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Alors que les autorités chinoises ont déjà sanctionné dix personnes accusées d'avoir diffusé des bilans sur les morts et les disparus largement supérieurs aux bilans officiels, des Tibétains en exil pointent Pékin du doigt et l'accusent de minimiser la situation.

Des secours à la recherche de victimes de la crue dévastatrice qui a frappé le 26 août 2026 le Népal et le Tibet à proximité du poste-frontière de Gyirong, au Tibet. © CNS / AFP

La Chine est accusée par des Tibétains en exil et des groupes de défense de largement sous-estimer le bilan des inondations dévastatrices dans les régions frontalières avec le Népal, ce que Pékin a rejeté comme une "campagne malveillante de dénigrement".

Pékin, qui a envoyé des troupes au Tibet en 1950 et considère ce vaste plateau d'altitude comme une partie intégrante de la Chine, s'oppose depuis longtemps aux initiatives internationales qu'il estime susceptibles de remettre en cause sa souveraineté.

Les journalistes étrangers sont soumis à des restrictions pour travailler au Tibet et Pékin contrôle étroitement les sources d'information dans la région.

Les médias d'État chinois font état de 16 morts et de 546 disparus, tandis que le ministère chinois des Affaires étrangères assure que les informations ont été diffusées de manière "ouverte, transparente et rapide".

L'agence officielle Chine nouvelle a rapporté, mardi 1er septembre, que les secouristes tentaient de retrouver des survivants et la chaîne publique CCTV a montré des pelleteuses déblayant des amas de débris au bord d'une rivière en crue et boueuse.

Les autorités chinoises ont sanctionné dix personnes accusées d'avoir diffusé de fausses informations en ligne, notamment des chiffres sur les morts et les disparus largement supérieurs aux bilans officiels.

Des chiffres contestés

Les Tibétains en exil contestent ces chiffres. Tibet Radio, basée en Inde voisine, a indiqué avoir recueilli des informations faisant état d'environ 25 Tibétains morts au Tibet.

Des Tibétains en exil en Inde, en contact avec des membres de leur famille dans la région durement touchée de Gyirong, ont indiqué que cinq villages avaient été particulièrement affectés.

Ils ont demandé à ne pas être identifiés par crainte pour la sécurité de leurs proches et ont affirmé que des cérémonies funéraires étaient organisées, estimant qu'au moins 24 personnes étaient mortes.

Une responsable de l'ONG International Campaign for Tibet, Tencho Gyatso, a appelé la Chine à publier des "informations complètes et vérifiables sur les dégâts et les victimes".

L'ONG a affirmé que ses sources au Tibet faisaient état d'un bilan humain "beaucoup plus élevé" et que quatre villages au moins avaient été particulièrement touchés, avec "plus de 300 maisons détruites et un grand nombre d'habitants toujours portés disparus".

Au Népal, la vague d'eau glacée et de débris provoquée par l'effondrement d'un glacier à la frontière sino-népalaise le 26 août a fait au moins 939 morts et près de 4500 disparus.

"Confusion" dans la communication de Pékin

Le chef spirituel tibétain, le dalaï-lama, qui se trouve en Inde et que Pékin qualifie de rebelle et de séparatiste, a dit prier pour toutes les personnes tuées.

"Comme cette région a déjà connu des catastrophes par le passé, il s'agit certainement des symptômes d'une cause sous-jacente plus profonde, qu'il s'agisse du changement climatique ou d'autres facteurs", a-t-il déclaré jeudi.

Beata Tikos, de Tibet House à New York, un centre culturel fondé par le dalaï-lama, a déclaré qu'il n'était pas surprenant qu'"il puisse y avoir une certaine confusion" dans la communication de Pékin.

La construction de barrages hydroélectriques par la Chine au Tibet et la modification du cours des rivières comptent parmi les principales causes de la catastrophe, a-t-elle accusé.

"Une quantité considérable de documents recueillis directement sur le terrain montre que la construction de barrages aggrave la fonte des glaciers et du pergélisol déjà à l'œuvre sous l'effet du réchauffement", a-t-elle ajouté.

En Australie, où vit une communauté tibétaine de quelque 3 000 personnes, Zoe Bedford, directrice du Tibet Council Australia, a aussi affirmé "penser" que les autorités chinoises "minimisent l'ampleur des dégâts".

Avec AFP