Le bilan est lourd au lendemain de la manifestation du 17 octobre en France avec quelque 2 000 interpellations et 600 blessés dans les rangs des forces de l'ordre. Dans toute la France, pas moins de 1 500 commerces ont été pris pour cible. À Marseille, Lille, Angers et Bordeaux, des manifestants ont fait irruption dans les mairies ou dans les préfectures pour les vandaliser. Les édiles de grandes villes françaises demandent des comptes au gouvernement.
L'heure est au bilan et aux polémiques, face au spectacle de désolation laissé dans les principales villes de France par le chaos qui a éclipsé la mobilisation contre "la vie chère" organisée le 17 octobre.
La journée de contestation, au huitième anniversaire de l'émergence des gilets jaunes et après plusieurs semaines d'agitation lycéenne, s'est soldée par quelque 2 000 interpellations et 600 blessés dans les rangs des forces de l'ordre, selon le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
Dimanche 18 octobre en début d'après-midi, de nouvelles tensions sont apparues à Paris place de la République, épicentre des violences de la veille. Dans les rues adjacentes entre Jacques Bonsergent et République, manifestants et policiers ont joué au jeu du chat et de la souris. "Des manifestants fuient et la police a envoyé des gaz lacrymogènes", a indiqué une journaliste de France 24 sur place. La CRS 8, spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a de nouveau été déployée dans la capitale.
C'est dans ce contexte que le président de la République Emmanuel Macron s'adressera aux Français à 20 h, après avoir réuni ses principaux ministres à 17 h 30. M. Nuñez interviendra ensuite au 20 h de TF1, puis se rendra lundi à Marseille, l'une des villes les plus touchées par les émeutes.
Dans toute la France, pas moins de 1 500 commerces ont été pris pour cible, a estimé Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), évaluant les dégâts à "plusieurs centaines de millions d'euros".
Des volontaires aident à déblayer les rues
À Lyon, des volontaires sont venus spontanément aider à déblayer les rues du centre-ville jonchées de débris. "Je me suis levée ce matin, j'avais une gueule de bois, j'étais abasourdie, j'avais pas de mots et je voulais me sentir utile", explique parmi eux Clémentine, 47 ans.
Le mouvement a pris "une ampleur inédite partout en France", a déclaré le préfet du Rhône, Étienne Guyot, lors d'une visite des quartiers touchés.
À Paris, des riverains ont aussi prêté main forte au millier d'agents de la propreté mobilisés avant l'aube pour nettoyer les chaussées de la capitale.
À Marseille, devant la mairie envahie par des manifestants, deux voitures de police étaient stationnées alors que des planches consolident la porte principale enfoncée la veille.
Les maires demandent des comptes
Dans le quartier République, l'alarme sonnait encore dans la matinée dans un magasin Marionnaud pillé. Plus loin, la vitrine éventrée d'un Darty était gardée par deux agents de sécurité et un chien muselé.
"Des rues entières ont été méthodiquement ravagées", a déploré le maire Emmanuel Grégoire (PS), alors qu'une polémique se fait jour autour de l'impuissance des forces de l'ordre.
La première adjointe au maire de Paris, Lamia El Aaraje, a déploré "un manque de moyens" policiers pour mettre un terme aux pillages.
À Limoges, où l'hôtel de ville a été incendié, le maire Guillaume Guérin (LR) a estimé que la police nationale avait "manqué de moyens" et "reculé" face aux casseurs. "L'État a abandonné ses policiers nationaux face à des hordes de sauvages", a-t-il fustigé.
Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), a, dès samedi, "demandé des comptes". "Je veux savoir ce qui s'est passé. Je veux savoir pourquoi, dans cette ville, des gens ont pu impunément casser", a déclaré l'élu.
Le ministre de l'Intérieur dans le viseur
Face à l'ampleur des dégâts, la patronne des Ecologistes, Marine Tondelier, a jugé que le ministre de l'Intérieur n'avait "pas d'autre issue" que la "démission", l'accusant d'avoir été "incapable de prévoir un dispositif adéquat" pour prévenir les violences.
Le Rassemblement national a également estimé que "dans une démocratie normale, Laurent Nuñez aurait déjà démissionné".
À Lille, le préfet du Nord a reconnu que la mobilisation des manifestants avait été plus forte qu'attendu, comme ailleurs en France, obligeant les forces de l'ordre à adapter leur dispositif.
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), a annoncé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les violences, qui portera aussi sur la stratégie de maintien de l'ordre. Au Sénat, le groupe socialiste a appelé à la création d'une telle instance.
À Paris, une personne qui manifestait est décédée samedi à la suite d'un malaise, sans lien avec les violences, selon les autorités. La veille à Saint-Étienne, un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade
C'est "un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd", a estimé le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Avec AFP
