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Le gouvernement a publié mardi le premier chiffrage officiel des aides publiques apportées aux entreprises. Elles oscillent en 2024 entre 60 milliards et 166 milliards d'euros, selon les méthodes de calcul. Un montant considérable qui alimentera le débat de la prochaine campagne présidentielle.

Vue du ministère français de l'Économie et des Finances, le 26 juillet 2025, à Paris. © Hugo Mathy, AFP

C'est un chiffrage qui suscitait beaucoup de fantasmes et de controverses. Il existe désormais des données officielles ! À l'occasion du lancement du débat parlementaire sur le projet de loi de finances, les services du ministère des Comptes publics ont publié, mardi 13 octobre, le premier chiffrage officiel des aides publiques aux entreprises : celles-ci sont évaluées pour l'année 2024 à 166 milliards d'euros dans leur acception la plus large.

Le gouvernement a en effet choisi de publier deux chiffres, représentants deux périmètres plus ou moins élargis des aides aux entreprises. Le premier, de près de 60 milliards d'euros, ne retient que "les aides pour lesquelles il n'y a absolument aucun doute", a expliqué Bercy lors d'un point presse. Ces aides sont composées de 27 milliards d'euros d'avantages fiscaux (dont 8 pour le crédit d'impôt recherche), 24 milliards d'euros de subventions, notamment pour l'emploi d'apprentis ou en soutien aux énergies renouvelables, et près de 4 milliards d'euros d'aides financières, comme des garanties de prêts.

Le second périmètre retenu est chiffré à 166 milliards d'euros, en incluant les allègements généraux de cotisations patronales, évaluées à 65 milliards, les taux réduits de TVA (environ 23 milliards) et la formation professionnelle (environ 19 milliards).

Au-delà des polémiques qui ne manqueront pas sur la façon dont chaque périmètre a été élaboré, le simple fait que le gouvernement publie un chiffrage – et même deux en l'occurrence – est une avancée majeure. Car jusqu'ici, seul le rapport parlementaire du sénateur communiste Fabien Gay, publié en juillet 2025, s'était attaqué à la question. Celui-ci évaluait à 211 milliards d'euros l'ensemble des aides aux entreprises sur l'année 2023.

Des aides bien supérieures au budget de l'Éducation nationale

"C'est une victoire politique et idéologique qui découle de la publication de ce rapport, car il y a 18 mois, le gouvernement nous expliquait que c'était impossible de chiffrer précisément les aides aux entreprises. Je constate que c'est devenu possible et, surtout, que le gouvernement s'engage à publier ce chiffrage chaque année", se réjouit Fabien Gay, contacté par France 24.

Le projet de loi de finances (PLF) du gouvernement pour 2027 prévoit en effet de rendre la publication du chiffrage de l'aide publique aux entreprises obligatoire chaque année. Il reposera toutefois sur les "données exécutées définitives", a précisé Bercy, d'où un décalage de deux ans, les chiffres publiés mardi portant sur 2024.

En l'absence de données officielles, ces aides faisaient jusqu'ici l'objet de débats sans fin avec, d'un côté, la droite et les chefs d'entreprise qui avaient tendance à minimiser leur montant, et de l'autre, la gauche et les syndicats qui estimaient que les vrais "assistés" n'étaient pas ceux régulièrement pointés du doigt.

Le rapport parlementaire de 2025 avait livré un premier chiffrage, que le Medef n'a jamais cessé de contester. Les données de Bercy viennent confirmer l'étendue de l'intervention étatique auprès des entreprises. Car peu importe le calcul retenu, les sommes annoncées sont considérables. À titre de comparaison, le budget de l'État pour 2024 octroyait 64 milliards d'euros pour l'Éducation nationale, 57 milliards d'euros pour la Défense, 26 milliards d'euros pour l'Intérieur et 10 milliards d'euros pour la Justice.

"Observer l'évolution de ces aides, vérifier leur efficacité"

"Le rapport a permis de mettre sur la table quelque chose qui était invisible et, le plus important, dont on va maintenant pouvoir débattre sérieusement. Car en publiant un chiffrage annuel, nous allons pouvoir observer l'évolution de ces aides, vérifier leur efficacité et décider celles qu'il faut supprimer, conditionner ou améliorer", poursuit le sénateur de Seine-Saint-Denis.

Bercy explique l'écart avec les chiffres du rapport sénatorial d'abord par les années de référence, 2023 faisant partie "des années où il y a eu un certain nombre d'aides de crise au profit des entreprises", comme la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine.

Surtout, le gouvernement ne prend pas en compte les financements de Bpifrance accordés aux conditions du marché "sous la forme de prêts, de garanties ou d'investissements directs", quand le Sénat retenait 41 milliards d'euros d'interventions de la banque publique.

Peu importe la méthodologie retenue, les candidats à l'élection présidentielle ne manqueront pas de s'emparer de ce chiffrage. Alors qu'il présentait mercredi son programme budgétaire pour 2027, Jean-Luc Mélenchon y a fait référence en affirmant qu'il est désormais "établi par ceux-là mêmes qui ont creusé le trou que ce trou est exclusivement dû aux aides" apportées aux entreprises.