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correspondante à Washington – La dernière ligne droite de la campagne pour les Midterms a commencé ! Stratégie, candidats, sondages… Chaque semaine, France 24 fait le point sur ce qu'il faut retenir. Un sondage du New York Times publié mardi est venu conforter les espoirs des démocrates de remporter en novembre non seulement la Chambre des représentants mais aussi le Sénat. Et sur le terrain, les candidats s'emparent du thème brûlant de l'IA, notamment via la question des data centers.

Le Congrès américain, à Washington, le 18 septembre 2026. © AP/France 24
  • La "vague bleue" aura-t-elle lieu ?

Cette semaine aux États-Unis, la gauche s’est prise à espérer une victoire complète aux élections de mi-mandat, les Midterms. Jusqu'ici, les démocrates se préparaient à récupérer la majorité à la Chambre des représentants mais étaient beaucoup plus réservés au sujet du le Sénat. Désormais, celui-ci est aussi à portée de mains. Le Decision Desk HQ a ainsi changé ses projections pour la première fois, donnant aux démocrates 51 % de chances de remporter la chambre haute.

Parmi les récents sondages, c’est celui du New York Times-Siena University, l'un des plus respectés du pays, qui a attiré l'attention cette semaine. Il confirme de nombreux signaux d’une potentielle "vague bleue" en novembre. D'abord, l’avantage général des démocrates sur les républicains parmi les électeurs potentiels est estimé à près de neuf points. En 2018, la dernière "vague bleue" en date, un tel écart s’était traduit par la prise d’une quarantaine de sièges à la Chambre des représentants. 

Ensuite, la cote de popularité de Donald Trump stagne autour des 38 % d’opinions positives, au plus bas depuis le début de la guerre en Iran. Une guerre qui, associée aux tarifs douaniers du président américain, fait durer une inflation que les Américains ne supportent plus. Or, Donald Trump a prévenu qu'il ne fallait pas s’attendre à voir les prix baisser avant les Midterms. Le relèvement des taux de la Fed, cette semaine, vient aggraver la situation puisque l’accès au crédit devient encore plus difficile.

Le débat Élections de mi-mandat : vers un vote sanction contre Donald Trump ?

Désormais, nous dit le sondage du New York Times, les électeurs font davantage confiance aux démocrates sur le thème de l’économie et du coût de la vie. Plus intéressant encore, les électeurs de droite sont démobilisés. Quand 61 % des démocrates se disent presque certains d’aller voter, seulement 56 % des républicains affirment la même chose. 

Pire, seulement 60 % des républicains approuvent fortement la politique de Trump, quand 92 % des démocrates la désapprouvent fortement. En clair, les républicains ont moins d’énergie au moment même où les démocrates sont furieux. C'est peut-être ce dernier élément qu'il faudra retenir car, durant les Midterms, des élections où la participation est moins importante qu’à la présidentielle, l’énergie de la base est primordiale pour gagner. 

De fait, deux ans après son élection, la coalition hétéroclite que Donald Trump avait réunie se délite. Non seulement le socle est moins motivé, mais les jeunes et les Latinos qui avaient tenté l'aventure Trump en 2024 ont déserté. C'est notamment le cas au Texas où le jeune James Talarico, dont France 24 vous parlait ici la semaine dernière, pourrait ravir un siège de sénateur aux républicains.

Le mécontentement est tel que certains districts rouges deviennent des zones à défendre. Cette semaine, le vice-président J.D. Vance a fait campagne pour un candidat du Kansas, un État qui n’a pas élu de démocrate au Congrès depuis 1932. En Géorgie, un des États disputés au Sénat, les républicains en viennent à se demander s'il ne faudrait pas jeter l’éponge et se concentrer sur d'autres batailles électorales, tant l'avance du démocrate Jon Ossoff semble difficile à rattraper.  

Dans les duels serrés, les exemples de candidats qui prennent leurs distances avec Donald Trump se multiplient. Certains ont ainsi voté cette semaine avec les démocrates pour demander la fin de la guerre en Iran. Quant à la promesse du président américain de verser 5 000 dollars à chaque citoyen en cas de victoire républicaine, elle est peu relayée sur le terrain. Donald Trump, qui a réclamé à ses électeurs de faire comme s’il était sur le bulletin de vote, voit ainsi son pari défié par son propre camp. 

