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Devant des sénateurs américains, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé lundi que le Pentagone bloquait la livraison de missiles intercepteurs à son pays. De son côté, Donald Trump a déclaré qu'il estimait qu'une autre personne que le Volodymyr Zelensky devrait négocier au nom de Kiev.

Sur le site d'une frappe russe sur un centre commercial de Kiev, le 19 octobre 2026 © OLEKSII FILIPPOV / AFP

Le président de l'Ukraine Volodymyr Zelensky a accusé lundi 19 octobre les États-Unis de retarder à dessein la livraison prévue à son pays de missiles intercepteurs, alors que les tensions avec Donald Trump sont au plus haut.

Volodymyr Zelensky a également déploré que son pays n'avait reçu "aucun avertissement" de ses alliés avant les frappes russes de la nuit, et que la connexion au réseau Starshield de SpaceX restait limitée sur certaines zones du front.

S'exprimant devant des sénateurs américains lundi soir, Volodymyr Zelensky a assuré que "le Pentagone retarde la livraison de missiles déjà payés" par les Européens pour l'Ukraine dans le cadre du programme PURL. Selon lui, ce lot "attend la signature de (Pete) Hegseth", le ministre américain de la Défense.

Volodymyr Zelensky a aussi assuré que des pays européens étaient prêts à livrer des missiles intercepteurs Patriot, les seuls à pouvoir abattre les engins russes plus sophistiqués et dont Kiev manque cruellement, depuis leurs propres stocks mais attendent "l'autorisation américaine".

L'Ukraine s'interroge sur la pérennité du soutien américain

"Les missiles sont prêts. Ils pourraient déjà se trouver en Ukraine. (...) Mais malheureusement, l'autorisation n'a toujours pas été donnée", a déclaré Volodymyr Zelensky selon des propos retransmis par la présidence ukrainienne. "Tout cela laisse penser qu'une décision politique a été prise pour ralentir le soutien qui nous est apporté", a-t-il ajouté.

L'Ukraine s'interroge depuis la semaine dernière sur la pérennité du soutien américain, crucial dans la guerre contre la Russie, à un moment où Volodymyr Zelensky et Donald Trump s'échangent de vives critiques par médias interposés. Le président américain reproche notamment à Volodymyr Zelensky de viser les raffineries russes, ce qui aggrave selon lui la pénurie mondiale de carburant et contribue à la flambée des prix.

Volodymyr Zelensky se plaint également de dangereuses limitations dans le partage du renseignement américain, essentiel à son armée, alors que les tensions avec Donald Trump sont au plus haut. Les États-Unis ont démenti à plusieurs reprises tout changement à ce sujet.

Au cours de la nuit, l'armée russe a visé Kiev et ses alentours avec 16 missiles balistiques et plusieurs autres régions d'Ukraine avec plus de 240 drones, ciblant notamment des infrastructures énergétiques. "Une nouvelle attaque de missiles balistiques russes s'est produite en plusieurs vagues au cours de la nuit, et, encore une fois, il n'y a eu aucun avertissement préalable de nos partenaires", a regretté Volodymyr Zelensky sur X. La même situation s'était produite la semaine dernière et les journalistes de l'AFP avaient constaté à deux reprises que l'alerte antiaérienne ne s'était déclenchée à Kiev qu'après les premières explosions.

Starshield reste limité

Les frappes russes de la nuit ont fait au moins quatre morts à travers le pays. Dans la soirée lundi, une autre attaque ayant visé un parc dans la région de Kharkiv (nord-est) a tué six personnes, dont trois enfants, ont rapporté les autorités locales. Côté russe, une frappe ukrainienne a tué trois personnes dans un véhicule des pompes funèbres circulant dans la région de Lougansk contrôlée par Moscou, d'après le dirigeant local installé par la Russie.

L'Ukraine dépend du partage de renseignement occidental, et surtout américain, pour détecter les missiles russes et pour identifier et frapper elle-même des cibles. Elle a aussi besoin de missiles antiaériens américains Patriot pour contrer les attaques russes.

Cratère laissé par une frappe russe près d'une école à Kiev, le 19 octobre 2026. © Sergei Supinsky, AFP

Au-delà du renseignement, les capacités de connexion au réseau satellitaire Starshield de SpaceX, une variante militaire de Starlink utilisée par l'armée ukrainienne, restent limitées, selon Volodymyr Zelensky. "Les équipements cessent de fonctionner à des vitesses de 130 à 161 km/h dans plusieurs secteurs du front", a-t-il déclaré lundi. Kiev accuse Washington de brider délibérément ce réseau, avec pour conséquence de ralentir la logistique sur le front et limiter l'utilisation de certains types de drones.

Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, en visite à Samarcande en Ouzbékistan, a répété de son côté lundi qu'il n'y avait eu "aucune pause" dans le partage de renseignements avec Kiev. "Ce sur quoi (Volodymyr Zelensky) doit se concentrer (...) est de mettre fin à la guerre", a-t-il déclaré, reprenant une formulation de Donald Trump, qui a accusé dimanche le président ukrainien de ne pas vouloir d'un accord de paix négocié avec Moscou.

"Lorsque les livraisons de missiles pour la défense antiaérienne de l'Ukraine sont bloquées, tandis que la Russie bénéficie d'allègements ou de reports de sanctions, c'est, malheureusement, un déni de la réalité de la part de nos partenaires", a rétorqué Volodymyr Zelensky.

Donald Trump estime qu'un autre que Zelensky doit négocier

Marco Rubio est par ailleurs resté évasif sur un éventuel sommet trilatéral en novembre entre les États-Unis, la Russie et la Chine pour discuter d'une résolution du conflit, rencontre qui exclurait donc l'Ukraine. "Je ne sais pas si cela a été finalisé", a-t-il dit.

Après une frappe sur une station de métro à Kiev, le 19 octobre 2026. © Sergei Supinsky, AFP

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dit lundi que la possibilité d'une telle rencontre à l'occasion du sommet de l'Apec (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique) les 18 et 19 novembre à Shenzhen avait "été évoquée" mais sans "aucune proposition concrète ni aucun accord". Il a également estimé "impossible" tout accord pour mettre fin à la guerre en Ukraine "sans la participation de représentants de Kiev prêts à assumer leurs responsabilités".

Donald Trump a déclaré lundi qu'il estimait qu'une autre personne que le Volodymyr Zelensky devrait négocier au nom de Kiev. "Il est peut-être temps que Zelensky fasse appel à quelqu'un d'autre pour négocier", a déclaré Donald Trump, qui avait appelé le 10 octobre à remplacer le président ukrainien. Donald Trump a également déclaré à des journalistes que la Russie avait été "correcte" concernant l'Ukraine. "Ils n'ont pas fait grand-chose", a-t-il dit.

Donald Trump a ajouté que les États-Unis continuaient à partager des renseignements avec l'Ukraine et qu'il envisagerait d'autoriser les Ukrainiens à rester aux États-Unis sous le régime du statut de protection temporaire jusqu'à la fin de la guerre.

Avec AFP et Reuters