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Washington ou "Trumptown" : la tentation du culte de la personnalité architectural
Rénovation d’un golf municipal, extensions à la Maison Blanche, rêves d’arc de triomphe : Donald Trump semble avoir 1001 projets pour Washington. Pourquoi le président puise-t-il ainsi dans son expérience de magnat de l’immobilier pour laisser sa marque sur la capitale américaine ? Une tentation qui existe par ailleurs chez la plupart des dirigeants ayant des tendances autocratiques.
Le président Donald Trump multiplie les projets de rénovations et constructions à Washington dans un effort inédit de marquer la capitale de son empreinte. © Studio graphique France Médias Monde

C’est à la fois l’un des péchés mignons et une des spécialités de Donald Trump : le golf. Le président américain en a construit un peu partout dans le monde, passe de nombreuses heures à améliorer son swing et souhaite dorénavant ajouter un parcours de golf à sa grande œuvre de "relooking" de Washington D.C.

"Ce sera l’un des plus beaux golfs au monde", a affirmé Donald Trump, dimanche 28 juin, durant sa visite du circuit municipal du East Potomac Golf Links. Le magnat de l’immobilier, devenu 47e président des États-Unis, a promis d’entamer les travaux de rénovation le 1er septembre 2026.

Ribambelle de projets pour une capitale

Situé au cœur du quartier historique de la capitale américaine, non loin du Jefferson Memorial, du Washington Monument ou encore du cimetière d’Arlington, ce circuit de golf, ouvert en 1923, a été qualifié de "virtuellement inutilisable", "dépassé" ou encore "dangereux" pour les golfeurs par Donald Trump.

Pourtant, les habitués ne semblent pas tous partager ce constat et craignent qu’un tel projet le rende surtout moins accessible au commun des golfeurs, souligne le Washington Post.

Mais qu’importe pour le locataire de la Maison Blanche qui semble atteint d'une boulimie de reconstruction sans précédent à Washington. "Donald Trump envisage un nombre important de changements dans la capitale fédérale et à un rythme très soutenu", constate Peter Finn, politologue et spécialiste des pouvoirs présidentiels américains à l’université de Greenwich.

Washington ou "Trumptown" : la tentation du culte de la personnalité architectural
"Ce sera l’un des plus beaux golfs au monde", a affirmé Donald Trump, dimanche 28 juin, durant sa visite du circuit municipal du East Potomac Golf Links. © Studio graphique France Médias Monde

Il y a d’un côté les projets les plus marquants dans lesquels la rénovation du golf pourrait s’intégrer. Le président américain rêve ainsi d’ériger un arc de triomphe à Washington sur le modèle de celui de Paris, il s’est lancé dans une controversée rénovation du bassin réfléchissant au pied du Lincoln Memorial, a renommé le Kennedy Center en Trump Kennedy Center (un chantier retoqué par la justice) et veut ajouter une salle de bal à l’aile est de la Maison Blanche.

Mais ce n’est pas tout. Donald Trump a également lancé d’autres projets pour marquer Washington de son empreinte. Le parc Lafayette, à l’entrée de la Maison Blanche, devrait accueillir 47 nouveaux arbres…. en référence au 47e président des États-Unis, c’est-à-dire Donald Trump.

Le président a également ordonné que de gigantesques bannières à son effigie ornent désormais certains bâtiments officiels. Ainsi son portrait jouxte-t-il celui d’Abraham Lincoln sur la façade du département de l’Agriculture et sur celle du département du Travail, c’est un portrait de Theodore Roosevelt qui a "l’honneur" d’être accroché à côté de celui de l’actuel président américain.

Il aurait également exprimé son désir de voir l’aéroport de Dulles-Washington renommé en son honneur, a affirmé le site Politico.

L'âge de l'héritage

"Cela correspond parfaitement à la personnalité de Donald Trump qui veut toujours tout, tout de suite. Washington est rempli de monuments ou de rues en hommage aux présidents du passé, mais Donald Trump ne veut pas attendre un éventuel hommage après son départ", affirme Peter Finn.

