
Depuis les déclarations du président kényan William Ruto, lundi, stigmatisant les travailleurs étrangers, les Burundais manifestent leur colère. Ils sont 16 000 réfugiés et demandeurs d’asile burundais à vivre au Kenya, et beaucoup survivent grâce à des emplois dans le secteur informel. La très grande majorité d'entre eux cherche désormais à quitter le territoire.
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RéessayerAu Kenya, la xénophobie est en train de prendre racine. Le pays d'Afrique de l'Est a donné, mardi 8 septembre, 90 jours aux commerçants étrangers pour se mettre en règle, quelques jours après les avoir sommés de fermer leurs boutiques sous de brefs délais, suscitant un mouvement de panique au sein de certaines communautés étrangères.
En réaction, des centaines, voire des milliers de ressortissants du Burundi ne disposant pas de carte d'identité ou de passeport sont rassemblés depuis lundi devant leur ambassade à Nairobi pour demander un laissez-passer leur permettant de rentrer chez eux.
Certains Burundais disent être victimes de menaces de la part de Kenyans.

"Plus en sécurité"
"J'ai une entreprise et je suis très mécontent", témoigne l'un d'eux au micro de notre correspondant, Bastien Renouil. "Des citoyens de ce pays viennent et harcèlent les Burundais."
"Je ne peux plus travailler, je ne me sens plus en sécurité", ajoute un autre ressortissant de ce pays d'Afrique de l'Est enclavé entre la RD Congo, le Rwanda et la Tanzanie. "Quelqu'un pourrait venir me tuer, me frapper, ou frapper mes amis burundais."
Une situation qui fait beaucoup de bruit au Kenya. À tel point que le numéro deux du ministère kényan des Affaires étrangères, Korir Sing'Oie, a été obligé de se déplacer à l'ambassade pour parler avec la communauté burundaise et assure que les mots de William Ruto ont été mal compris, et qu'il s'agirait principalement de régulariser la situation de ces travailleurs, pas de les expulser.
Korir Sing'Oie a par ailleurs affirmé que les Burundais bénéficieront des délais supplémentaires pour effectuer les démarches administratives nécessaires. Des mots qui n'ont pas suffi à rassurer la communauté burundaise.
Réserver certaines activités aux seuls Kényans
Les propos du président kényan tenus le 2 septembre semblaient en effet bien plus offensifs. Recevant des commerçants kényans qui avaient récemment manifesté contre la pression fiscale à leur encontre, William Ruto avait ordonné "à tous les étrangers gérant des petits commerces de fermer" avant le lundi 7 septembre. Il n'avait précisé ni la taille des commerces visés, ni si ceux légalement enregistrés étaient concernés.
Le chef de l'État avait également évoqué son intention de réserver certaines activités économiques aux seuls Kényans dans un projet de loi actuellement devant le Parlement, destiné à contraindre les compagnies étrangères opérant au Kenya à favoriser les fournisseurs et les employés locaux.

Certains observateurs, notamment des juristes, craignaient alors des réactions xénophobes, dénonçant une mesure discriminatoire et une atteinte aux obligations légales du Kenya, membre de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC), laquelle garantit la liberté de mouvement des citoyens des pays-membres en son sein.
"Toute personne faisant des affaires au Kenya doit se conformer aux réglementations applicables en matière d'immigration, de permis de travail, d'enregistrement et d'autorisation", a rappelé le gouvernement, mardi, avertissant qu'à l'issue du délai de régularisation de 90 jours, il ferait "respecter avec fermeté les obligations légales".
La Commission nationale kényane des droits de l'homme (KNHCR), institution publique indépendante, indiquait le même jour avoir reçu des signalements de réfugiés ou de migrants vivant au Kenya faisant état de menaces, d'intimidations, de traitements discriminatoires ou d'attaques en ligne, après les propos du président kényan.
Avec AFP
