logo

La plateforme d’affectation des futurs étudiants de l’enseignement supérieur, Parcoursup, fait l’objet de critiques récurrentes depuis son lancement en 2018. Sa suppression ou sa refonte sont au cœur des revendications du mouvement lycéen, qui a réuni mardi 450 000 manifestants dans les rues, selon ses organisateurs.

Un manifestant tenant une pancarte appelant à la suppression de Parcoursup, le 6 octobre 2026, à Paris. © Tom Nicholson, Reuters

Ghjulia espérait faire en septembre sa rentrée en première année de médecine à l’Université de Montpellier. Mais après tout un été à attendre, cette bachelière de 18 ans habitant l’Hérault s’est retrouvée sans la moindre affectation.

Son dossier scolaire était pourtant bon : près de 15 de moyenne générale en Terminale, déléguée de classe, latiniste, sportive de haut niveau et une mention assez bien obtenue avec son baccalauréat. Rien ne lui laissait imaginer qu’elle passerait son été à attendre une réponse positive. Pourtant, comme plusieurs milliers d’étudiants chaque année, Ghjulia fait partie des recalés de Parcoursup.

"Je ressens comme une injustice parce que j’avais vraiment un bon dossier et je ne comprends pas pourquoi je n’ai eu aucune affectation. Je compte retenter ma chance l’an prochain, mais j’ai désormais une appréhension car je me demande ce que je vais faire de ma vie si à nouveau je n’obtiens rien. C’est quand même inacceptable de ne pas pouvoir faire les études que l’on veut", déplore la jeune fille, qui a décidé de mettre à profit cette année en s’engageant dans un service civique de huit mois.

Depuis que Parcoursup a été mis en place en 2018 lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, la plateforme d’affectation des futurs étudiants de l’enseignement supérieur fait l’objet de nombreuses critiques. Le processus, que beaucoup qualifient de sélection, est accusé de manquer de transparence, en particulier les algorithmes utilisés par chaque formation.

"Si de réelles améliorations ont été progressivement apportées sur le plan technique et informationnel, paradoxalement, l'appréciation des usagers de la plateforme suit une tendance inverse. Dans le débat public, c'est en effet une anxiété croissante et un sentiment de manque de clarté, de rapidité, d'équité et de transparence qui prédominent", relevait ainsi un rapport parlementaire publié en 2023 par la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat.

"Le totem de Parcoursup est un leurre"

La suppression, ou la refonte, de Parcoursup fait partie des principales revendications du mouvement lycéen. De nombreuses pancartes visant la plateforme étaient ainsi visibles parmi les manifestants, mardi 6 octobre, lors de la journée de mobilisation de la jeunesse.

De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par François Ruffin, Fabien Roussel, Marine Tondelier ou Bruno Retailleau, de nombreux candidats à l’élection présidentielle appellent à la suppression de Parcoursup. D’autres, à l’image de Raphaël Glucksmann, plaident pour son amélioration.

Le président du Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains), a reconnu mardi matin sur BFMTV "l'absence d'accompagnement, le caractère chaotique de Parcoursup", comprenant que ça "peut inquiéter".

"Le totem de Parcoursup utilisé par certains responsables politiques est un leurre", a toutefois estimé au même moment sur une autre chaîne la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. "Parcoursup mérite peut-être certaines améliorations et je crois qu'il ne faut pas balayer la crainte que ça peut susciter chez certains élèves, mais c'est un système qui fonctionne", a-t-elle ajouté sur France 2.

Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

Parcoursup figure pourtant parmi les cinq chantiers relevés par le Premier ministre Sébastien Lecornu dans sa "feuille de route" adressée dimanche à plusieurs de ses ministres pour calmer la colère des lycéens. "Les échanges sur Parcoursup expriment l’angoisse des lycéens d’engager leur avenir sans toujours comprendre les règles, puis de voir se fermer des possibilités que l’on croyait ouvertes. Les progrès déjà réalisés dans la publication des critères et des résultats d’admission doivent déboucher sur une transparence réellement utile aux familles", écrit le Premier ministre, qui demande à ses ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur de proposer avant fin octobre des améliorations.

"L’impression que les dossiers ne sont même pas regardés"

"Le problème, c’est que c’est totalement aléatoire. J’ai écrit une quinzaine de lettres de motivation, sans utiliser ChatGPT, mais j’ai l’impression que les dossiers ne sont même pas regardés. L’algorithme n’est pas bon. Quand je vois des gens qui sont acceptés dans la filière que je voulais avec des dossiers moins bons que le mien, ça me paraît complètement illogique", regrette Ghjulia.

Un autre rapport parlementaire, celui-ci publié en février 2026 par la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, constate que Parcoursup "participe de la persistance des inégalités socioculturelles", et dresse une liste de 51 propositions afin d'essayer d'y remédier et "améliorer la transparence".

Parmi elles : "Supprimer la lettre de motivation sauf si celle-ci est spécifiquement requise par une formation" ou "instaurer un référentiel unique de notation des devoirs et d’évaluation des compétences" dans le cadre du contrôle continu. Les deux auteurs suggèrent aussi de "supprimer la mention du lycée d'origine dans les éléments du dossier communiqué aux formations", de "constituer une base de données des algorithmes locaux et en donner l’accès aux établissements", ou encore d'"indiquer explicitement à quel stade de l'analyse des candidatures les différents critères de sélection affichés sont tous pris en compte".

Leurs recommandations seront-elles reprises par le gouvernement maintenant que Parcoursup est devenu un sujet brûlant ? "Tout ce qu'on peut corriger" dans le dispositif "nous le corrigerons", a promis Sébastien Lecornu mardi après-midi devant l'Assemblée nationale.

"Il y a évidemment des questions sur Parcoursup", a affirmé le Premier ministre, en rappelant que le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, avait mis en place "déjà un certain nombre de consultations et de groupes de travail". "Est-ce qu'il y a besoin de davantage de transparence ? Le ministre et moi, nous sommes convaincus, la réponse est oui. Est-ce qu'il faut beaucoup plus de simplicité ? La réponse est oui", a-t-il ajouté.