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Kiev a révélé, mardi, avoir entamé une nouvelle opération militaire baptisée Vivaldi dans le Donbass. Qualifiée de contre-offensive, elle a déjà permis de “liberer” 85 km² autour du verrou stratégique de Lyman. Mais l’Ukraine est-elle vraiment capable de lancer une vaste contre-attaque ?

Les vidéos de promotion de l'Operation Vivaldi, lancé par Andriy Biletsky (en bas à gauche), montrent les forces ukrainiennes en train de libérer des zones dans la région de Lyman. © Studio graphique France Médias Monde

Ils ont "récupéré" ou "désoccupé" au moins 85 km² dans le Donbass. Les Ukrainiens ont dévoilé l’étendu du territoire qu’ils affirment avoir libéré de toute présence russe lors de l’annonce surprise du lancement de l'Opération Vivaldi, mardi 15 septembre.

L’armée russe a "subi un coup dévastateur", a affirmé Andriy Biletsky, commandant du 3e corps d’armée, dans une vidéo détaillant cette opération qu’il qualifie de contre-offensive.

Lyman, rempart face aux Russes

L'ancien député a précisé que ces récents succès militaires, qui ont débuté il y a plusieurs semaines, ont déjà permis d’éliminer "1 500 soldats russes, 12 000 drones ennemis et des centaines de véhicules blindés et de systèmes d’artillerie".

Les forces ukrainiennes ont enregistré ces gains de territoire autour de Lyman, une ville dévastée qui comptait plus de 20 000 habitants en 2022 et n'en compte plus aujourd'hui qu'une poignée. La ville, située tout au nord de l’oblast de Donetsk dans le Donbass contesté, avait été prise par les forces russes en février 2022 avant de revenir dans le giron de l'Ukraine après la vaste contre-offensive de novembre 2022.

Cette zone qui protège la partie du Donbass toujours contrôlée par Kiev à une importance critique. Si toute la région autour de Lyman tombe aux mains des Russes, "c’est un rempart essentiel sur la route vers Kharkiv qui s’effondre", souligne Huseyn Aliyev, spécialiste de la guerre en Ukraine à l’université de Glasgow.

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Image de couverture : Escalade militaire entre la Russie et l'Ukraine © France 24

Dans la stratégie russe actuelle pour surmonter l’obstacle de la ceinture fortifiée autour de Kramatorsk et Sloviansk, la prise de Lyman coûterait aussi très cher à l'Ukraine. Mais les Russes "ont compris qu’attaquer frontalement ces places fortes était suicidaire et ils ont donc opté pour une stratégie d’encerclement qui nécessite de passer par Lyman au nord", explique Ryhor Nizhnikau, spécialiste de l’Ukraine à l'Institut finlandais des affaires internationales.

L’Opération Vivaldi permet ainsi "de renforcer les lignes défensives permettant de mieux sécuriser ce réseau de villes fortifiées", résume Will Kingston-Cox, spécialiste de la Russie et de la guerre en Ukraine à l'International Team for the Study of Security (ITSS) Verona.

Andriy Biletsky promet pourtant bien plus. "Vivaldi a composé les Quatre saisons, et là nous n’en sommes qu’à la première", a martelé ce militaire sans pour autant donner plus de détails.

De quoi surprendre. En effet, le général du 3e corps d’armée semble suggérer une contre-offensive beaucoup plus vaste encore à venir. C’est difficile à imaginer tant les ressources ukrainiennes, notamment en hommes, sont limitées.

Vraie-fausse contre-offensive ?

En réalité, l’idée même que l’Ukraine puisse se lancer dans une contre-offensive limitée à la région de Lyman peut surprendre. D’un point de vue militaire, il ne faut pas imaginer qu’une contre-offensive en 2026 puisse ressembler à de grandes opérations mobilisant des troupes nombreuses pour créer une brèche dans les lignes ennemies et renverser la dynamique des combats, assurent les experts interrogés.

En effet, la guerre des drones a transformé le front en "killzone", un territoire où il est impossible d’avancer en grand nombre sans risquer d'être tué à vue depuis le ciel. Les Russes n’avancent ainsi plus qu’en grignotant les kilomètres grâce à de petites unités effectuant des infiltrations discrètement et à couvert.

Conséquence : la contre-offensive ukrainienne s’est essentiellement résumée à "déloger de ces zones ces petites unités russes qui n’avaient pas les moyens de renforcer leur position", explique Huseyn Aliyev.

Ce nettoyage d’automne va de pair avec "des opérations de drones contre les lignes de ravitaillement qui soutiennent ces incursions russes", ajoute Will Kingston-Cox. Autrement dit, l’Opération Vivaldi ne consiste pas seulement à bouter ces soldats russes hors de la région de Lyman, mais aussi à couper les lignes logistiques qui les approvisionnent.

Tout le contraire des vastes contre-offensives ukrainiennes de l'automne 2022 ou de l'été 2023.

Opération de promotion du fondateur du régiment Azov

Andriy Biletsky n’a été nommé que depuis un an à la tête du 3e corps d’armée. Et ce n’est pas n’importe quel commandant. Charismatique, il était surtout connu pour avoir fondé le célèbre, et souvent controversé, régiment Azov, avant de diriger le 3e corps d’armée. Ce leader ultra-nationaliste célèbre en Ukraine a fait ses classes dans l’armée régulière ukrainienne, notamment à la tête de la 3e Brigade d’assaut qui s’est illustrée en 2023 lors de la bataille de Bakhmout et dont le rôle a été crucial dans la défense des régions autour de la ceinture fortifiée. "C’est l’une des unités d’élite les mieux équipées, les mieux entraînées et les plus capables de l’armée ukrainienne", assure Huseyn Aliyev.

C’est ce qui a valu à Andriy Biletsky d’être promu à la tête du 3e corps d’armée, chargé de défendre une large partie du front : l’axe Sloviansk, Kramatorsk, Lyman, Koupiansk.

Le lancement de l’Opération Vivaldi comporte ainsi "une part de campagne de communication pour renforcer la crédibilité du nouveau commandant et démontrer à Volodymyr Zelensky qu’il a eu raison de le nommer", assure Ryhor Nizhnikau.

L’Opération Vivaldi consiste aussi, pour Andriy Biletsky, à profiter de la vaste campagne de bombardements ukrainiens des infrastructures en Russie, assure Will Kingston-Cox. "C’est une suite logique de ces frappes qui ont fragilisé les réseaux de ravitaillement, notamment en carburant, pour le front", assure cet expert. Pourquoi rester purement sur la défensive, si ces bombardements fragilisent la capacité russe à soutenir l’effort de guerre à 100 % ?

Pour autant, il ne faut pas surestimer l’impact de cette Opération Vivaldi, malgré les déclarations d’Andriy Biletsky. "L’Ukraine n’a pas les moyens humains de mener une vaste contre-offensive sur le long terme, ce qui risquerait d’épuiser l’armée ukrainienne très vite", estime Ryhor Nizhnikau.

De ce fait, "il ne faut pas s’attendre à ce que cette opération soit de nature à changer la donne, et elle n’empêche pas la Russie de continuer à gagner du terrain sur d’autres portions du front", affirme Huseyn Aliyev.

En revanche, la capacité ukrainienne à reprendre des territoires dans le Donbass contrarie le discours de Vladimir Poutine sur l’inéluctabilité, à plus ou moins court terme, de la prise de contrôle totale du Donbass par l’armée russe.