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En Albanie, des centaines de manifestants ont réclamé, jeudi, de meilleures conditions d'enseignement et de santé et ont appelé le Premier ministre, Edi Rama, à démissionner. Depuis trois jours, de violents affrontements les opposent aux forces de l'ordre. Selon le chef du gouvernement, ce "chaos" serait orchestré par les responsables de l'opposition.

Des manifestants se protègent tandis que la police utilise un canon à eau lors d'une manifestation étudiante contre le gouvernement à Tirana, en Albanie, le 14 octobre 2026. © Florion Gog, Reuters

En Albanie, la colère ne redescend pas. Depuis trois jours, de violents affrontements agitent le pays. Des centaines de manifestants se sont de nouveau réunis, jeudi 15 octobre, pour réclamer la démission du Premier ministre qu'ils accusent de corruption. Ils réclament également de meilleures conditions d'enseignement et de soins.

Face à cette colère, Edi Rama a condamné un "chaos" qu'il impute à l'opposition. "Quant aux appels à ma ⁠démission, ce sont les élections démocratiques qui déterminent le changement de gouvernement", a-t-il réagi dans une réponse écrite aux questions de Reuters.

Les affrontements ont duré plusieurs heures, dans plusieurs quartiers de la capitale Tirana, les manifestants prenant de nouveau pour cible bâtiments gouvernementaux, banques et certains magasins, a constaté l'AFP.

En province, des violences ont été signalées, notamment à Shkodra (nord-ouest), où des manifestants ont brisé les vitres de l'hôtel de ville et lancé des pierres sur les sièges du parti au pouvoir, ont rapporté les médias locaux. Des images des médias ont également montré des manifestants affrontant la police dans des villes côtières du sud, avec des informations faisant état d'étudiants de Korce brisant les vitres de leur école et bloquant des rues.

"Nous voulons une Albanie meilleure"

"Nous voulons une Albanie meilleure, où le système de santé assure les soins de base que chaque citoyen mérite, où l'éducation offre des conditions décentes et des chances égales, et où les étudiants peuvent se permettre d'étudier et de vivre sans être submergés par la hausse du coût de la vie", a déclaré à l'AFP Teftalia Papa, étudiante en journalisme.

Mardi et mercredi, de violents affrontements ont eu lieu entre la police et les manifestants à Tirana, lorsque ces derniers ont forcé l'entrée de plusieurs bâtiments officiels et en ont incendié au moins un. Lorsque les manifestations ont repris, jeudi matin, la police a repoussé les foules qui tentaient de s'approcher du ministère de l'Éducation. Selon la police, 65 personnes ont été arrêtées pour "attaques de policiers, d'institutions, de biens publics et privés", lors des protestations de mercredi. 

Selon le ministère de la Santé, au total, 89 personnes, dont 61 policiers, ont reçu des soins médicaux dans deux hôpitaux de Tirana pendant les manifestations, mercredi.

De son côté, le chef de la police, Skender Hita, a déclaré jeudi aux journalistes que 71 policiers ont été blessés lors des troubles, dont certains grièvement. Il a exhorté les manifestants à "prendre immédiatement leurs distances avec les individus masqués et violents", promettant que la police ne céderait pas.

Edi Rama accuse les responsables de l'opposition

Le Premier ministre devait rencontrer le groupe parlementaire de son parti jeudi matin, alors que des collectifs de manifestants diffusaient un "ultimatum" exigeant sa démission avant 13 h (11 h GMT). Mais avant même l'expiration de ce délai, les protestataires avaient déjà commencé à se heurter à la police, érigeant des barricades de fortune et incendiant des poubelles.

Sur sa page Facebook, Edi Rama a publié une vidéo le montrant en train de visiter les restes calcinés d'un bureau sur un campus de Tirana. "Aujourd'hui, ce sont les ruines laissées par des mains qui ne sont pas, et ne pourront jamais être, des mains d'étudiants", y a affirmé le Premier ministre, imputant la violence lors des manifestations à des responsables de l'opposition. Ce sont ses premiers commentaires publics depuis le début des manifestations.

La délégation de l'Union européenne à Tirana a réitéré ses précédents appels à la désescalade. "Nous appelons les manifestants à faire preuve de retenue et à s'abstenir de tout acte de violence. La violence n'a pas sa place dans les démocraties", a-t-elle déclaré dans un communiqué. Mercredi, l'UE avait également demandé une enquête rapide sur les accusations de recours excessif à la force par la police.

Depuis plus de quatre mois, les manifestations antigouvernementales en Albanie rassemblent régulièrement des milliers de personnes. Déclenchées par un projet d'hôtel de luxe lié à la fille de Trump, Ivanka, et à son gendre, Jared Kushner, elles sont devenues le symbole de la corruption présumée et des inégalités dans le pays.

Avec AFP et Reuters