logo

Les lycéens et étudiants mobilisés en France pour améliorer leurs conditions d'études poursuivent leur mouvement cette semaine avec, notamment, une journée de manifestations prévue mardi. Le gouvernement, qui a commencé à apporter des réponses politiques, espère que les cortèges seront moins fournis et que les vacances de la Toussaint permettront une accalmie.

Des milliers de lycéens et d'étudiants défilent à Nantes, le 9 octobre 2026. © Loïc Venance, AFP

À quelques jours des vacances de la Toussaint en France, les lycéens entament une nouvelle semaine de mobilisation avec plusieurs blocages de lycées lundi matin, avant ce qu'ils espèrent un "acte V" des manifestations, mardi 13 octobre, qui sera déterminant pour un mouvement que le gouvernement espère en phase de décrue.

Lundi matin, plusieurs établissements sont à nouveau bloqués ou perturbés comme les lycées parisiens Balzac (public) ou, fait rare, l'établissement privé Stanislas, le lycée des Arènes à Toulouse ou encore le lycée Joliot-Curie à Rennes, où poubelles, barrières et matelas barraient l'entrée, a constaté l'AFP.

Devant l'établissement rennais, un enseignant tentait de rassurer un élève de BTS, Thibault, 20 ans, qui s'inquiétait pour sa semaine d'examens en apprenant que le blocage pourrait durer toute la semaine.

Les emplois du temps en tête des récriminations sur la plateforme de concertation du gouvernement

Près des trois quarts (71 %) des contributions à la plateforme de concertation lancée par le gouvernement à l'adresse des lycéens font état de difficultés dans les emplois du temps, et la moitié citent des problèmes de bâtiments, selon un décompte rendu public dimanche 11 octobre par Sébastien Lecornu.

Sur cette plateforme, accueillie avec indifférence ou scepticisme par les élèves mobilisés, tout le monde, sans vérification de la qualité de lycéen, peut répondre à deux questions ouvertes, sur les "principales difficultés" rencontrées dans les lycées et ce qui "devrait changer ou être amélioré pour mieux apprendre". Le gouvernement a recensé à ce stade 76 500 contributions.

Quelque 71 % d'entre elles évoquent "l'organisation du temps scolaire : journées trop longues, emplois du temps déséquilibrés, charge de travail importante", 51 % soulèvent "des difficultés liées aux bâtiments et aux conditions matérielles" dans les lycées, et 28,5 % abordent "la question des professeurs absents et de leur remplacement", 24 % celle "des effectifs par classe" et 14,5 % évoquent Parcoursup "et les difficultés liées à l'orientation", détaille le Premier ministre sur X.

Naïla, 17 ans, élève en terminale, compte participer à la manifestation prévue mardi, souhaitant "que l'État [les] écoute" et espérant une "convergence" avec les Gilets jaunes le 17 octobre. Des appels à manifester ce jour-là circulent sur les réseaux, un mouvement soutenu par la CGT.

Une dizaine de lycées rennais au total sont affectés par des blocages, selon la préfecture d'Ille-et-Vilaine, avec des "feux importants" et des "violences urbaines". Dans le Rhône, 22 établissements sont aussi "impactés", selon la préfecture.

À Marseille, plusieurs établissements sont eux aussi bloqués, avant un rassemblement prévu à 10 h devant l'Hôtel de région. Devant le lycée Périer, dans un quartier aisé du centre, quelques dizaines d'élèves étaient assis devant les grilles fermées de l'établissement. "On est solidaires des lycées moins bien lotis, il faut des vraies mesures et un vrai dialogue, pas la répression", lance Émeline, 16 ans, élève en première.

"Optimiser l'organisation"

Après avoir privilégié une réponse de maintien de l'ordre et face à la multiplication de scènes de violence et d'affrontements qui ont notamment coûté une main à un lycéen, le gouvernement a graduellement commencé à présenter des réponses plus politiques, sans toutefois convaincre les organisations lycéennes.

Jeudi soir, Édouard Geffray a notamment promis que 3 000 professeurs remplaçants allaient être déployés dans les lycées où la situation est la plus critique, espérant ainsi répondre à l'une des revendications du mouvement.

Une annonce "assez déconnectée des réalités du terrain" alors que certains enseignants "ont été appelés pour faire un remplacement dans une autre discipline que la leur", a relevé lundi matin sur France 2 Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des collèges et des lycées.

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, s'est cependant voulue rassurante sur BFMTV : "Le déploiement a commencé" et "l'objectif, c'est d'optimiser l'organisation de ces remplacements", pas de "dégrader leurs conditions de travail".

Près des trois quarts des contributions à la plateforme de concertation lancée par le gouvernement à l'adresse des lycéens faisaient état des difficultés dans les emplois du temps et la moitié citent des problèmes de bâtiments, selon un décompte rendu public par le Premier ministre dimanche soir (voir encadré ci-dessus). Sébastien Lecornu a indiqué que le gouvernement déposerait des amendements au projet de budget pour 2027 qui reprendront "certaines propositions formulées" sur la plateforme.

"Roulette russe"

Mais les réponses de l'exécutif ont pour l'instant semblé laisser sur leur faim les organisations lycéennes. Après les annonces de jeudi, l'Union syndicale lycéenne a évoqué des "miettes" et maintenu sa revendication d'une suppression totale de Parcoursup et d'un plan de dix milliards d'euros pour les lycées.

"On a fait une proposition de départ : c'est de préserver [le] budget de l'Éducation nationale et de l'augmenter. C'est un des seuls budgets de ministères qui augmentent dans le projet de loi de finances de 2027", a rappelé Maud Bregeon, évoquant les discussions budgétaires qui débutent mardi.

Pas satisfaisant, selon la patronne de la CGT Sophie Binet qui veut "la suppression de Parcoursup". "Ça n'est pas avec des annonces cosmétiques" que le gouvernement "va répondre à une colère de cette profondeur", mais "avec une modification en profondeur de son projet de budget", a-t-elle dénoncé sur LCI. Dans ce projet, "il y a 1 588 suppressions de postes d'enseignants et d'enseignantes", "200 millions d'euros en moins pour nos universités" ou encore "le gel des allocations logement et (...) des bourses étudiantes", a-t-elle souligné. "On ne joue pas l'avenir de nos enfants à la roulette russe", a-t-elle tancé.

La poursuite des blocus inquiète en tout cas les plus de 10 000 étudiants en médecine qui commencent lundi les épreuves du très ardu concours de l'internat, déterminant pour le choix de leur spécialité. Le concours étant national, toute perturbation dans un seul des centres d'examen répartis sur le territoire national peut entraîner une annulation de celui-ci dans tous les centres.

Avec AFP