Sans compter qu’il a dépassé les 80 ans. "C’est un âge où on pense avant tout à assurer son héritage. Pour un président, il s’agit souvent d’insister sur ses accomplissements, mais le bilan politique de Donald Trump est plutôt mince, et peu tangible", analyse Patrick Andelic, spécialiste de l’histoire du système politique américain à l’université de Northumbria.

D’où l’obsession de renommer à tout-va à Washington et de bâtir au plus vite des monuments dignes de faire rentrer Donald Trump dans l’histoire. "Il ne faut pas oublier que la Trump Organization - la maison mère des activités immobilières de Donald Trump - n’est pas seulement spécialisée dans la construction, mais également dans le développement de la marque Trump. Tous les projets que le président a lancés à Washington entrent dans ces deux catégories", affirme Patrick Andelic.

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Washington ou "Trumptown" : la tentation du culte de la personnalité architectural
Image de couverture : © France 24 © France 24
12:38

Donald Trump pousse aussi le curseur des célébrations de sa présidence plus loin que n’importe lequel de ses prédécesseurs. Il existe, en effet, des précédents : "Il s’est probablement inspiré du projet Ronald Reagan Legacy qui vise à faire nommer un édifice ou un lieu en l’honneur du président dans chaque comté aux États-Unis", note l’expert de l’université de Northumbria.

Cette initiative pour honorer l’héritage du 40e président américain "ne cherche cependant pas à imposer le nom du président aux autorités locales, mais plutôt à les convaincre. Donald Trump utilise plutôt l’approche du fait accompli et défie quiconque de s’y opposer. C’est, là encore, très en phase avec le mantra qu’on peut prêter à certains promoteurs immobiliers qui est de dire qu’‘il vaut mieux demander pardon que la permission’", ajoute Patrick Andelic.

Cette approche ressemble aussi "moins à celle d’un dirigeant d’un pays démocratique qu’à celle d’un régime autoritaire", estime Natasha Lindstaedt, spécialiste des régimes autoritaires à l'université de l'Essex.

"Dérive autoritaire"

Les projets immobiliers à la gloire du dirigeant en place "sont un marqueur de la dérive autoritaire d’un pays", ajoute-t-elle. Pour cette experte, les ambitions de Donald Trump à Washington ne sont pas si éloignées des pratiques de certains dirigeants au penchant autoritaire comme "Heydar Aliyev qui a donné son nom à des rues dans tout l'Azerbaïdjan ou l’ex-président du Turkménistan, Saparmyrat Nyyazow, qui a établi une sorte de culte de la personnalité architectural".

C’est pour cela que, d’après Natasha Lindstaedt, la tendance de Donald Trump à vouloir écrire son nom sur tous les murs de la capitale n’est pas à prendre à la légère. "C’est une tentative d’instaurer un culte de la personnalité en contournant ou en ignorant les règles et processus institutionnels normaux", affirme-t-elle.

La manière dont Donald Trump veut transformer Washington entraîne la démocratie américaine "sur une pente glissante", juge Natasha Lindstaedt. C’est pourquoi, il est essentiel de contester ces décisions en justice, d’après les experts interrogés.

Le fait que la justice ait contraint le président à faire enlever son nom du Kennedy Center "démontre que les procédures constitutionnelles ne peuvent pas être ignorées impunément", souligne Patrick Andelic.

Ce qui est en train de se jouer à Washington "démontre que l’une des plus grandes frustrations de Donald Trump est de ne pas pouvoir agir comme un dirigeant autoritaire car le système américain est trop complexe et solide pour lui permettre d’agir complètement à sa guise", résume Peter Finn.

Et pourtant, il essaie encore et encore. Le golf en est un exemple particulièrement éloquent :  le président a annoncé son intention de débuter les travaux en septembre, peu après qu’un juge fédéral eut expressément mis en garde la Maison Blanche de ne pas le faire sans avoir obtenu au préalable les autorisations nécessaires. Pour l’instant, le président ne semble pas les avoir, et semble ne pas s’en soucier.