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De notre correspondante à Washington – La dernière ligne droite de la campagne pour les midterms a commencé ! Stratégie, candidats, sondages… Chaque semaine, France 24 fait le point sur ce qu'il faut retenir. Alors que l'avance des démocrates ne s'essouffle pas, les républicains s'en remettent à la marge d'erreur des sondages qui pourrait in fine leur permettre de garder la main sur le Sénat. Ils peuvent compter sur Elon Musk, le plus gros donateur de ces élections, qui mise tout sur le Texas. 

Donald Trump et Mike Rogers, candidat républicain au Sénat dans le Michigan, en campagne le 27 juillet 2026, à Milford. © AP/Studio graphique France 24
  • Les républicains seront-ils sauvés au Sénat par la marge d'erreur ?

À moins de trois semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis, les lignes ne bougent quasiment plus. Les démocrates restent les favoris des sondages, avec de grandes chances de remporter la majorité à la Chambre des représentants, et un avantage beaucoup plus incertain au Sénat.

Les fondamentaux n’ont pas changé : le contexte économique, marqué par une inflation persistante et des taux de crédit immobilier au plus haut, place le rêve américain hors de portée pour de nombreux électeurs. Les chiffres de l’inflation pour le mois de septembre publiés mercredi  (+ 3,7 % par rapport à l’année dernière) pourraient porter "un coup de grâce" aux espoirs des républicains de conserver le Congrès, a avancé sur CNN Larry Sabato, politologue à Université de Virginie.

La cote de popularité de Donald Trump en subit les conséquences et la coalition qu’il était parvenu à rassembler s’étiole. Les électeurs latinos et les jeunes, en particulier, lui tournent le dos, confirment une succession d'enquêtes d'opinion. Ils pensaient que le milliardaire allait réparer l’économie et se sentent trahis. Ce sont eux qui pourraient faire la différence dans les duels les plus disputés. Et leur revirement pourrait au passage réduire l’avantage que s’étaient créé les républicains en redessinant la carte électorale, comme au Texas  ou en Floride.

En parallèle, l’image du Parti démocrate s’améliore auprès de l’opinion. Désormais, 51 % des Américains font davantage confiance à la gauche pour maintenir le pays prospère, selon un sondage Gallup publié cette semaine. C’est 20 points de plus qu’en 2024, un retournement remarquable. Les mesures annoncées par Donald Trump ces derniers jours - revalorisation des pensions de retraite, accord avec la Russie pour faire baisser les prix des hydrocarbures - montrent que la Maison Blanche a conscience du problème mais n'a pas de solution miracle. 

Sans surprise d’octobre à l’horizon, les commentateurs politiques en viennent à s’écharper sur la fiabilité des sondages. Le camp conservateur, à l'image du speaker Mike Johnson, pointent une possible erreur. Mais comme le note l’analyste et statisticien Nate Silver, si les sondages finissent par avoir tout faux le 3 novembre, alors ils avaient tout faux depuis plusieurs semaines. Et même si c’était le cas, "la position des démocrates est suffisamment forte pour qu’ils puissent absorber une assez grosse erreur de sondages et tout de même renverser la majorité à la Chambre", estime Nate Silver.

En privé, les républicains admettent que les dés sont jetés pour la Chambre et les choix financiers de leurs comités charger de lever des fonds, les Super PACs, en disent long. Ils ont continué cette semaine à faire le tri dans les circonscriptions, en abandonnant financièrement celles qui leurs semblent déjà perdues, dans l'Iowa, le Nebraska ou encore le New Jersey. "Ce ne sont pas les choix d'un parti qui s’apprête à conserver la majorité à la Chambre", souffle un représentant républicain à Politico. 

Au Sénat, c’est une autre histoire. Une erreur dans les sondages, même relativement faible, serait fatale aux démocrates. Car cette année encore, tout va se jouer marge d’erreur. C’est finalement la seule incertitude qui demeure à ce stade de la campagne. Les républicains le savent et s’y accrochent comme jamais. À coups de millions de dollars mais aussi de méthodes plus ou moins légales. 

