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Mykhaïlo Drapaty, le visage d’une nouvelle génération à la tête de l’armée ukrainienne
Mykhaïlo Drapaty a été nommé mardi commandant en chef de l'armée ukrainienne par Volodymyr Zelensky. Réformateur et soucieux de ses troupes, ce stratège militaire expérimenté incarne un profil qui semble nettement différent de son prédécesseur Oleksandr Syrsky. Portrait de ce quadragénaire nouveau n°1 de l’armée en Ukraine. 
Mykhaïlo Drapaty lors d'une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Kiev, le 20 juillet 2026. © Handout, AFP

Une figure populaire à la tête de l’armée ukrainienne. En plein remaniement gouvernemental depuis une semaine, Volodymyr Zelensky a annoncé, mardi 21 juillet, nommer Mykhaïlo Drapaty, 43 ans, commandant en chef de son armée, en lieu et place d’Oleksandr Syrsky, 60 ans.

Un signe d’apaisement pour calmer la rue ? Le président de l’Ukraine fait en tout cas face depuis plusieurs jours à un mouvement de contestation à Kiev. En cause : le limogeage du populaire ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov. Ce réformiste de 35 ans, qui était notamment au ‌cœur de l'innovation dans l'utilisation des drones sur le champ de bataille, était aussi en froid avec Oleksandr Syrsky – plus favorable à une approche traditionnelle de la stratégie militaire à suivre sur le front.

Les manifestations débutées le 15 juillet se sont peu à peu transformées en un appel à remplacer Oleksandr Syrsky, selon le quotidien Kyyiv Independent. Au point que "de nombreux manifestants, dont certains sont des soldats et des anciens combattants, ont exhorté le président à (le) remplacer par le chef des Forces conjointes, Mykhaïlo Drapaty", écrit le journal ukrainien.

Le nouveau commandant en chef de l’armée ukrainienne semble à des années lumières de son prédécesseur – qui était surnommé le "boucher" notamment pour sa négligence envers les pertes humaines au sein de ses troupes. Mykhaïlo Drapaty est, lui, décrit par ses collègues comme un général d'une nouvelle génération dont la carrière s'est forgée au combat contre les troupes russes.

Une discipline de fer et une efficacité redoutable au combat

Partisan d’une stratégie axée sur l’innovation tactique et l’intégration des drones, Mykhaïlo Drapaty n’a pas hésité à apporter son soutien au ministre Fedorov lorsqu’il a été limogé. "Je crois aux forces armées ukrainiennes, qui sont capables d’apprendre, de développer des technologies, de protéger la population et de permettre aux commandants d’assumer la responsabilité du résultat", a-t-il notamment écrit sur Facebook.

Même s’il ne semble clairement pas sur la même longueur d’onde que le général Syrsky, dont il avait reçu trois blâmes, selon Fedorov, Mykhaïlo Drapaty a tout de même remercié son prédécesseur au moment d’être nommé à sa place : "Je suis reconnaissant envers le commandant en chef des forces armées de l'Ukraine, Oleksandr Syrsky, pour son travail constant afin de renforcer l'armée ukrainienne (...). Je travaillerai de manière responsable, concentrée et avec respect pour les personnes qui défendent notre État aujourd'hui."

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Âgé de 43 ans, Mykhaïlo Drapaty représente une nouvelle génération de généraux ukrainiens, forgés dans le creuset de la lutte contre la Russie. Il a passé la quasi-totalité de sa carrière dans des postes de combat, notamment à la tête des Forces conjointes ukrainiennes, qui coordonnent les opérations de combat quotidiennes des différentes branches de l'armée.

Réputé pour sa discipline de fer et son efficacité redoutable au combat, il est souvent envoyé pour stabiliser les secteurs les plus critiques du front. Mykhaïlo Drapaty est rarement apparu en public, mais ses victoires passées lui ont valu un grand respect et une grande popularité, tant au sein des forces armées qu'en dehors.

Sa nomination a d'ailleurs inquiété plusieurs chaînes Telegram de blogueurs russes pro-guerre. "C’est mauvais pour nous. Un général qui s’est distingué au combat et qui comprend la guerre est un adversaire redoutable", a notamment écrit Iouri Podolyaka, un blogueur propagandiste décoré en février 2023 par Vladimir Poutine.

