logo

Cisjordanie : trois questions autour des sanctions occidentales contre les colonies israéliennes

Douze pays, dont la France, le Royaume-Uni et le Canada, ont indiqué mardi vouloir imposer des restrictions de commerce sur les biens issus des colonies israéliennes implantées en Cisjordanie occupée. France 24 fait le point sur les questions qui se posent après cette annonce.

Des colons israéliens hissent des drapeaux sur une maison palestinienne qu'ils ont saisie, à Beit Sahur, au sud de Bethléem, en Cisjordanie occupée, le 14 août 2026. © Ahmad Gharabli, AFP

"Des critiques scandaleuses", la fermeture du consulat britannique à Jérusalem et des sanctions contre plusieurs personnalités : Israël est rapidement passé à l'offensive mardi 8 septembre après l'annonce de restrictions du commerce avec les colonies israéliennes. Aux côtés du Royaume-Uni, onze autres pays, dont la France, ont fait part de leur intention de cibler les biens issus des implantation israéliennes en Cisjordanie occupée.

  • Pourquoi maintenant ?

La question d'une possible interdiction du commerce avec les colonies illégales israéliennes est au cœur des débats depuis plusieurs mois au sein de l'UE. Mais plusieurs pays, dont l'Allemagne et la Tchéquie, restent opposés à des mesures de rétorsion commerciale vis-à-vis d'Israël.

Pour contourner ce blocage, huit membres de l'UE (France, Danemark, Espagne, Finlande, Irlande, Pologne, Portugal et Suède) se sont associés, mardi 8 septembre, au Royaume-Uni, au Canada, à l'Islande et à la Norvège, pour sanctionner les biens issus des colonies israéliennes, illégales au regard du droit international.

Si le sujet n'est pas nouveau, il s'est imposé avec une nouvelle urgence ces derniers mois : expansion continue des implantions israéliennes, explosion des violences commises par des extrémistes juifs, passivité des autorités... Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a dénoncé mardi "un nettoyage ethnique en cours".

En février, le gouvernement israélien, dirigé par la droite dure et l'extrême droite, s'était également attiré les foudres de la communauté internationale en facilitant l'achat de terres par ​les colons israéliens.

La tension est encore montée d'un cran avec le lancement d'appels d'offres pour le projet E1 : une vaste extension de colonisation située à l'est de Jérusalem, accentuant le morcellement de la Cisjordanie occupée. Les chancelleries occidentales craignent à terme une annexion de facto du territoire occupé depuis 1967 et la mort de la solution à deux États, défendue par la communauté internationale.

Le ministre israélien des Finances d’extrême droite Bezalel Smotrich s’est d'ailleurs ouvertement prononcé en défense de l’expansion des colonies, y voyant un moyen d’"enterrer" l’idée d’un État palestinien.

  • Quelles modalités d'application ?

Augmentation des droits de douane, interdiction pure et simple... chaque pays décidera des mesures de rétorsion à l'encontre des biens issus des colonies israéliennes ou des services qui participent à la vie économique de ces implantations.

Dans leur déclaration conjointe, les 12 pays font part de "leur intention d'imposer des restrictions nationales au commerce de biens avec des colonies illégales au regard du droit international et/ou de soutenir des restrictions européennes en ce sens".

De son côté, le ministre britannique des Affaires étrangères a annoncé "une interdiction d'importation" ainsi que des sanctions contre "des entreprises et des individus qui fournissent des services, tels que la construction, les infrastructures, le financement ou l'immobilier pour l'expansion des colonies".

L’Irlande, les Pays-Bas et l’Espagne ont déjà pris des mesures contre les échanges avec les colonies israéliennes. En juillet, les députés irlandais ont voté un projet de loi interdisant l'importation de produits en provenance de colonies mais pas le commerce de services.

Côté français, le champ d'application de ces sanctions reste encore incertain. Interrogé par l'AFP, le Quai d'Orsay a indiqué ne pas être en mesure de préciser quels seront les produits spécifiquement ciblés et s'il sera nécessaire de légiférer.

"L’interdiction du commerce de biens avec les colonies constitue une avancée importante. Cependant, la France doit désormais aller plus loin pour respecter ses obligations au regard du droit international", a réagi l'ONG Oxfam dans un communiqué. "A priori, cette interdiction ne concernerait que le commerce de biens, or il est nécessaire de mettre en conformité toutes les activités économiques de la France [...]. Il faut donc étendre cette interdiction à l’ensemble des services et des investissements dans les colonies israéliennes illégales."

  • Quelles conséquences économiques ?

Elles s'annoncent relativement limitées. Le commerce avec les colonies représente moins de 1% des échanges UE-Israël. À titre de comparaison, le volume global du commerce de biens entre l'UE et Israël s'élève à environ 43 milliards d'euros par an.

Pour le Royaume-Uni, avec des échanges évalués à 38 millions de livres par an (44,2 millions d’euros) avec les territoires occupés, une interdiction d’importation relève surtout du symbole.

Bien que marginales, ces exportations en provenance des territoires occupés pèsent de manière significative dans certains secteurs spécifiques, en particulier le secteur agricole. Dans les colonies, une large part de la production de dattes, avocats, mangues, huile d'olive et tahin (pâte de sésame) est destinée à l'export.

Cependant, le poids économique des colonies israéliennes est probablement sous-estimé. En juin 2026, une étude de l’ONG Global Echo Litigation Center a révélé que près d'un produit agricole israélien sur cinq exportés vers l'UE provient en réalité des colonies. S’appuyant sur 30 000 bordereaux d’exportation collectés pendant quatre ans, cette organisation dénonce un système frauduleux sur l'origine des produits israéliens, leur permettant de bénéficier de tarifs douaniers préférentiels.

Au-delà des produits agricoles, de nombreuses multinationales, banques et entreprises de services ont des activités ou des liens financiers avec les colonies israéliennes. Des enseignes comme Carrefour sont ainsi vivement critiquées pour leurs liens commerciaux dans les colonies, tout comme Airbnb, qui dispose de logements à louer dans les Territoires occupés. Par ailleurs, des banques européennes comme BNP Paribas, HSBC, Barclays ou encore la Deutsche Bank accordent des financements ou détiennent des actions dans des entreprises présentes sur place.

En France, une proposition de loi transpartisane visant à interdire les activités commerciales contribuant à la politique de colonisation a été présentée en juin devant le Parlement. Selon ses partisans, le texte vise à faire respecter les engagements internationaux de la France. Dans un avis consultatif de juillet 2024, la Cour de justice internationale avait estimé que les États membres devaient s'abstenir d'entretenir des "relations économiques ou commerciales avec Israël [...] de nature à renforcer la présence illicite de ce dernier" en Cisjordanie occupée.