
Joueur de la sélection espagnole, Aymeric Laporte a débuté dans les équipes jeunes des Bleus. © Studio graphique FMM
Alors que beaucoup les donnaient favoris, les Bleus ne seront finalement pas en finale du Mondial 2026. L'équipe de Didier Deschamps a été éliminée, mardi 14 juillet, par sa bête noire de ces dernières années, l'Espagne. La Roja sera donc opposée dimanche à l'Argentine pour tenter de conquérir un deuxième titre mondial.
Dans ses rangs figure un ancien joueur tricolore. International espagnol depuis 2021 et pilier de la sélection, le défenseur central Aymeric Laporte a pourtant rêvé pendant de très nombreuses années de porter le maillot de l'équipe de France.
"Une intelligence de jeu"
Né à Agen en 1994, il a débuté le football dans le club de sa ville natale. Le jeune garçon est très vite repéré par de nombreuses équipes dont les Girondins de Bordeaux, le PSG ou encore Arsenal. Il finit par s'exiler en Espagne à l'âge de 16 ans pour intégrer l'Athletic Bilbao, où il signe son premier contrat professionnel.
D'origine basque par l'un de ses grands-parents, l'apprenti footballeur fait ses gammes au CD Basconia, l'équipe réserve de l'Athletic évoluant en quatrième division. Malgré ce départ de l'autre côté des Pyrénées, il représente la France dans les catégories de jeunes, participant notamment à la Coupe du Monde 2011 des moins de 17 ans et au championnat d'Europe 2013 des moins de 19 ans.
"Ce qui m'a tout de suite plu chez lui, c'était avant tout son intelligence de jeu. Il possédait une lecture du jeu supérieure à la moyenne et une remarquable capacité d'anticipation. L'autre point fort, c'était sa relance. Il avait un excellent pied gauche, une capacité à ressortir proprement les ballons, avec des passes justes et des transversales de qualité", a décrit auprès de la Fifa l'entraîneur français Patrick Gonfalone, qui l'a dirigé à cette époque.
Tout naturellement, le défenseur, qui est devenu un des cadres de l'Athletic Bilbao, passe ensuite chez les Espoirs dont il devient le capitaine. En 2016, il est finalement appelé pour la première fois en équipe de France A par le sélectionneur Didier Deschamps. Mais le technicien français ne lui fait disputer aucune minute sous le maillot bleu malgré trois convocations. En 2018, il n'est pas non plus sélectionné pour le Mondial. Dans les médias, le joueur multiplie pourtant les appels du pied au coach des Bleus, évoquant plusieurs fois sa "grosse désillusion" et rappelant à l'envi qu'il "ne pense qu'à l'équipe de France".
Un an plus tard, Aymeric Laporte évolue sous les couleurs de Manchester City – avec qui il va remporter une Ligue des Champions et quatre titres de champions d'Angleterre. Didier Deschamps le rappelle alors pour des rencontres face à l'Albanie et Andorre comptant pour les qualifications à l'Euro 2020. Mais le défenseur se blesse et ne peut répondre présent. Il ne sera plus convoqué avec les Bleus.
"Aucun doute"
Naturalisé espagnol en 2021, il fait alors un choix retentissant : celui de jouer pour la Roja. Dans une interview accordée au site de la Fifa, le 13 juillet, il est revenu sur la polémique entourant cette décision : "Au début, avec mon changement de nationalité, beaucoup de gens ont critiqué, ce qui peut se comprendre. Mais j’en avais parlé avec ma famille et je n’avais aucun doute. Tout s’est bien passé depuis, cela me comble de bonheur".
Dans un autre interview avec Radio Marca, il a rappelé que d'autres footballeurs avaient vécu des situations similaires sans bénéficier de la même attention médiatique. "On n'a pas autant parlé des joueurs qui étaient déjà passés par là avant moi", a-t-il affirmé. À titre d'exemple, il a expliqué que durant son passage dans les équipes de jeunes de France, il avait joué avec "22 ou 23 joueurs" qui, comme lui, avaient fini par représenter d'autres sélections nationales, même si leurs cas "n'avaient pas été aussi médiatisés" et n'avaient pas suscité "autant de bruit, autant d'écho".
Si Didier Deschamps avait offert quelques minutes de jeu à Aymeric Laporte celui-ci n'aurait pas eu le droit d'intégrer l'équipe espagnole. Interrogé à ce sujet par plusieurs quotidiens régionaux en 2021, le sélectionneur avait expliqué n'avoir pas "voulu le bloquer" : "Il a cette liberté, il n’a pas joué avec nous… Il aurait pu ne pas l’avoir, dix secondes avec les Bleus auraient suffi. Il a toujours été dans les pré-listes, mais il y a eu de la concurrence. Moi je ne prends pas un joueur pour l’empêcher d’avoir un deuxième choix."
Un Euro et une Ligue des nations remportés avec la Roja
Ce deuxième choix s'est révélé payant pour le défenseur. En quelques années, il devenu l'un des patrons de l'équipe ibérique. Pour Patrick Gonfalone, sa décision était logique : "Je n'ai pas été surpris lorsqu'il a choisi l'Espagne. Je me suis même dit que ce football lui conviendrait parfaitement. Les équipes espagnoles privilégient davantage le jeu placé, les circuits de passes et la maîtrise du ballon. Ce style met pleinement en valeur ses qualités."
Le joueur, qui est retourné à l'Athletic Bilbao l'an dernier après un passage dans le championnat saoudien, estime lui aussi qu'il est plus à l'aise au sein de cette sélection. “J’aurais aimé débuter plus jeune en équipe nationale espagnole”, a-t-il confié au magazine GQ, “mais ça s’est passé comme ça. Aujourd’hui, je suis ravi et je vais profiter au maximum du temps qu’il me reste. Les années, les mois, peu importe. Je vais en profiter au maximum parce que c’est un jeu que j’adore. C’est là que je me sens le mieux sur le plan footballistique aujourd’hui.”
Résultat : en 53 sélections, Aymeric Laporte a remporté la Ligue des nations en 2023 et l'Euro en 2024. Il va tenter de poursuivre ce glorieux chemin dimanche, avec l'espoir de soulever sa première Coupe du monde.
