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Victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt : la gauche populiste faiseuse de rois de l’extrême droite ?

L’accession au pouvoir de l’AfD en Saxe-Anhalt dépend d’un tout petit parti qui a tout juste dépassé la barre des 5 % lors du scrutin de dimanche : le BSW. Généralement décrit comme d'extrême gauche, ce jeune mouvement a pourtant bien plus en commun avec l’extrême droite qu’il n’y paraît. Pour exister, il pourrait bien propulser l’Allemagne dans une nouvelle ère : celle où un parti d’extrême droite gouverne une région.

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Image de couverture : Un char pour le carnaval de Cologne de 2025 insiste sur la proximité idéologique de l'AfD d'Alice Weidel (personnage de gauche) et du BSW de Sahra Wagenknecht (personnage de droite). © Ina Fassbender, AFP

Difficile pour la presse internationale de se détourner du sourire ravi d’Ulrich Siegmund, candidat de l’Alternative für Deutschland (AfD) en Saxe-Anhalt, depuis l’annonce, dimanche 6 septembre, de la large victoire du parti d’extrême droite dans ce Land de l’est de l’Allemagne.

Pourtant, quelques heures après les premières estimations, l’explosion de joie dans un autre QG de campagne pourrait avoir un impact tout aussi considérable sur l’avenir politique de cette région – et de l’Allemagne en général. Un peu après 22 h, le parti BSW – Alliance Sahra Wagenknecht – avait la confirmation qu’il allait bien entrer au Parlement régional de la Saxe-Anhalt.

Pas de "cordon sanitaire" de principe

En franchissant de justesse la barre des 5 % de voix nécessaires pour être représenté au Parlement, cette petite formation souvent rangée à l’extrême gauche est devenue faiseuse de rois dans l’une des élections les plus importantes de l’histoire récente de l’Allemagne.

"Nous sommes dans cette situation où un petit parti qui n’a que très peu d’élus [cinq selon les dernières projections lundi matin, NDLR] détient un pouvoir immense", reconnaît Jan Philipp Thomeczek, politologue et spécialiste des populismes à l’université de Potsdam.

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Victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt : la gauche populiste faiseuse de rois de l’extrême droite ?
Image de couverture : © France 24

Malgré sa victoire historique, l’AfD a en effet raté la majorité absolue. Ulrich Siegmund ne pourra devenir ministre-président du Land qu’avec les voix d’un autre parti, ce que presque toutes les formations ont exclu de lui donner. Presque, car le BSW est le seul vilain petit canard à ne pas avoir écarté par principe toute collaboration avec l’extrême droite.

"La présidente du BSW, Sahra Wagenknecht, a souvent répété qu’elle rejetait le principe du 'cordon sanitaire' voulu par les autres partis pour maintenir l’AfD à l’écart du pouvoir et qu’il fallait considérer une collaboration au cas par cas", souligne Sven Leunig, politologue à l’université d’Iéna.

Le BSW ne veut pas faire partie de ce "club du refus" constitué de toutes les autres formations politiques allemandes car, "dès le départ, son but était de capter une partie du vote de protestation des électeurs de l’AfD", explique Werner Krause, politologue à l’université de Potsdam. Et pour se faire entendre par les électeurs du parti d’extrême droite, Sahra Wagenknecht défend la nécessité de pouvoir parler à l’AfD. Ainsi, le BSW espère s’imposer comme une alternative à l’Alternative für Deutschland.

Il n’empêche que cette stratégie peut donner l’impression que c’est un parti de gauche qui va couronner l’extrême droite dans un Land allemand pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un parti d’extrême gauche qui n’est pas de gauche

Une situation qui n’est contradictoire qu’en apparence. Ce serait surprenant si le BSW "était réellement un parti de gauche, ce que je ne pense pas", assure Jan Philipp Thomeczek, qui a étudié l’idéologie de cette formation née en 2024.

Certes, Sahra Wagenknecht est une ancienne dirigeante du parti de gauche radicale Die Linke. Mais les idées du BSW "font de ce parti plutôt une sorte d’AfD 2.0, avec une très forte composante de populisme de droite, une part de populisme de gauche et un soupçon de politique de gauche traditionnelle", assure Sven Leunig.

"Il existe des similitudes dans la politique migratoire restrictive promue par ces deux partis, même si l’AfD reste plus radicale. Un autre point de convergence important concerne l’attitude à l’égard de la Russie. Ils prônent tous les deux une politique compréhensive envers Moscou, plaident pour la fin des sanctions et s’opposent aux livraisons d’armes à l’Ukraine", résume Sarah Wagner, politologue à la Queen's University Belfast qui a étudié ces populistes "de gauche".

