
La plupart des personnes qui sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta se sont noyées. © Jon Nazca, Reuters
Alors que la situation s'est calmée à Ceuta après plusieurs journées agitées, les autorités dénombrent les morts qui ont tenté de gagner de force l'enclave espagnole.
Selon le dernier décompte, au moins 72 migrants ont perdu la vie lors de cette tentative, alors que la police et l'armée patrouillaient, dimanche 2 août, et procédaient toujours à quelques arrestations et expulsions.
Selon Madrid, la "quasi-totalité" des quelque 60 000 personnes ayant franchi illégalement la frontière ont depuis été renvoyées au Maroc voisin, où les autorités n'ont fait aucun commentaire sur ce soudain afflux décrit par le gouvernement autonome de Ceuta comme le pire jamais vu dans l'enclave et dont le bilan humain ne cesse de s'aggraver.
"Le dernier chiffre que nous ayons est de 72", a indiqué le délégué du gouvernement local de Ceuta, Miguel Angel Perez Triano, à des journalistes qui l'interrogeaient sur le nombre de morts. Le précédent bilan était de 67 morts. Beaucoup se sont noyés.
Une association marocaine parle de "près de 130 victimes" et de dizaines de disparus
L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a, elle, fait état de "près de 130 victimes" et de dizaines de disparus, et appelé samedi à l'ouverture d'une enquête indépendante sur les causes de cet afflux inédit de migrants entre la ville marocaine de Fnideq et l'enclave espagnole.
Elle a condamné "le silence inquiétant des responsables et des institutions" du Maroc, estimant que ce mutisme a contribué à cet afflux. Une source proche du milieu associatif a déclaré à l'AFP que "la façon dont les choses se sont passées" laissait penser que ces arrivées massives à la frontière n'avaient pas pu se produire sans l'"accord des autorités" marocaines.
Les autorités marocaines n'ont communiqué ni sur le bilan, ni sur les arrestations qui ont eu lieu au moment des heurts vendredi entre la police marocaine et les jeunes.
Dimanche, la police et l'armée patrouillent les rues de Ceuta où le calme est revenu. Seule une poignée de migrants sont toujours là. Devant des habitations en construction près du port de Ceuta, des militaires espagnols ont arrêté un groupe de migrants, assis par terre, l'air fatigué et surveillé par des soldats, appuyés par un véhicule blindé.
Des canots pneumatiques d'une équipe de secours de mer sillonnent les vagues à proximité de la frontière matérialisée dans l'eau par 500 mètres de ligne de flottaison neuve.
L'Espagne met en cause "les mafias de trafiquants d'êtres humains"
Des membres de la garde civile espagnole font descendre des migrants d'un bus pour les escorter vers le poste-frontière pour retourner au Maroc. Un renvoi dans le calme, pendant que des employés nettoient les déchets et vêtements perdus durant le chaos de jeudi et vendredi.
L'AFP a rencontré samedi dans une zone industrielle désaffectée de Ceuta des centaines de mineurs isolés dormant en plein air et qui espèrent encore pouvoir rejoindre l'Europe continentale.
"Tous les mineurs ici sont (venus pour) aller en Espagne.", a dit à l'AFP Aziz Dabch, l'un des rares adultes présents au sein de la foule massée à l'ombre des entrepôts.
Certains de ceux qui ont franchi la frontière de l'enclave ont déclaré qu'ils avaient entendu dire qu'elle était ouverte, une rumeur rapidement amplifiée sur les réseaux sociaux. L'Espagne a mis en cause "les mafias de trafiquants d'êtres humains".
Dimanche, le pape Léon XIV a évoqué la situation à Ceuta lors de ses prières quotidiennes, déclarant qu'il la suivait "avec inquiétude" et qu'il espérait une solution synonyme de "paix, stabilité et justice".
Avec AFP
