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Entre 550 000 et 800 000 personnes ont manifesté samedi en France contre la vie chère, selon la police et les organisateurs. Mais la mobilisation a été marquée par des violences, des pillages et des dégradations dans plusieurs villes. L'exécutif dénonce des scènes de chaos, tandis qu’environ 400 interpellations ont été recensées.

Le bar "La Barrique", incendié en marge des manifestations à Paris, le 17 octobre 2026. © Kiran Ridley, AFP

La journée de manifestation contre la "vie chère" a réuni, samedi 17 octobre, entre 550 000 et 800 000 personne en France selon les chiffres des organisateurs et de la police. Mais elle s'est conclue par des affrontements et des scènes de chaos d'une intensité rare. Des "casseurs" se sont livrés jusque dans la soirée à des pillages et dégradations vivement condamnés par l'exécutif.

Vitrines brisées, pillages et voitures incendiées, sirènes lancinantes et bâtiments officiels attaqués... de nombreuses rues offraient un paysage de désolation à l'issue de cette journée de mobilisation.

"Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos", car il n'y a "aucune place pour la violence dans notre République", a affirmé Emmanuel Macron sur X, en assurant que ceux qui ont "cassé" et "pillé" en marge des manifestations seront "poursuivis et punis".

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a lui aussi dénoncé sur X "une violence d'une extrême intensité" et apporté "tout" son soutien aux forces de l'ordre. Il présidait samedi soir la cellule interministérielle de crise, mise en place plus tôt dans la journée, pour faire le point sur les violences de la journée, a fait savoir Matignon.

Le leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a lui estimé que "ceux qui partagent notre combat n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage".

Ambiance festive d'un côté, violences de l'autre

À Paris, malgré l'ambiance brûlante, le cortège principal est parti à l'heure prévue, 14h30, vers la Place de Clichy, ponctué de chants et de slogans repris en coeur. Au milieu du flux de manifestants, une femme distribuait des masques tandis qu'un jeune homme déguisé en schtroumpf bedonnant a remporté un grand succès, se lançant dans une mini "battle d'aura" avec un groupe de jeunes vêtus de noir.

Une explosion de joie a parcouru la foule lorsqu'une banderole hostile à Emmanuel Macron est apparu à une fenêtre.

Le cortège parisien, dans le calme, aux alentours de République, le 17 octobre 2026. © France 24

Mais l'ambiance festive place de Clichy, à l'issue d'une manifestation dans le calme, a vite contrasté avec les scènes d'affrontements qui se sont poursuivient en début de soirée aux alentours de la place de la République, où les tensions ont débuté dès la mi-journée, avant le départ du défilé. Elles sont allées crescendo dans divers quartiers de la capitale lors d'une journée qui a rappelé certains des samedis de mobilisation des gilets jaunes en 2018-2019.

Un cortège non déclaré a été refoulé dans l'après-midi par les forces de l'ordre alors qu'il se dirigeait samedi vers le palais de l'Elysée.

Rues "méthodiquement ravagées"

"Des rues entières ont été méthodiquement ravagées", a déploré le maire PS de Paris, Emmanuel Grégoire, selon qui le bilan des violences sera d'une "ampleur immense".

Outre Paris plusieurs villes ont également été le théâtre de scènes de pillage : à Lille, la boutique du Losc et une supérette du centre-ville ont été vandalisées. À Rennes, plusieurs boutiques ont été prises pour cible par les casseurs. À Lyon, les forces de l'ordre sont intervenues vers 20h00 pour faire cesser des pillages de magasin dans les rues commerçantes du centre de la Presqu'île.

"Nous en sommes à peu près à 400 interpellations", avec "une majorité de majeurs", a indiqué Laurent Nuñez, qui a dénoncé "la patte de l'ultra-gauche ou de l'extrême gauche radicale", et déploré "une volonté manifeste" de s'en prendre "aux bâtiments publics".

"La mairie de Limoges est actuellement en feu", a indiqué le ministre. Selon le préfet de Haute-Vienne, Maurice Barate, cet édifice du 19e siècle "est en grande partie perdu".

Un incendie ravageant la mairie de Limoges après qu'un groupe d'individus s'est introduit de force dans le bâtiment lors d'une manifestation le 17 octobre 2026. © AFP, Melanie Payzal

Plus tôt dans la journée, la porte du ministère de la Justice place Vendôme a été la cible de jets de peinture et de tags, a constaté l'AFP.

Une antenne de l'office du tourisme de Lyon a été saccagée et incendiée en marge du mouvement, et à Marseille, plusieurs dizaines de manifestants ont brièvement pénétré dans le hall de la mairie après en avoir enfoncé la porte, en criant "c'est la Révolution", avant d'être dispersés par les forces de l'ordre.

À Lille, des manifestants ont aussi forcé plusieurs entrées de la mairie, en cassant des portes vitrées, et certains ont réussi à y pénétrer en saccageant une partie des locaux avant de s'enfuir rapidement, tandis qu'à Bordeaux, le RAID a été activé pour aider les forces de l'ordre après le saccage de la résidence préfectorale.

Des manifestants masqués devant la mairie de Lille dont les vitres de la porte d'entrée ont été brisées, le 17 octobre 2026. © AFP

La CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a été déclenchée pour prêter main forte samedi aux forces de l'ordre dans la capitale, a appris l'AFP auprès d'une source proche du dossier.

La candidate du RN à la présidentielle Marine Le Pen a dénoncé "une prise d'otage par l'extrême gauche" des "revendications sociales légitimes" des manifestants.

Une main arrachée par une grenade policière

Dans la journée, la mobilisation a rassemblé des milliers de personnes dans plusieurs villes de France venues faire entendre leurs revendications sur le coût de la vie : 110 000 à Paris, selon M. Nuñez, ainsi que 20 000 personnes à Lyon et Nantes, et 10 000 à Rennes, selon Beauvau.

Un manifestant a eu la main arrachée à Saint-Étienne par une grenade policière lancée par les forces de l'ordre, de source proche du dossier.

La CGT a appelé le gouvernement à "arrêter de réprimer" et à "répondre immédiatement aux revendications sociales", annonçant la mobilisation "la plus importante depuis la rentrée" avec "1 750 rassemblements ou manifestations" en France. Elle a appelé "à poursuivre" une "mobilisation pacifique" en vue notamment de "la grande journée intersyndicale de grève et de manifestation interprofessionnelle du 5 novembre".

Sur le site 17octobregiletjaune.net, l'appel à la mobilisation s'adressait aussi aux habitants des quartiers, paysans, ouvriers ou retraités, invités à descendre dans la rue et sur des ronds-points ou autour de stations-services, de péages ou d'axes de circulation. Peu de blocages ont toutefois été constatés par les journalistes de l'AFP, à part quelques ronds-points, autre écho au mouvement des gilets jaunes.

Avec AFP