Au Texas, le candidat démocrate James Talarico a ainsi fait l’objet d’une fausse rumeur, alors qu’il n’était plus apparu en public durant neuf jours en raison d’une grippe. Enregistrement farfelu à l’appui, des influenceurs républicains ont annoncé qu’il avait été admis en centre psychiatrique dans l’Ohio… avant de devoir faire marche arrière face au démenti formel de l’établissement. Les journalistes du New York Times ont même vérifié les images de surveillance près de la maison de James Talarico pour prouver qu’il n’en était jamais sorti pendant sa convalescence… C’est dire combien cette course est devenue agressive.

Certes, de nombreux États rouges comme le Texas, l’Alaska, le Kansas ou l’Iowa, remportés haut la main par Donald Trump en 2024, sont désormais susceptibles de basculer. Mais dans certains États bleus, et c’est là le paradoxe des midterms 2026, l’avance des démocrates est loin d’être confortable. Dans le Michigan et le Minnesota, par exemple, les républicains, certes dominés dans les sondages, ont la possibilité de l’emporter grâce à cette fine marge d’erreur. Selon FLIPR, le modèle de prédiction de Nate Silver, il existe 32 % de chances que le Parti républicain dérobe au moins un siège aux démocrates. Ces derniers ont besoin de remporter quatre sièges supplémentaires le 3 novembre pour décrocher la majorité au Sénat. S’ils perdaient le Michigan ou le Minnesota, cela leur compliquerait la tâche.

Or dans ces scrutins, les candidats démocrates sont issus de l’aile progressiste du parti alors que l’establishment soutenait des profils plus modérés lors des primaires. "J’espère qu’ils gagneront - je veux qu’ils gagnent, assure au New York Times Matt Bennett, du think tank modéré Third Way. Mais ils sont des candidats plus faibles qu’espéré et cela signifie qu’il nous faut dépenser de l’argent et du temps, et que nous devons faire tout un tas de choses qui auraient pu être évitées si nous avions des candidats plus forts."

  • La course de la semaine : le Minnesota, le mirage républicain ?

Ce n'est pas l’État le plus disputé de ces midterms. Mais, comme au Kansas que nous avons exploré la semaine dernière (un État républicain qui devient subitement une proie pour les démocrates), le Minnesota, gagné avec 4,24 points d’avance par Kamala Harris en 2024, pourrait lui être une belle prise pour le camp des rouges. Actuellement, la candidate démocrate au Sénat Peggy Flanagan possède seulement 2,6 points d’avance sur  sa rivale républicaine Michele Tafoya, selon la moyenne des sondages de RealClear. L'écart était de 5 points début septembre, signe que la course s’est resserrée au point d’alarmer l’état-major démocrate.

Autre signal inquiétant : la campagne de Michele Tafoya a levé davantage de fonds que celle de Peggy Flanagan au troisième trimestre, 4,9 millions de dollars contre 4,3 millions de dollars. Or, dans toutes les autres courses clés, ce sont les candidats démocrates qui récoltent davantage de dollars hors Super PACs.

Peggy Flanagan, qui a battu à la primaire démocrate une candidate plus modérée soutenue par les ténors de Washington, affiche des positions très à gauche qui pourraient effrayer l’électorat indépendant, comme le soutien à l’assurance santé universelle publique "Medicare for all" ou encore l’augmentation du nombre de juges à la Cour suprême . Elle fait surtout les frais d’un énorme scandale de fraude aux programmes sociaux, en partie imputée à des membres de la communauté somalienne du Minnesota, qui éclabousse depuis plus d’un an l’administration du gouverneur Tim Walz, dont elle est la numéro 2.

Michele Tafoya, candidat républicaine au Sénat dans le Minnesota, en campagne le 11 août 2026 à Minneapolis. © Ellen Schmidt, AP

Pas étonnant, dès lors, que Donald Trump s’attarde sur le Minnesota dans ses discours lorsqu’il sillonne le pays. À Youngstown, dans l’Ohio, le président américain a ainsi attaqué les immigrés somaliens et la représentante Ilhan Omar, dont le domicile venait d’être perquisitionné, et a incité ses partisans à scander "Déportez-les !". 