La prudence reste de rigueur. Si l'environnement et les sondages sont favorables aux démocrates, le terrain et les réserves financières restent à l’avantage de la droite. Le redécoupage électoral a mathématiquement diminué - certes moins qu'espéré par les républicains - le nombre de circonscriptions gagnables par la gauche. Même en cas de victoire, il ne faut donc pas s'attendre à un raz-de-marée démocrate à la Chambre comme en 2018. Au Sénat, ce sera encore plus difficile. Les démocrates doivent ravir quatre sièges à la droite dans des États très disputés pour remporter la majorité, tout en conservant deux sièges à haut risque, le Michigan et le New Hampshire. 

Or, les super PACs (comités d'action politique qui financent les campagnes électorales) liées à Donald Trump et à ses soutiens milliardaires viennent seulement d’ouvrir les robinets de cash : ils ont dépensé près de 140 millions de dollars en publicités depuis le 7 septembre (Labor Day, jour férié aux États-Unis qui sonne le vrai départ de la campagne). "Nous faisons le pari que les électeurs ne s’'ntéressaient pas (aux Midterms, NDLR) avant Labor Day - et c'est maintenant qu’on démarre", a expliqué au New York Times le représentant Richard Hudson, en charge de la campagne républicaine à la Chambre des représentants. "Nous avons un avantage en terme d'argent que je n'ai jamais vu de ma vie." 

  • L'IA dans la campagne : haro sur les data centers

Du Texas à New York, en passant par l’Arizona, la Georgie ou encore l’Ohio, un nouveau thème s’est invité dans la campagne des Midterms : l’intelligence artificielle (IA). Si cette semaine, le débat national a tourné autour de la possibilité que l’IA finisse par tuer les humains, ce sont les conséquences pratiques de cette nouvelle industrie qui sont discutées au niveau des États : les data centers, leur emplacement, leur consommation d’eau et d’électricité et leur impact pour les communautés qui les entourent.

La particularité des data centers ? Les électeurs de tous bords s'en méfient, loin des débats partisans qui divisent les Américains depuis une quinzaine d’années. Pour les démocrates, c’est une opportunité politique. En Géorgie, par exemple, le sénateur Jon Ossof, potentiel candidat à la présidentielle de 2028, a accusé Donald Trump et sa famille d’être "compromis" par un "intérêt financier dans cette industrie".

En Géorgie toujours, la candidate au poste de gouverneur Keisha Lance Bottoms réclame une pause dans la construction de nouveaux data centers. Elle accuse son rival républicain Rick Jackson d'être lui aussi compromis par ses investissements dans ce secteur. Ce dernier, à l’inverse, défend les retombées économiques pour cet État. 

Une position alignée sur celle de Donald Trump. Le président américain est à 100 % pour l'IA, inquiet de la concurrence chinoise et d’une potentielle crise boursière en cas de ralentissement du secteur. De quoi mettre certains candidats républicains dans une position inconfortable sur le terrain. Si bien que certains prennent leurs distances avec la Maison Blanche. Dans le Michigan, le prétendant au Sénat Mike Rogers, en difficulté dans les sondages, a par exemple affirmé avoir changé d’avis sur l'IA après l'avertissement du patron d'Anthropic. Il est désormais convaincu qu'il faut "ralentir son développement".

  • Focus sur un État très disputé : en Ohio, la bataille pour les cols bleus

En Ohio, tous les yeux sont rivés sur Sherrod Brown : le candidat démocrate au Sénat réussira-t-il à récupérer son siège ? Sa victoire face au républicain John Husted pourrait être déterminante au niveau national puisque l'Ohio fait partie des quatre sièges à ravir aux républicains pour récupérer la majorité.

Donald Trump a remporté cet État avec 11 points d’avance sur Kamala Harris en 2024. Sherrod Brown a perdu son siège à cette occasion, victime de l’érosion du vote des cols bleus qui se sont tournés vers le parti adverse - un phénomène alors constaté un peu partout dans le Midwest.

