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Procès en appel de Marine Le Pen : le RN dans l’attente d’un jugement décisif pour 2027
Avec l’arrêt attendu de la cour d’appel du tribunal de Paris, Marine Le Pen sera fixée mardi sur son destin présidentiel. Au Rassemblement national, certains veulent croire au miracle, tandis que d’autres ont déjà acté que leur candidate serait privée de course à l’Élysée. À l’image de Jordan Bardella, qui semble déjà être en campagne depuis plusieurs semaines.
La patronne des députés du Rassemblement national, Marine Le Pen, le 16 juin 2026, à l'Assemblée nationale. © Thomas Samson, AFP

Après de longs mois d’attente, le jugement va enfin être connu. La cour d’appel du tribunal de Paris doit rendre son arrêt, mardi 7 juillet, dans l’affaire des assistants parlementaires des eurodéputés du Front national (devenu Rassemblement national en 2018). De celui-ci dépend la participation ou non de Marine Le Pen à l’élection présidentielle 2027.

Les scénarios sont connus : une relaxe – hautement improbable – ou une peine d’inéligibilité allégée lui permettraient d’être candidate ; une condamnation suivant les réquisitions du parquet général mettrait en revanche un terme à ses espoirs de candidature.

Grande favorite des sondages au premier comme au second tour, et face à n’importe lequel de ses concurrents, Marine Le Pen a déjà laissé entendre que la décision du 7 juillet scellerait son destin présidentiel.

"Si les réquisitions sont suivies, je serai empêchée" de concourir, a-t-elle déclaré le 3 février sur TF1-LCI. Une déclaration dans la lignée de celle qu’elle avait déjà faite sur RTL en novembre 2025 : "À partir du moment où la cour d’appel va probablement rendre son arrêt au mois de septembre [finalement le 7 juillet, NDLR], je ne vais pas laisser traîner, parce que je suis attachée à ce que nos idées arrivent au pouvoir. Si je suis empêchée mais que la Cour de cassation me donne raison trois ou quatre mois après, il sera trop tard pour faire une campagne présidentielle correcte."

Impossible de prédire la décision que rendra la justice. Les spécialistes du droit affirment que la culpabilité de Marine Le Pen a été démontrée lors du procès en appel. Ils estiment probable que les juges suivent les réquisitions du parquet général, qui a demandé une peine de quatre ans de prison dont un an ferme, aménageable sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, mais sans exécution provisoire.

Jordan Bardella déjà en campagne

Mais certains observateurs estiment que la pression sur les juges est telle qu’ils pourraient refuser de rendre un jugement qui aurait pour conséquence de priver Marine Le Pen de course à l’Élysée.

"Dans le contexte actuel de l’affaire Lyhanna, où les juges sont pointés du doigt et avec des droites radicales qui font depuis plusieurs mois une campagne sur la politisation de la justice, les magistrats pourraient ne pas être très à l’aise pour endosser la responsabilité d’influer sur qui peut ou non se présenter en 2027. C’est une chose de condamner à cinq ans d’inéligibilité un maire, c’en est une autre d’empêcher la favorite de la présidentielle de concourir", analyse Jean-Yves Camus, président de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès et spécialiste de l’extrême droite.

En interne, certains se raccrochent à cette idée et espèrent que les juges se contenteront d’infliger à Marine Le Pen une peine d’inéligibilité inférieure ou égale à deux ans. "Je suis croyante… alors je crois aux miracles", avait plaisanté Marine Le Pen lors de son procès en appel. D’autres, au contraire, sont plutôt résignés et ont déjà acté que Jordan Bardella serait le candidat du Rassemblement national.

Le président du RN se prépare d’ailleurs à endosser le costume de candidat à la présidentielle. Le jeune eurodéputé de 30 ans a même semblé, ces dernières semaines, pressé de s’asseoir dans le fauteuil de Marine Le Pen.

Jordan Bardella a d’abord officialisé, début avril, sa relation avec la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles en se prêtant au jeu des fausses photos volées dans Paris-Match. Un choix qui marque "indéniablement une entrée officielle en campagne", selon Philippe Moreau-Chevrolet, enseignant à Sciences Po et spécialiste de la communication politique, interrogé sur BFMTV. "Paris-Match constitue la fabrique des présidentiables et s'afficher en couverture reste un passage obligé de tous les candidats à la présidentielle", a-t-il poursuivi.

Il s’est ensuite exprimé début mai dans la presse allemande au sujet du dossier des retraites, affirmant que le Rassemblement national était "en train d’examiner la question" d’un relèvement de l’âge légal de départ à la retraite, alors que Marine Le Pen maintient sa promesse de revenir à 62 ans, voire 60 ans, avec 40 à 42 années de cotisation.

"Cette élection présidentielle rend l'arrêt que vous aurez à rendre vertigineux"

Et pour conforter sa stature internationale, il s’est rendu mi-juin en Pologne, où il a rencontré le président conservateur et eurosceptique Karol Nawrocki, ainsi que l’ex-Premier ministre et président du parti Droit et Justice Jaroslaw Kaczynski. Une destination qui le différencie à nouveau de Marine Le Pen, dont la proximité avec la Russie – elle avait notamment bénéficié d’un prêt d’une banque russe pour sa campagne présidentielle de 2017 – est régulièrement critiquée par ses opposants.

"Ce qu’on a vu sur les retraites, sur l’international, sur le choix de la Pologne, c’est pour Jordan Bardella une forme d’émancipation. Il est clairement entré en campagne. Il n’a pas attendu le jugement du 7 juillet et se projette déjà comme le candidat du RN en 2027", analyse Jean-Yves Camus.

Seule certitude qui unira "marinistes" et "jordaniens" en cas de condamnation qui empêcherait la cheffe de file de l’extrême droite de se présenter à la présidentielle : comme en février 2025 lors du jugement en première instance, le refrain sur "la République des juges" et sur une "justice politique" sera repris en chœur par tous les représentants du Rassemblement national.

"Avec le respect que je vous dois, je vous le dis, ce n'est pas un cadeau", avait d’ailleurs prévenu le 11 février Me Rodolphe Bosselut, l’un des avocats de Marine Le Pen, à l’issue du procès en appel, avant d’affirmer : "Cette élection présidentielle rend l'arrêt que vous aurez à rendre vertigineux."

Les juges de la cour d’appel en ont bien conscience. Leur décision sera décisive pour l’élection présidentielle 2027 et restera dans l’histoire de la Ve République. À un peu plus de neuf mois du scrutin, c’est le premier rebondissement de la campagne qui va se jouer le 7 juillet au tribunal de Paris.