
La dernière enquête Pisa, publiée mardi et menée dans 91 pays, dont 38 de l'OCDE, montre un abaissement général du niveau des élèves, et la France n'est pas épargnée. Si le niveau des élèves français baisse depuis 20 ans, il n'a jamais été aussi bas, notamment en compréhension de l'écrit et en mathématiques.
Les Français, mauvais élèves ? Bien qu'ils restent dans la moyenne des pays de l'OCDE, les résultats des élèves français à l'enquête internationale Pisa de 2025 (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), publiés mardi 8 septembre, sont les plus bas jamais mesurés depuis la création du programme.
Le ministre de l'Éducation nationale fait état d'un constat "préoccupant", et estime que le collège doit être le "grand chantier" du prochain quinquennat.
Par rapport à la dernière édition, en 2022, les résultats en sciences sont stables (-4 points). Ils ont en revanche considérablement baissé en compréhension de l'écrit (-18 points), et en mathématiques (-16 points).
L'Organisation de coopération et de développement économiques considère que 20 points représentent environ une année de scolarité.
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"C'est préoccupant mais ce n'est, hélas, pas une surprise", a déclaré au journal Le Monde le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray.
L'étude Pisa sonde depuis 2000 les performances des systèmes éducatifs, à travers les compétences des élèves de 15 ans. Les exercices ont été soumis en 2025 à 6 500 élèves français, entrés pour la plupart en CP en 2015 et 6e en 2020.
Depuis 2015, l'écart de performance entre les élèves les plus favorisés sur le plan socio-économique et les plus défavorisés s'est réduit, à cause d'une baisse des résultats des élèves favorisés.
"Notre système éducatif a vraisemblablement des difficultés qui se sont généralisées parmi les élèves favorisés", pointe Éric Charbonnier, spécialiste de l'éducation au sein du Pisa. En dix ans, le pourcentage d'élèves très performants a été divisé par deux en mathématiques et en compréhension de l'écrit. Et un tiers des élèves français ont de grandes difficultés pour la compréhension écrite.
"Va-et-vient" des réformes
Pourquoi cette baisse continue des résultats des élèves français ? Selon l'OCDE, il ne faut pas forcément regarder l'investissement public. "La France a une dépense d'éducation assez forte par rapport aux performances obtenues", pointe Éric Charbonnier, qui recommande "surtout" de "bien investir l'argent".
La chute des performances n'est "pas due à l'immigration" non plus, l'écart de performance entre les adolescents "issus de l'immigration" et les "non-immigrés" étant stable depuis 2015.
L'OCDE s'alarme en revanche d'un soutien parental qui s'affaiblit, et de la baisse de la compréhension de l'écrit chez les garçons des milieux les plus favorisés, une nouveauté.
L'OCDE considère par ailleurs qu'il est difficile de mesurer les effets des réformes à cause de leur nombre et de leur "va-et-vient".
En France, depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron, il y a eu pas moins de huit ministres de l'Éducation nationale en dix ans, avec presque autant de réformes menées. Des réformes qui n'ont pas toujours apporté les réponses espérées. Classes surchargées, difficultés dans le recrutement des enseignants, absentéisme des professeurs non remplacés... Les syndicats d'enseignants alertent depuis des années.
Écrans et baisse du soutien parental
Mais pour Edouard Geffray, la responsabilité est plutôt à chercher du côté des réseaux sociaux, "arme de destruction intellectuelle massive", ainsi que dans "la diminution de l'investissement des parents dans la scolarité".
Chaque famille recevra après les vacances de la Toussaint un document détaillant les apprentissages de l'année scolaire.
"On aurait dû s'interroger plus tôt sur les mesures à prendre pour le collège. Cela devra être le grand chantier du prochain quinquennat afin de permettre aux enseignants de mettre en œuvre les pratiques pédagogiques les plus efficaces", a-t-il ajouté.
Il souhaite "augmenter de 50 %, d'ici cinq ans, les heures d'autonomie accordées aux collèges", notamment "pour renforcer le soutien aux élèves en difficulté" et "diversifier l'offre".
"Si nous arrivons à mener à la fois le chantier de la pédagogie et celui de l'autonomie des établissements, on pourrait en 2033 revenir dans la tête du classement", a-t-il avancé.
Certains candidats à l'élection présidentielle qui ont fait de l'éducation l'un des thèmes de leur campagne en cette rentrée n'ont pas tardé à réagir.
"Relever le niveau, respecter l'autorité du professeur, avoir des élèves heureux : président de la République, ce sera ma première priorité", a écrit sur X Gabriel Attal (Renaissance), ancien ministre de l'Éducation (2023).
"Combien de classements Pisa désastreux faudra-t-il pour que l'Éducation nationale ouvre les yeux (...) ?", a de son côté commenté Bruno Retailleau (LR), rappelant vouloir supprimer le collège unique "au profit de parcours adaptés".
Édouard Philippe (Horizons) a quant à lui redit à l'AFP vouloir "remettre l'exigence au cœur du projet éducatif national" : "Liberté des établissements pour adapter les enseignements, retour des devoirs sur table, reconquête du mois de juin, évaluation et transparence totale sur les résultats des écoles."
Avec AFP
