ce passé qui s’évanouit à travers la radio censurée. Dans le projet "Free Copies", l’artiste hongroise, née en 1969, a photographié les stocks de livres légués par RFE après le démantèlement du régime communiste de la Tchécoslovaquie, où elle était basée. "Retransmission Timeout" poursuit le même discours sur la fin d’un monde, en mettant en scène les anciennes antennes de RFE laissées à l’abandon dans la banlieue de Lisbonne, au Portugal.
Gabriella Csoszó est représentée à Paris Photo par la galerie Ráday, à Budapest.
Krisztina Erdei. Inondations dans la campagne hongroise, manifestations à Sofia, vie rurale dans l’Europe de l’Est… La photographe hongroise, née en 1976, compose des clichés burlesques, aux couleurs vives, avec juste ce qu’il faut d’humour. "Il n’y avait aucune galerie à Sofia pour exposer mes travaux, alors on a décidé, avec d’autres photographes, de monter un collectif qui serait aussi une galerie." Lumen - c’est le nom de ce collectif/galerie - a ainsi été fondé en 2000, pour soutenir la scène émergente de la nouvelle photo hongroise.
Krisztina Erdei est représentée à Paris Photo par la galerie Lumen, à Budapest.
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