Le candidat démocrate au Sénat Sherrod Brown à Akon, dans l'Ohio le 16 juillet 2026. © Sue Ogrocki, AP

Cette année, ce politicien de 73 ans, bien connu des syndicats de l'Ohio depuis les années 1970, bénéficie d’une avance de trois points dans les récents sondages, en partie liée au retour des ouvriers déçus du deuxième mandat de Trump. Ils avaient voté pour le milliardaire afin de se débarrasser de l’inflation des années Biden. Au lieu de cela, ils sont toujours matraqués par la hausse des prix et ne comprennent pas pourquoi le président s'obstine dans sa guerre en Iran et sa politique douanière. "Je m'attendais à beaucoup d’améliorations économiques comme en 2017 or, les choses sont de plus en plus chères. Le prix de l’essence est dingue", se plaignait récemment un ouvrier de la ville Mansfield  auprès du Washington Post. Le fait de voir Sherrod Brown sur un piquet de grève cet hiver l'a convaincu : il aura son vote cette année.

Sherrod Brown, lui aussi, fait campagne sur l'impact de l'IA dans son État. Sa campagne a diffusé un spot télévisé très agressif, accusant son rival John Husted d’être "le visage des data centers en Ohio". Mais le thème des data centers est à double tranchant, certains syndicats locaux louant la promesse de créations d'emplois liée à la construction de ces infrastructures.

La bataille entre Sherrod Brown et John Husted est scrutée de près car elle pourrait servir de locomotive pour les autres. Or, l'Ohio élit aussi son gouverneur cette année, un poste que les démocrates ont perdu depuis 2006. Et la démocrate Amy Acton voit les sondages lui sourire de plus en plus face à un candidat plus trumpiste que Trump, Vivek Ramaswamy. 

Pas étonnant, dès lors, que Sherrod Brown devienne une cible. Les républicains ont dépensé 14 millions de dollars de publicités ces derniers jours pour aider John Husted. La course a déjà attiré 298 millions de dollars d’investissements publicitaires au total et pourrait devenir la plus chère des Midterms 2026.

  • Dans l'actu : la Cour suprême contrarie les plans de Donald Trump

Donald Trump a des raisons d’en vouloir à la Cour suprême. Les juges à majorité conservatrice ont rejeté deux mesures qui auraient permis aux républicains d’exercer un plus grand contrôle sur les élections de mi-mandat. La semaine dernière, ils ont empêché les républicains du Missouri d’utiliser une nouvelle carte électorale, redessinée de façon à gagner un siège supplémentaire à la Chambre des représentants. 

Et cette semaine, la Cour suprême a bloqué l'application de nouvelles règles édictées par La Poste pour acheminer le vote par correspondance. Ces règles répondaient à un décret du président qui cherchait à encadrer plus strictement ce vote. Donald Trump, furieux, a accusé l’institution de rendre la triche "beaucoup plus facile" pour les démocrates.

  • La pub de la semaine

Parmi les hispaniques qui ont voté Donald Trump, certains ont des remords. La pilule de sa politique migratoire, notamment, ne passe pas. Jeudi, chose rarissime, c'est une élue républicaine qui l’a fait savoir haut et fort. Maria Elvira Salazar est la représentante de la 27e circonscription de Floride, un district de Miami où l’importante diaspora cubaine s'était tournée vers Donald Trump lors de la présidentielle. Dans un spot de campagne au ton direct, devant la Maison Blanche, elle s’adresse directement au président, le doigt pointé vers la caméra.

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"Certaines de vos politiques migratoires sont allées trop loin", dénonce cette ancienne journaliste, elle-même d’origine cubaine. "En juillet, 50 % des 50 000 personnes arrêtées n’avaient pas de passé criminel. Faites attention à ce que vos conseillers vous disent au sujet de la politique d'immigration. Les mêmes hispaniques qui vous ont aidé à revenir à la Maison Blanche en 2024 se sentent aujourd'hui trahis", assène-t-elle, en anglais et en espagnol. 

Les sondages la donnent au coude-à-coude avec son rival démocrate, alors qu'elle avait été réélue avec 60 % des voix il y a deux ans. Maria Elvira Salazar prend donc le risque de se mettre à dos la Maison Blanche pour sauver son quatrième mandat au Congrès.