"Mets les gaz !"

Mykhaïlo Drapaty s’est forgé une solide réputation dès 2014. Engagé contre les troupes russes dans le Donbass, il ordonne au conducteur d'un blindé de combat à Marioupol de forcer un barrage russe pour secourir des frères d'armes assiégés. Des images fortes, encore diffusées aujourd’hui sur les réseaux sociaux, montrent le véhicule militaire enfoncer la barricade de fortune érigée sur l’une des principales avenues de la ville ukrainienne.

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Se remémorant l'épisode dans une interview accordée à un média ukrainien, Mykhaïlo Drapaty cite les propos du conducteur : "Camarade Major, regardez, il y a des barricades devant. On fait quoi ?" "J'ai dit : ‘Dima, mets les gaz!’".

Cet instant est considéré comme l'un des épisodes les plus marquants des débuts de la résistance ukrainienne, avec la volonté de repousser les séparatistes soutenus par Moscou. Ce geste a aussi été audacieux à une période où l’armée ukrainienne voulait éviter toute action susceptible d'exacerber les tensions avec la Russie.

Durant la décennie suivante, Mykhaïlo Drapaty gravit les échelons au sein de la hiérarchie militaire ukrainienne. Entre autres fonctions, il dirige des brigades dans l'est de l'Ukraine, puis occupe le poste de commandant adjoint des forces conjointes lorsque débute l’invasion russe de l’Ukraine, en février 2022. Il prend alors le commandement des forces qui stoppent l'avancée russe sur Kryvyï Rih – la ville natale de Volodymyr Zelensky –, puis il contribue à repousser les troupes russes de certaines parties de la région de Kherson.

L’année 2024 est, ensuite, aussi une année importante pour lui. Entre autres missions, il organise la défense qui freine une nouvelle offensive russe dans la région de Kharkiv. Tous ces engagements sur le champ de bataille lui valent d'être nommé commandant des forces terrestres, fin 2024, par le président de l’Ukraine.

Esprit de responsabilité et "besoin de nouvelles règles"

Outre ses faits d’armes, Mykhaïlo Drapaty a aussi su faire preuve d’un esprit de responsabilité pour gagner le respect de ses troupes. Le 1er juin 2025, il démissionne de son poste de commandant des forces terrestres, assurant dans un long post publié sur Facebook vouloir assumer ses erreurs après la journée écoulée. 

Peu avant, l’armée de terre ukrainienne avait annoncé la mort de 12 militaires et plus de 60 blessés dans une frappe de missiles russe sur un terrain d’entraînement. "Le comportement des combattants a son importance, mais la responsabilité principale incombe toujours au commandement", a notamment écrit Mykhaïlo Drapaty. "L'esprit de corps poussé jusqu'à la protection mutuelle et l'impunité sont un poison pour l'armée. (...) Mais si de telles tragédies se répètent, cela signifie que mes efforts n'ont pas été suffisants."

"Si nous ne tirons pas de conclusions, si nous ne changeons pas notre attitude, si nous ne reconnaissons pas nos erreurs, nous sommes condamnés", a-t-il aussi ajouté. Pour le commentateur politique Volodymyr Fessenko, cet épisode "illustre (l)a détermination (de Mykhaïlo Drapaty) et ses hauts standards éthiques".

Le gradé démissionnaire a ensuite été nommé à la tête des forces interarmées, où il a poussé pour des réformes, soutenant la démarche de Mykhaïlo Fedorov. Quand ce dernier a démissionné la semaine dernière, Mykhaïlo Drapaty a affirmé que la "transformation" de l'armée devait se poursuivre. "Quand la bonne décision doit être mise en œuvre malgré le système, et non grâce à lui, cela signifie que le système lui-même doit changer", a-t-il alors déclaré. "L'armée a besoin de nouvelles règles."

Charge à lui de pousser en faveur de ces "nouvelles règles" maintenant qu’il a été nommé commandant en chef de l’armée ukrainienne.

Avec agences