
Roudechel Charpentier, un Haïtien sous statut de protection temporaire aux États-Unis, le 3 février 2026 à Springfield dans l'Ohio. © Luis Henao, AP
Des centaines de milliers d'Haïtiens sont confrontés à la perspective de devoir quitter d'eux-mêmes les États-Unis ou d'être expulsés, avec la révocation lundi 27 juillet au soir d'un statut de protection temporaire qui leur permettait depuis 2010 de vivre et de travailler légalement dans le pays.
"Vous ne pouvez pas bouger. Vous êtes comme un prisonnier, alors que vous n'avez rien fait de mal", témoigne auprès de l'AFP une travailleuse haïtienne du secteur de la santé, bénéficiant depuis de nombreuses années de ce statut baptisé TPS. La personne dont elle s'occupe, ajoute-t-elle, risque d'avoir "le cœur brisé".
Le TPS protège ses bénéficiaires de l'expulsion et leur donne le droit de travailler, mais il ne permet pas d'accéder à la résidence permanente ou la citoyenneté américaine. Il est accordé provisoirement aux immigrés dont la sécurité est menacée dans leur pays en raison de conflits, de catastrophes naturelles ou d'autres conditions "extraordinaires".
Le mois dernier, la Cour suprême, à majorité conservatrice, a autorisé l'administration Trump, qui mène une politique d'expulsions massives d'immigrants, à en priver les quelque 350 000 Haïtiens et 6 000 Syriens en bénéficiant. Et mercredi, au Congrès, un sénateur républicain a bloqué une tentative des démocrates visant à prolonger la protection temporaire des ressortissants haïtiens.
Environ 200 000 travailleurs aux États-Unis
Selon plusieurs organisations de défense des immigrés, les bénéficiaires haïtiens du TPS représentent environ 200 000 travailleurs aux États-Unis, particulièrement dans les secteurs des soins, du bâtiment, des transports et de la restauration, qui s'inquiètent des conséquences de la révocation de ce statut.
Selon Nancy Hagans, présidente d'un syndicat infirmier de l'État de New York (la New York State Nurses Association, ou NYSNA), plusieurs milliers de ses membres ne pourront plus travailler légalement à partir de minuit. Dans la perspective d'une détention par les services fédéraux de l'immigration puis d'une expulsion, son organisation leur conseille de "mettre leurs papiers en ordre" et, "s'ils ont de l'argent à la banque, de le retirer", indique-t-elle à l'AFP.
"Certains sont propriétaires de leur logement. Ils sont ici depuis 26, 27 ans, ils ont construit une vie ici", rappelle Nancy Hagans. "Ce que le gouvernement vient de faire, c'est retirer des ressources non seulement aux hôpitaux, aux maisons de retraite et aux communautés les plus défavorisées, mais aussi priver nos communautés d'une source importante d'activité économique", dénonce-t-elle.
Les migrants d'une quinzaine de pays concernés
Pour Lyne Lucien, artiste américano-haïtienne installée à New York, "l'une des choses les plus difficiles dans cette décision est l'incertitude qu'elle crée". Les membres de la diaspora haïtienne "s'inquiètent que des familles se trouvent séparées" et "se demandent si retourner en Haïti est sûr ou réaliste compte tenu des conditions actuelles", dit-elle.
Le pays le plus pauvre des Amériques souffre depuis des décennies de catastrophes naturelles, comme le séisme de 2010, de l'instabilité politique et de la corruption. L'État n'a plus connu d'élections depuis 2016 et son dernier président, assassiné en 2021, n'a pas été remplacé. Depuis le début de l'année 2024, Haïti subit également une vague de violences perpétrées par des gangs qui contrôlent la quasi-totalité de la capitale Port-au-Prince et les principales routes.
Depuis le retour de Donald Trump à la présidence en 2025, son administration a révoqué le TPS pour les migrants d'une quinzaine de pays, dont le Venezuela, le Nicaragua, le Honduras et la Somalie, faisant planer le spectre de l'expulsion sur plus d'un million d'immigrés. Certaines de ces décisions font encore l'objet de contentieux en justice.
Avec AFP
