L'artiste marocain Yasser Mounbir comparaît, mercredi, devant le tribunal correctionnel de Casablanca. Détenu depuis trois mois, le graffeur de 22 ans, connu pour ses peintures engagées, est poursuivi pour outrage à une institution constitutionnelle et à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions.
Pour la troisième fois, Yasser Mounbir doit comparaître, mercredi 16 septembre, devant le tribunal correctionnel de première instance de Casablanca. Les deux précédentes audiences ont été reportées.
Actuellement détenu dans la prison d'Oukacha, l'artiste de 22 ans est poursuivi pour "outrage à une institution constitutionnelle et outrage à un fonctionnaire publique dans l’exercice de ses fonctions".
Mais pour son comité de soutien, "ces accusations formulées en termes vagues ont déjà été utilisées dans d'autres affaires liées à la liberté d'expression". Dans une pétition publiée en ligne, le collectif "Free Yasser" estime ainsi que cet artiste, connu pour ses graffitis engagés qui abordent des questions sociales, politiques et relatives aux droits humains, a été interpellé "pour son art" à la mi-juin. "Son arrestation est perçue comme une continuation de la criminalisation de l'expression artistique pacifique", peut-on lire dans ce document.
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Accepter Gérer mes choixDes dessins de Mohammed VI
"Convoqué par la police judiciaire de Casablanca, il aurait eu une altercation avec un agent de police, mais cette version est démentie par des proches du jeune homme", précise le journal Le Monde. il rapporte que Yasser Mounbir serait en réalité dans le viseur de la justice en raison de ses dessins de Mohammed VI publié sur son compte Instagram suivi par plus de 12 000 abonnés.
"Ces derniers mois, l’artiste en a publié certains sur son compte Instagram. On y voit le monarque grimé, travesti ou transformé en animal. Sur un autre cliché mis en ligne, le souverain apparaît agenouillé avec une décharge en arrière-plan", précise le quotidien.
Le code pénal marocain interdit de porter atteinte au roi, à sa famille ou à la monarchie. Les personnes reconnues coupables risquent de lourdes peines de prison ferme, souvent entre deux et cinq ans, ainsi que des amendes. En 2023, la justice du royaume avait condamné Saïd Boukioud, un internaute, à cinq ans de prison ferme pour offense à la monarchie, après qu’il ait critiqué sur Facebook la normalisation diplomatique avec Israël.
"Une tendance regrettable d’intimidation"
Le comité de soutien de Yasser Mounbir note ainsi que son arrestation s'inscrit dans "une tendance regrettable d'intimidation et de criminalisation de la liberté d'expression au Maroc". Ce tour de vis concerne plusieurs artistes. Le Monde rappelle ainsi que le rappeur Tarek Tazi, 31 ans, de son nom de scène T-Flow, connu pour ses textes dénonçant la fracture sociale, a écopé, le 11 septembre, de dix mois de prison ferme devant le tribunal de première instance de Fès pour avoir publié une vidéo dans laquelle il critiquait les politiques du gouvernement d’Aziz Akhannouch.
"En juin, toujours à Fès, la cour d’appel a condamné le rappeur Pause Flow (Jawad Asradi à l’état civil), 31 ans, à trois mois avec sursis pour des propos tenus sur la police", ajoute aussi le journal français
Le rappeur Mehdi Black Wind attend pour sa part son procès qui doit avoir lieu le 2 octobre à Casablanca. Il est lui aussi poursuivi "pour outrage à une institution constitutionnelle". Détenu pendant deux semaines cet été, il a pu bénéficier d'une remise en liberté provisoire et est retourné France où il vit depuis 2017.
Interrogé par le site Médiapart, Mehdi Black Wind est revenu sur son arrestation et sur l'intensification des poursuites. "Si les autorités répriment de plus en plus, c’est parce que ça bouge, qu’il y a de la tension et des gens qui tentent des choses – même à l’intérieur des institutions", a-t-il expliqué. "Ce qui est récent, c’est l’acharnement des autorités sur le web. Peut-être que les autorités se sentent submergées par cette nouvelle génération, par sa rapidité à réagir et à se mobiliser. Ce rapport au virtuel est utilisé pour réprimer la liberté d’expression et d’opinion, sous couvert d’outrage ou de diffamation. C’est paradoxal, lorsque l’on sait qu’il y a des médias populistes qui ont fait de la diffamation leur ligne éditoriale. Eux, ils ne se font pas arrêter", a-t-il aussi constaté.
Le rappeur juge en tout cas qu'on "ne devrait jamais faire de prison ferme pour des chansons, des vidéos, des avis ou du contenu sur Internet". Des arguments partagés par le comité de soutien de Yasser Mounbir qui insiste dans sa pétition sur le fait que "l'art n'est pas un crime. La liberté de créer est un droit fondamental garanti par l'article 28 de la Constitution marocaine".
