logo

Antisémitisme : LFI de nouveau critiquée après le concert interrompu de la DJ Barbara Butch
L'interruption samedi soir d'un concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble par des militants propalestiniens dans le cadre d'un boycott soutenu par les insoumis locaux a déclenché des accusations d'antisémitisme. L'artiste se voit reprocher d'avoir signé une tribune en soutien à la contestée proposition de loi Yadan, retirée depuis.
Un concert de la DJ Barbara Butch a été interrompu le 18 juillet 2026 à Grenoble après que des militants propalestiniens ont perturbé sa performance à la suite d'un appel au boycott soutenu par les insoumis locaux, déclenchant des accusations d'antisémitisme. © Joël Saget, AFP

La France insoumise de nouveau dans l’œil du cyclone. Le parti de Jean-Luc Mélenchon est la cible de critiques de la part du reste de la classe politique après l'interruption, samedi 18 juillet, à Grenoble d'un concert de la DJ Barbara Butch à cause d'une manifestation de militants propalestiniens et insoumis.

Depuis plusieurs jours, la DJ de 45 ans, figure des nuits parisiennes LGBTQ+, était la cible d'un appel au boycott de la part de militants propalestiniens et d'insoumis locaux : elle devait donner un concert dans le cadre d'un festival organisé par la ville de Grenoble.

Cet appel au boycott n'avait pas été relayé par les figures nationales de La France insoumise.

Un tract, la qualifiant de "soutien aux génocidaires" avait même été distribué par des militants insoumis isérois représentant la DJ mixant devant un drapeau LGBT+ avec une étoile de David (le drapeau de la Marche des fiertés de Tel-Aviv), ici représenté avec des éclaboussures de sang.

Les militants reprochaient à l'artiste, juive, la signature d'une tribune en soutien à la contestée proposition de loi Yadan – retirée depuis – dont l’intitulé affirmait vouloir "lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme".

Ce texte entendait élargir le délit d'apologie du terrorisme. Il avait été très critiqué, ses opposants y voyant un risque pour la liberté d'expression et un possible amalgame dangereux entre les Français juifs et Israël.

"J'ai signé une tribune, je n'aurais pas dû le faire", avait dit Barbara Butch auprès de France 24 en mai, en rappelant être victime d'antisémitisme depuis l'enfance.

"Jets de bouteilles en verre"

Directrice artistique de la Nuit Blanche à Paris en juin, Barbara Butch avait placé la manifestation culturelle sous le signe d'un grand coeur rouge.

Cette artiste avait reçu le soutien des insoumis après la cérémonie d'ouverture des JO 2024, quand elle avait été victime d'une vague de cyberharcèlement de la part de l'extrême droite.

Samedi soir, au bout d'une vingtaine de minutes, la mairie a pris la décision de suspendre le concert "afin de garantir la sécurité du public, des équipes et de l'ensemble des personnes présentes".

Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent des personnes agitant des drapeaux de la Palestine, brandissant des doigts d'honneur et faisant retentir des sifflets alors que l'artiste est sur scène.

"On est extrêmement fiers d'avoir participé à cette manifestation pacifique", a déclaré à l'AFP Allan Brunon, élu insoumis à la mairie de Grenoble, tout en niant qu'il y ait eu des projectiles lancés sur l'artiste.

La mairie de Grenoble a elle bien fait état de "jets de bouteilles en verre" et autres projectiles "visant délibérément la scène" lors du passage de la DJ.

"L'antisémitisme de LFI est tout sauf résiduel"

Les adversaires des insoumis, mouvement déjà accusé d'ambigüité sur la question antisémite, ont rapidement embrayé.

"L'antisémitisme de LFI est tout sauf résiduel", a tonné l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, en référence à la formule de Jean-Luc Mélenchon qui avait affirmé en 2024 que "l'antisémitisme reste résiduel en France", s'attirant de nombreuses critiques. 

Autre candidate à l'élection présidentielle, la cheffe de file de l'extrême droite Marine Le Pen a dénoncé "l'antisémitisme de l'extrême gauche, sa violence récurrente, sa nature et son projet totalitaires".

Même à gauche les insoumis sont esseulés. "LFI ne sert pas la cause palestinienne. Ces méthodes n'aident en rien les Palestiniens et desservent les militants sincères", a estimé le patron du PS Olivier Faure.

"N'a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan à interpeller fortement avant de s'en prendre à Barbara Butch ?", a taclé Clémentine Autain. D'autant que cette artiste est "une femme engagée dans le combat LGBTQI+ et contre la grossophobie, cible régulière d'attaques violentes, sexistes et antisémites", a ajouté la députée, ex-insoumise.

Sur franceinfo, le coordinateur de LFI Manuel Bompard, habitué à jouer le pompier de service sur les plateaux de télévision pour éteindre les polémiques insoumises, a fait preuve d'un certain embarras sur ce sujet.

"Elle a décidé de prendre une position politique et je peux comprendre que cette position politique puisse générer une protestation" mais "à partir du moment où cette protestation est pacifique".

Signe du trouble que cela génère chez LFI, un cadre contacté par l'AFP pour préciser la position des insoumis a indiqué : "Je passe mon tour".

Avec AFP