Michele Tafoya marche cependant sur un fil et ne souhaite pas associer sa campagne à la Maison Blanche. "Oui, j’ai entendu ça", a-t-elle répondu froidement mardi au sujet du soutien que lui avait officiellement apporté la veille Donald Trump. "Cette campagne cherche à rassembler les habitants du Minnesota, qu’ils aient voté pour le président Trump ou pour Kamala Harris", a-t-elle ajouté.

Dans ses publicités, Michele Tafoya se présente comme une "républicaine pro-choix" sur l’avortement et met en avant les démocrates qui veulent voter pour elle. Elle a aussi qualifié les raids de la police de l’immigration sur Minneapolis d'"épouvantables". La dernière fois que le Minnesota a élu un gouverneur républicain, c’était en 2006. Impossible donc de faire campagne trop à droite

  • L'actu de la semaine : Elon Musk met la main à la poche pour sauver le Texas

La nouvelle n’étonnera personne : Elon Musk est le donateur le plus important de ces midterms, avec 276 millions de dollars dépensés en faveur des candidats républicains depuis le mois de juillet, a-t-on appris cette semaine. Si on inclut l'argent déboursé pendant les primaires, le total monte à 366 millions de dollars. 

Le Senate Leadership Fund, qui sert à soutenir les candidats républicains dans leurs courses au Sénat, a reçu, à lui tout seul, 158 millions de dollars de la part du milliardaire en septembre. De l'argent qui a intégralement servi à financer le duel très suivi au Texas où le démocrate James Talarico devance Ken Paxton d’un cheveu. Le Texas… où Elon Musk a choisi d’installer le siège de ses entreprises SpaceX, Tesla et X.

Si le candidat républicain bénéficie des millions des Super PACs et d’Elon Musk, James Talarico, au contraire, s’appuie sur les dons des particuliers. Et le démocrate a annoncé jeudi une levée spectaculaire de 64 millions de dollars en trois mois, plus que n’importe quel autre candidat au Sénat. Au total, il aura levé 134 millions de dollars depuis l’annonce de sa candidature l’année dernière, preuve que l'enthousiasme électoral a le cœur à gauche en cette saison.

Reste que dans les sondages, l'écart s'est légèrement resserré cette semaine entre les deux hommes. James Talarico bénéficie d'une avance de 2,2 points, selon la moyenne de Real Clear.  

  • Le chiffre de la semaine : 10 milliards

C’est le montant, en dollars, des dépenses publicitaires de ces midterms jusqu’ici, selon le New York Times. Le record de la présidentielle de 2024, 11,2 milliards, est en voie d’être battu.

Les campagnes et leurs soutiens dépensent que tellement que parfois, l’argent se retrouve là où on ne l’attendait pas. Ainsi, un Super PAC républicain qui tentait d’influencer la course pour le poste de sénateur du Maine s’est trompé de ville pour diffuser son spot publicitaire. Ce ne sont pas les électeurs de Portland, dans le Maine, mais ceux de Portland… dans l’Oregon, de l’autre côté du pays, qui ont eu la surprise d’être appelés à voter pour Susan Collins.

  • La pub de la semaine : changer de protéine ou de sénateur ?

Scott Colom, candidat démocrate au poste de sénateur du Mississippi, s’attaque à sa rivale républicaine Cindy Hyde-Smith dans un spot devenu viral cette semaine. Le clip de 28 secondes commence par une interview de Cindy Hyde-Smith interrogée sur l’augmentation du prix du bœuf. Il y a "tellement de protéines parmi lesquelles choisir", balaie la sénatrice. 

Puis des électeurs se succèdent à l’écran. "Choisir une autre protéine ? Pfff. Je préfère choisir plutôt un autre sénateur", balance un homme en retournant son steak haché sur son barbecue. "Elle a perdu la boule", assène un femme assise à la table d’un restaurant. 

Le clip a réuni plus de 2,8 millions de vues dans ses 36 premières heures de diffusion. Scott Colom, qui promet de s’attaquer à l’inflation, s’en était déjà pris à la républicaine pour ses propos sur les prix du bœuf. En guise de clin d’œil, un food truck "Choisis ta protéine" le suit lors de ses déplacements de campagne. Il a reçu le soutien remarqué de Barack Obama mais selon le DecisionDeskHQ, Cindy Hyde-Smith a 92 % de chances de garder son siège dans cet État très conservateur. 

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