Le cinéaste et documentariste chilien Patricio Guzman, qui a notamment filmé la chute de Salvador Allende et le coup d'Etat du général Pinochet en 1973, est décédé mardi à Paris à l'âge de 85 ans. Il vivait en France depuis les années 80 d'où il menait avec ses films un infatigable travail contre l'amnésie.
La révolte sociale qui a secoué le Chili en octobre 2019 était au cœur de son dernier documentaire, "Mon pays imaginaire", venu conclure une riche filmographie amorcée au début des années 70 dans son pas natal.
L'épouse du réalisateur Patricio Guzman a annoncé, mardi 15 septembre, le décès de cet orfèvre de la mémoire politique, connu notamment pour avoir réalisé entre 1972 et 1973 "La Bataille du Chili", une trilogie de cinq heures sur le gouvernement de l'ancien président socialiste chilien Salvador Allende jusqu'à son assassinat le 11 septembre 1973.
Cette somme a posé les fondations de son cinéma et reste considérée comme l'un des plus grands documentaires politiques de l'Histoire.
Après le coup d'État d'Augusto Pinochet, lui-même avait été arrêté et soumis à des simulacres d'exécution et consacrera une grande partie de son œuvre de cinéaste à ausculter l'histoire récente de son pays.
En exil à Cuba, en Espagne puis en France
"La mémoire a sa propre force de gravité. Les États qui enfouissent leurs crimes passés sont à la traîne", affirmait-il à l'AFP en 2010, année où le festival de Cannes avait sélectionné son film "Nostalgie de la lumière" où il évoquait les séquelles de la dictature par le biais de l'astronomie.
Né le 11 août 1941 à Santiago, il avait quitté le Chili en 1973 et s'était exilé à Cuba, en Espagne puis en France sans jamais perdre de vue l'histoire mouvementée de son pays.
En exil, il continua de réaliser des documentaires comme "Au nom de Dieu" (1987), sur le rôle de l'Église catholique chilienne face à la dictature, ou "Salvador Allende" (2004).
"Je pense que c'est mieux que je vive en dehors du Chili. Cela me permet de prendre de la distance. Je pense que la distance exacte d'un documentaire est la distance d'un exilé. Être dehors pour pouvoir mieux cerner l'atmosphère, la société chilienne, et cela marche", confiait-il en 2007 au site Le Petit Journal.
"Rendre compte de l'état d'âme d'un pays"
"Le documentaire est un filet que tu lances et dont tu retires ce qui t'intéresse. Grâce à cet exercice, on peut rendre compte de l'état d'âme d'un pays", affirmait voilà quelques années ce ce cinéaste qui menait un infatigable travail contre l'amnésie.
"Un pays qui n'a pas de cinéma documentaire, c'est comme une famille sans album de famille", avait-il coutume de dire.
En 2015, il se penche dans le "Le bouton de nacre" sur la mémoire de l'eau, en se rendant notamment en Patagonie pour raconter l'histoire de peuples originels massacrés ou déculturés.
Avec "La Cordillère des rêves" (2019), qui remporta l'Œil d'or à Cannes du meilleur documentaire, il fit des Andes le témoin immuable des années de répression politique sur le continent sud-américain.
Avec AFP