Le BSW et l'AfD ne sont pas brun bonnet et bonnet brun pour autant. "Le BSW défend une politique économique et sociale ancrée à gauche, tandis que l’AfD se situe sur une ligne beaucoup plus libérale d’un point de vue économique", assure Werner Krause. Le BSW milite ainsi pour mettre un terme à toute forme de privatisation des services publics et allouer davantage de fonds à l'éducation.

Le programme de l’AfD, tel qu’il est promu par le parti en Saxe-Anhalt, "prévoit une reconstruction radicale de l’État qui ressemble un peu à ce que Viktor Orban avait fait en Hongrie. Le BSW ne planifie pas une telle réforme étatique", soutient Jan Philipp Thomeczek.

Ces différences fondamentales font qu’"un gouvernement de coalition en Saxe-Anhalt entre l’AfD et le BSW est difficilement envisageable", estime Sarah Wagner. Durant la campagne électorale, "les deux partis ont d’ailleurs dit qu’un tel attelage ne verrait pas le jour", souligne Werner Krause.

De quasi-mort politique à "faiseur de roi"

Ulrich Siegmund n’a cependant pas besoin d’une alliance gouvernementale avec le BSW pour être élu ministre-président du Land. Le parti de Sahra Wagenknecht "peut aussi aider indirectement l’AfD à accéder au pouvoir en s’abstenant lors de l’élection du ministre-président", explique Jan Niklas Reiche, politologue et spécialiste de l’extrême droite à l'université Martin Luther de Halle-Wittenberg, en Saxe-Anhalt.

Plus précisément, le BSW ne voterait pas pour Ulrich Siegmund lors des deux premiers tours – qui nécessitent une majorité absolue – de ce scrutin qui doit se dérouler à partir du 6 octobre. Il s’abstiendrait probablement lors du troisième tour où une majorité simple suffit. Et le tour serait joué ?

Pour l’heure, le BSW refuse de confirmer qu’il pourrait aider Ulrich Siegmund à prendre le pouvoir. Ce parti plaide pour un troisième scénario : l’élection d’une "personnalité indépendante" qui aurait le soutien des deux partis. Une solution qui laisse dubitatifs les experts interrogés. "Il est peu probable que l’AfD, vu l’ampleur de son succès électoral, accepte de ne pas présenter un candidat issu de ses rangs pour devenir ministre-président", soutient Jan Niklas Reiche.

Il est beaucoup plus probable que le BSW cède à la tentation de participer à l’exercice du pouvoir d’une manière ou d’une autre, soutient Jan Philipp Thomeczek. D’abord "parce que cette formation a déjà tenté de participer à une coalition pour faire barrage à l’AfD en Thuringe en 2024. Une tentative qui s’est soldée par une implosion du mouvement au niveau local", note Sarah Wagner.

"Le BSW estime aussi qu’il a davantage de chances de peser sur les décisions en négociant avec un seul parti – l’AfD – plutôt qu’en essayant de trouver sa place dans une coalition plus vaste comprenant la CDU, le SPD, les Verts et Die Linke", affirme Jan Philipp Thomeczek.

Pour le parti de Sahra Wagenknecht, c’est aussi une opportunité quasi inespérée d’exister. "Avant ce scrutin, le BSW était au bord de l’effondrement. Il n’avait pas atteint les 5 % aux élections fédérales de 2025, et il traverse une crise profonde en Thuringe. Le parti n’aurait probablement pas survécu s’il avait échoué à intégrer le Parlement en Saxe-Anhalt", estime Sarah Wagner.

Le BSW a ainsi l’opportunité de passer de parti en quasi-mort clinique à faiseur de rois. Être aux premières loges pour désigner le ministre-président en Saxe-Anhalt représente ainsi un signal important pour les scrutins en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin qui ont lieu le 20 septembre, estiment les experts interrogés. C’est le signe qu’un vote pour le BSW peut avoir du sens.

Tout ce que le BSW a à faire, c’est d’accepter d’être associé à l’accession d’un parti d’extrême droite au pouvoir. Si le parti de Sahra Wagenknecht fait élire Ulrich Siegmund, "il ne sera plus possible de faire machine arrière", prévient Sarah Wagner. D’autant plus que pour le BSW, cela signifiera faire le jeu de l’une des franges les plus radicales et à l’extrême droite de l’AfD en Allemagne.