Dans le sillage de la mobilisation étudiante et lycéenne en France, plusieurs mouvements de protestation ont émergé ces dernières semaines en Italie, Belgique, Allemagne ou Grèce, pour dénoncer les conditions d'apprentissage, la crise du logement ou les politiques d'austérité, se réclamant parfois ouvertement de l'exemple français.
Partie du lycée Saint-Exupéry de Créteil - où professeurs et lycéens s'étaient mis en grève pour dénoncer une rentrée chaotique – la mobilisation lycéenne s'est répandue à travers l'Hexagone comme une trainée de poudre, rapidement ralliée par la quasi-totalité des syndicats étudiants et enseignants.
Mardi 13 octobre, parmi la centaine de jeunes rassemblées devant les hautes grilles du Lycée Paul Eluard de Saint-Denis, une visiteuse inattendue attire les regards. Il s'agit de la militante suédoise Greta Thunberg, venue adresser un message de soutien aux lycéens, à l'occasion de l'"Acte V" de la mobilisation.
"Je suis extrêmement fière des étudiants français", déclare-t-elle alors aux journalistes. "Ils montrent l'exemple, le monde les voit comme une source d'inspiration", souligne-t-elle, appelant à la "convergence des luttes".
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Un signe que cette mobilisation lycéenne est suivie et soutenue à l'étranger, au point même de faire des émules. Dans le sillage de la France, des mouvements de contestation ont émergé ces dernières semaines à travers l'Europe.
En Italie, depuis le 5 octobre, des élèves se mobilisent devant des établissements scolaires, sous le slogan "Facciamo come in Francia" (Faisons comme en France").
Une mobilisation débutée à Turin qui s'est étendue à Rome, Naples, Bologne ou bien encore Gênes. De la même manière la fronde des jeunes contre le manque de moyens dans l'éducation s'est propagée en Belgique, à Mons, Charleroi, Liège et Bruxelles.
En Grèce, où des étudiants manifestent contre la vie chère, des pancartes bilingues arborant des slogans français ont fleuri dans les cortèges en signe de soutien.
De son côté, la gauche allemande a organisé le 8 octobre un événement de solidarité aux jeunes manifestants français à Berlin.
Un mouvement suivi de près jusqu'en Ukraine où le syndicat Priama diia, classé à gauche, a publié un communiqué de soutien au combat des lycéens de l'Hexagone.
Mouvement massif
L'intérêt pour les manifestations françaises s'explique par l'ampleur du mouvement : "L'un des plus importants des 50 dernières années dans les lycées en France", souligne le sociologue Robi Morder.
"La France est un pays très centralisé où les mobilisations deviennent rapidement nationales contrairement à ce que l'on observe chez nos voisins italiens ou allemands" explique le spécialiste de la mobilisation étudiante. "Elle a par ailleurs une longue tradition de mouvements étudiants marquée par l'héritage de mai 68", poursuit-il.
Depuis le début de la crise, deux tiers des lycées et plus de trois quarts des facultés de l'hexagone ont subi des perturbations ou blocages.
À cela s'ajoute les images chocs d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, ainsi que plusieurs affaires tragiques, comme celle d'Evan, 15 ans, qui a perdu sa main après l'explosion d'une grenade policière ou de Mael, 16 ans, touché par un tir de LBD et qui a perdu l'usage d'un œil, relançant le débat sur la doctrine française du maintien de l'ordre.
Des événements couverts de manière massive par la presse internationale. Selon la base de données spécialisée GDELT, la France est actuellement le second pays au monde où les manifestations de la jeunesse sont les plus médiatisées, derrière le mouvement des Cafards en Inde.
Influence française ?
"D'une certaine manière la France cristallise aujourd'hui tout ce qui va mal sur le continent" analyse Rodolphe Desbordes, professeur d'économie à la SKEMA Business School. "C'est le patient sclérosé, qui n'arrive pas à fournir un service public malgré des dépenses énormes et à un fort niveau de dette. Elle suscite une attention à juste titre, puisqu'il s'agit de la seconde puissance économique de l'UE et que si elle bascule, c'est évidemment très inquiétant pour la zone euro. Mais en même temps, elle est traversée par des problèmes que rencontrent de nombreux pays européens" souligne-t-il.
En Allemagne, la mobilisation s'est cristallisée contre la politique de réarmement et le retour du service militaire. En Espagne et en Grèce, ce sont la hausse des prix de l'immobilier et le manque de logements qui ont provoqué la fronde, alors qu'en Belgique, les jeunes protestent contre l'augmentation des frais de scolarité.
Des batailles bien distinctes mais qui ont pour point commun la contestation des priorités budgétaires des gouvernements.
"Il y a un socle commun dans les revendications et un phénomène de contagion favorisé par les réseaux sociaux", analyse Rodolphe Desbordes. "Ces mouvements trouvent une sorte de courage et d'espoir dans ce qu'il se passe ailleurs. Il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau, il y a eu par le passé de nombreux exemples comme au moment des printemps arabes".
En 2025, de nouvelles mobilisations de la jeunesse ont émergées à travers le monde sous le bannière de la Gen Z, afin de dénoncer les inégalités et la corruption des élites.
La France vit-elle à son tour les prémices d'une grande révolte, susceptible de s'étendre au-delà de ses frontières ?
"Le mouvement qui traverse actuellement l'hexagone est très intéressant d'un point de vue intellectuel car il n'est pas simplement dirigé contre une réforme ou un projet de loi", souligne le sociologue Patrick Vassort. "Il s'agit d'un combat pour un droit à la connaissance, à l'enseignement et à travers cela, à la dignité" poursuit-il. "On ne peut pas prédire quel impact il aura parmi ses voisins. Mais ce qui est certain c'est qu'il existe un terreau fertile", conclut-il.
