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L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a annoncé jeudi que le phénomène climatique El Niño va se renforcer dans les prochains mois pour atteindre une intensité "très forte" d’ici la fin de l’année et se maintenir jusqu'en février 2027. Sécheresses, inondations, chaleurs extrêmes : décryptage d’un phénomène naturel dont les effets sont amplifiés par le réchauffement climatique.

La secrétaire générale de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), Celeste Saulo, donne une interview lors d'une conférence de presse consacrée à El Niño, à Genève, le 3 septembre 2026. © Fabrice Coffrini, AFP

"El Niño prend sous nos yeux une ampleur exceptionnelle." Dans son bulletin publié jeudi 3 septembre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) se montre "catégorique" : le phénomène climatique El Niño, déjà "solidement installé" dans le Pacifique équatorial, va se renforcer dans les prochains mois pour atteindre une intensité "très forte", avec un pic attendu vers la fin de l'année 2026.

Surtout, l’agence de l’ONU estime désormais avec une probabilité "exceptionnellement élevée", proche de 100 %, que le phénomène va se maintenir jusqu’en février 2027. C’est la première fois qu’un bulletin de l’OMM affiche un tel niveau de certitude, souligne l’organisation.

"Une course contre la montre se joue désormais entre l’aggravation des risques et notre détermination à agir pour le climat et à protéger les populations. C’est une course que nous devons gagner", a pour sa part déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Un constat partagé par la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo. L’épisode "pourrait être plus puissant que tout ce que nous avons observé depuis le début de nos relevés", a-t-elle déclaré lors d'un point presse, "au point de littéralement dépasser les limites des graphiques que nous utilisons depuis quatre décennies".

La secrétaire générale de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), Celeste Saulo (à gauche), et le responsable de la section des prévisions climatiques de l'OMM, Wilfran Moufouma-Okia, participent à une conférence de presse consacrée aux dernières informations sur El Niño, à Genève, le 3 septembre 2026. © Fabrice Coffrini, AFP

Un réchauffement du Pacifique aux effets mondiaux

El Niño est une variation naturelle dont le nom vient de pêcheurs péruviens, qui avaient remarqué que ce réchauffement se produisait souvent autour de Noël. Ils l'avaient baptisé "El Niño de Navidad", en référence à l’Enfant Jésus.  

Le phénomène climatique survient tous les deux à sept ans. Il correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial, qui modifie les vents, la pression atmosphérique et les précipitations bien au-delà de cette région.

Selon Météo France, les alizés poussent habituellement les eaux chaudes de surface vers l’ouest du Pacifique, en direction de l’Indonésie, tandis que des eaux plus froides remontent au large du Pérou. Toutefois, pendant un épisode El Niño, ces vents faiblissent, voire s’inversent : les eaux les plus chaudes se déplacent alors vers le centre du Pacifique et la répartition des précipitations en est bouleversée.

Les températures enregistrées cet été démontrent l’ampleur du phénomène. L’indice Nino 3.4 est passé d’une anomalie moyenne de +1,5 °C entre mai et juillet à +2 °C en juillet, avant d’atteindre entre +2,2 °C et +2,6 °C chaque semaine entre le 29 juillet et le 19 août. Sous la surface, certaines zones affichaient des anomalies supérieures à +8 °C. Pour Météo France, "les modèles de prévision indiquent que l’épisode El Niño en cours sera parmi les plus intenses observés depuis 1950".

Des effets différents selon les régions

Un El Niño puissant n'entraîne toutefois pas les mêmes conséquences partout. Les effets dépendent notamment de la saison, de la région et d’autres facteurs climatiques, en particulier de l’état des océans Indien et Atlantique, comme le souligne le bulletin de l'OMM.

Lors des précédents épisodes, El Niño a été associé à des sécheresses et à un risque accru d’incendies dans certaines régions de l’Amazonie, d’Amérique centrale, d’Indonésie et d’Australie. Il peut aussi perturber la mousson indienne et favoriser des pluies torrentielles en Afrique de l’Est.

Plusieurs pays prioritaires ont déjà été identifiés en Asie-Pacifique, en Afrique, en Amérique latine et Caraïbes et dans "certains contextes" du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. Le Soudan, l'Éthiopie et la Somalie sont les trois pays classés en "haute priorité" par l'OMM.

L'organisation prévoit pour septembre-novembre 2026 des températures supérieures aux normales sur la quasi-totalité des terres émergées et des régimes de précipitations cohérents avec un fort épisode El Niño dans le Pacifique.

"El Niño a le potentiel de porter un coup dur aux populations et aux économies du monde entier", avertit Celeste Saulo. "Nous constatons déjà les perturbations et les ravages causés par les sécheresses et les inondations, et nous nous attendons à ce que ces effets s’aggravent à mesure qu’El Niño s’intensifie."

"Plus d'automne ni d'hiver"

En Europe, les effets d’El Niño sont moins directs que dans les régions tropicales, mais le continent ne sera pas nécessairement épargné. Météo-France indique que l’influence du phénomène y est généralement plus faible et qu’elle se manifeste surtout durant l’hiver.  

Interrogée par France 24, l’économiste Yamina Saheb, docteure ingénieure spécialisée dans l’énergie et autrice d’un chapitre du sixième rapport du Giec, estime que la combinaison entre El Niño et le réchauffement climatique pourrait toutefois avoir des conséquences beaucoup plus larges.

"Ça voudra dire qu’il va faire très chaud, qu’on n’aura plus d’automne ni d’hiver", affirme-t-elle. Pour illustrer l'ampleur de la situation, l'experte cite le cas de la Grande-Bretagne, où des discussions ont déjà lieu autour d’un éventuel rationnement alimentaire afin de se préparer à différentes menaces, dont le changement climatique. "La production agricole suit un cycle naturel", explique Yamina Saheb, et ce cycle est "complètement détruit". Elle redoute une crise alimentaire globale "comme on n’en a jamais connu".

Prévenir plutôt qu’empêcher

Face à ces phénomènes, les spécialistes insistent moins sur la possibilité de les empêcher que sur la nécessité de s'y​ préparer de façon adéquate.

Le météorologue Gaël Musquet, spécialiste de l’anticipation des catastrophes naturelles, rappelle l’importance des systèmes d’alerte précoce, notamment pour les inondations, les glissements de terrain ou les risques liés aux glaciers.

"On ne pourra pas empêcher ces phénomènes, c’est certain", souligne-t-il. À défaut de pouvoir les empêcher, il faut être selon lui capable "d’alerter les populations sur ce qu’elles vont vivre", puis de prévoir les évacuations, les dispositifs d’intervention et les mécanismes financiers nécessaires.

Il cite notamment les exercices de préparation organisés, comme Cyclonex à la Réunion, qui associent différents acteurs, dont les professionnels de santé et les services de l’État, afin de se préparer collectivement à de potentielles catastrophes.

D’après Yamina Saheb, cette préparation passe aussi par une mobilisation collective à l’approche des élections présidentielles et législatives. "Il ne faut pas rester seul, il faut s’organiser", dit-elle, appelant à la mobilisation "pour que la présidentielle et les législatives portent sur la crise écologique."