
De gauche à droite, les mathématiciens Yu Deng, John Pardon, Jacob Tsimerman et Hong Wang à Philadelphie le 23 juillet 2026. © Erin Blewett, AFP
La médaille Fields, l'une des plus prestigieuses récompenses en mathématiques, a été décernée jeudi 23 juillet à deux Chinois, un Américain et un Canadien, une consécration pour ces jeunes mathématiciens qui intervient en plein bouleversement de leur discipline sous l'effet de l'IA.
Remise tous les quatre ans dans une ville différente, cette distinction est considérée comme l'équivalent d'un "Nobel de mathématiques" et est remise par l'Union mathématique internationale. Elle consiste en un médaillon en or arborant le visage d'Archimède et 15 000 dollars canadiens qui viennent récompenser les "découvertes exceptionnelles" de chercheurs de moins de 40 ans.
Parmi lesquels jeudi, une femme, Hong Wang. À 35 ans, cette Chinoise qui enseigne en France à l'Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES) et aux États-Unis, à l'université de New York, devient la troisième femme couronnée depuis la création du prix en 1936, la discipline restant encore largement dominée par les hommes.
Montée en puissance de la Chine dans les mathématiques
Succédant aux mathématiciennes iranienne Maryam Mirzakhani (2014) et ukrainienne Maryna Viazovska (2022), Hong Wang est consacrée pour ses travaux qui ont notamment permis de résoudre l'an passé une énigme mathématique vieille de plus d'un siècle.

En 1917, le mathématicien japonais Soichi Kakeya a posé "une question très simple : si l'on fait tourner un crayon de manière à lui faire effectuer un tour complet, quelle est la plus petite aire qu'il balaye?", détaille à l'AFP Hong Wang. Un problème aux ramifications diverses et complexes qui a épuisé nombre de chercheurs.
Son compatriote Yu Deng, qui enseigne à l'université de Chicago, a également reçu la médaille Fields cette année, confirmant la montée en puissance ces dernières décennies de la Chine dans le domaine des mathématiques. "C'est vraiment un immense honneur de voir mon nom figurer aux côtés de tous ces grands mathématiciens que j'ai toujours admirés", a-t-il confié lors d'une conférence de presse.
Les États-Unis, qui détiennent le record de lauréats, n'en demeurent pas en reste, l'Américain John Pardon, également âgé de 37 ans, étant lui aussi couronné jeudi. Le Canadien Jacob Tsimerman, 38 ans, complète le quatuor.
Avancées de l'IA
La remise de ce prestigieux prix survient cette année dans un contexte particulier pour la discipline, de plus en plus bousculée par les avancées de l'intelligence artificielle (IA). Certains modèles d'IA se sont montrés récemment capables de réaliser des démonstrations mathématiques de haut niveau, épatant des experts, et pourraient s'avérer capables de dépasser les capacités humaines de calculs.

"Je pense que le monde est en train de changer et que la profession de mathématicien (...) ne restera pas telle qu'elle est aujourd'hui", a reconnu jeudi Jacob Tsimerman, annonçant avoir "déjà commencé à réorienter (s)a carrière" vers le domaine de l'IA et s'apprêter à ainsi rejoindre l'entreprise du créateur de créateur de ChatGPT, OpenAI.
"On observe clairement une évolution qui laisse présager que l'IA va profondément transformer la recherche mathématique", a lui estimé Yu Deng. "Mais je fais sans doute partie de ceux qui sont plutôt optimistes et qui pensent que l'IA va aider les mathématiciens plutôt que de les remplacer", a-t-il ajouté.
En juin, un groupe de mathématiciens a publié un texte baptisé "Déclaration de Leiden" sur le sujet, dans lequel ils ont listé "de graves préoccupations d'ordre éthique" mais aussi scientifique liée à l'utilisation de l'IA dans les mathématiques. Bien que très prometteuse, cette technologie peut "générer des raisonnements plausibles mais peu fiables (voire erronés)", ont-ils rappelé, appelant à la mise en place d'un cadre et de garde-fous.
Avec AFP
