Le gouvernement a défendu mardi à l'Assemblée nationale son budget 2027 qui comprend "43 milliards d’euros de mesures nouvelles" d'effort, se disant prêt au "compromis" à condition de tenir l'objectif d'un déficit à 5 % du PIB. Une motion de rejet du PS a échoué.
Le gouvernement a ouvert mardi 13 septembre au soir les débats sur le budget de l'État pour 2027, martelant son objectif d'un déficit à 5 % du PIB l'an prochain, condition préalable selon lui à tout "compromis" avec les oppositions très critiques de la copie gouvernementale.
"Il nous faut un budget d'ici la fin de l'année", a martelé mardi soir à la tribune Roland Lescure, ministre de l’Économie, ouvrant les débats sur la partie "recettes" du texte. Défendant "43 milliards de mesures nouvelles" d'effort, le ministre a assuré être prêt au "compromis" avec les forces politiques, mais "à condition" de respecter la cible de déficit à 5 % du PIB.
"C'est un budget de sauvegarde pour que le pays ne parte pas dans le décor", a insisté dans la foulée son collègue des Comptes publics David Amiel, insistant sur le poids de la charge de la dette, et la crainte d'une crise financière.
Les interventions des ministres semblaient d'ailleurs s'adresser autant aux parlementaires qu'aux marchés financiers, Roland Lescure se voulant rassurant sur les "atouts énergétiques, technologiques et financiers" de la France, et ses banques "parmi les meilleures et les mieux capitalisées de la zone euro".
Échec de la motion de rejet du PS
Toujours est-il que la copie a été accueillie par des critiques acerbes des oppositions. "Ce gouvernement est incapable de baisser structurellement la dépense", a estimé à la mi-journée le député RN Jean-Philippe Tanguy.
Président LFI de la commission des Finances, Éric Coquerel a, lui, critiqué un "catastrophisme organisé" autour de la dette, "censé faire avaler la pilule austéritaire", et accusé le gouvernement d'attaquer "tous les services publics", avec un risque "récessif".
L'an dernier, Sébastien Lecornu avait eu recours au 49.3 pour faire passer le budget de l'État, après avoir noué un compromis avec le PS pour éviter la censure, mais au prix d'une suspension de la réforme des retraites.
Cette année, le parti à la rose semble nettement moins enclin à la non-censure, estimant que le gouvernement n'a montré "aucune inflexion" envers eux cette année, notamment sur "la mise à contribution des plus riches et la préservation des plus modestes".
Dans la matinée de mardi, Sébastien Lecornu avait adressé une réponse par courrier aux chefs de groupe et à la direction du PS, leur proposant d'avancer avec les socialistes sur au moins trois chantiers : les "violences faites aux femmes et protection des enfants", l'"agriculture", et "la jeunesse et l'avenir de notre école".
"Vous ne construirez aucun compromis avec des socialistes en refusant de parler justice fiscale et redistribution des richesses", a rétorqué à la tribune la socialiste Estelle Mercier dans la soirée. Elle a accusé le gouvernement d'exiger "un effort conséquent aux ménages", citant les mesures d'économies sur les retraités, le gel des APL ou du point d'indice des fonctionnaires, sans "contribution nouvelle des hauts patrimoines et des hauts revenus".
Sa motion de rejet du texte a toutefois été largement repoussée (149 voix contre 236) par le camp gouvernemental, les indépendants de Liot et l'alliance RN-UDR.
Mettre à contribution les retraités
En tout état de cause, le gouvernement a peu d'espoir de faire voter son budget dans des conditions classiques. Le passage en commission des Finances a été sévère, avec un texte remanié puis rejeté par la quasi-totalité des députés. Car pour atteindre sa cible de déficit, l'exécutif n'a pas été avare de mesures d'économies parfois clivantes jusque dans son camp.
Il entend notamment mettre à contribution les retraités, par une sous-indexation des pensions au-dessus de 1 256 euros dans le budget de la Sécurité sociale, et une réduction du périmètre de l'abattement de 10% sur l'impôt sur le revenu dont bénéficient les retraités dans le budget de l'État.
"Les marchés financiers ont besoin de sentir que quoi qu'il arrive on va finir à 5 % (...), les débats parlementaires, tout le monde s'en fout, comme tout le monde s'est dit qu'à la fin, ça se terminera par un 49.3 ou des ordonnances", estime une source au sein de l'exécutif.
Les socialistes, eux, estiment que le gouvernement fait des clins d'œil à l'extrême droite - ce dont il se défend - en proposant un délai de "carence" pour le versement de certaines allocations aux étrangers.
Marine Le Pen (RN) a dit préférer l'adoption d'un budget, même "imparfait", estimant qu'elle arriverait à le modifier en profondeur en cas de victoire à la présidentielle. Sans rassurer certains cadres macronistes : "Si la contestation sociale s'amplifie (...), le RN pourrait la rejoindre" en censurant, s'inquiète l'un d'eux.
Sébastien Lecornu pourrait aussi recourir aux ordonnances budgétaires, jamais utilisées, mais permettant de passer le budget sans aucun vote. Il faudrait toutefois attendre le 18 décembre, après 70 jours d'examen.
Avec AFP
