
La chroniqueuse Xenia Fedorova et ancienne présidente de RT France, le 9 janvier 2018, à Paris. © François Mori, AP
Son nom revient en boucle dans l’actualité depuis plusieurs jours. Déjà accusée de relayer en France la propagande russe, Xenia Federova est également au cœur de deux polémiques qui embarrassent l’exécutif : le renouvellement pour dix ans de son titre de séjour en France et un déjeuner auquel a participé la ministre de l’Agriculture Annie Genevard et où se trouvait l’éditorialiste pro-russe.
Ancienne patronne de la chaîne russe RT France, branche française de la chaîne russe Russia Today (RT), interdite dans l’Union européenne (UE) depuis mars 2022 et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, Xenia Fedorova intervient désormais régulièrement sur CNews et Europe 1, signe une chronique dans l'hebdomadaire JDNews et présente l'émission religieuse "Lumières orthodoxes" sur Canal+. Des médias contrôlés par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré, tout comme l'éditeur Fayard, chez qui elle a publié le livre "Bannie" début 2025.
Ses interventions sont marquées par des thèses récurrentes : selon elle, "c'est l'Occident qui a décidé de prolonger" la guerre en Ukraine, l'Europe est tentée d'"aller en guerre contre la Russie" et la "liberté d'expression" n'est pas réelle en France.
Julien Nocetti, chercheur associé à l'Ifri, voit en Xenia Fedorova "un agent d'influence" pro-russe sans équivalent dans les autres pays d'Europe. "Elle n'est pas venue là les mains dans les poches, ce que pourrait sous-entendre son apparence un peu juvénile, avec une voix très discrète", estime ce spécialiste de la guerre informationnelle menée par la Russie, interrogé par l’AFP.
"Une visibilité incommensurablement plus importante"
"Grâce aux médias de Bolloré, elle a une visibilité dans l'espace médiatique français incommensurablement plus importante que du temps de RT France", juge auprès de l’AFP Maxime Audinet, chercheur à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales) et auteur en 2021 d'un livre sur RT, "Un média d'influence d'État", pour lequel il avait été poursuivi en diffamation par RT France, avant d’être relaxé.
Selon lui, la présence de Xenia Fedorova et d'autres anciens de RT France dans les médias de la galaxie Bolloré s'explique par certaines "convergences" : "la critique de l'Union européenne" ou la "posture contre-hégémonique" face à une supposée "norme dominante".
Dès lors, la prolongation en 2024 et pour dix ans de son titre de séjour en France, lorsque l’actuel ministre de la Justice, Gérald Darmanin, était en poste place Beauvau, pose question. Sollicités par l'AFP et d’autres médias, les ministères de l’Intérieur et de la Justice se sont renvoyé la balle, évitant durant une dizaine de jours de répondre aux questions qui leur étaient posées.
Une enquête du quotidien Le Monde, publiée lundi 1er juin, laisse entendre que Xenia Fedorova aurait pu bénéficier d’un passe-droit. Le journal rappelle que le ministère de l’Intérieur a durci en 2024 la délivrance et le renouvellement des titres de séjour pour les étrangers représentant une menace à l’ordre public, avec "plus de 4 600 refus de délivrance et de renouvellement, ainsi que 2 255 retraits de titres pour cette raison".
"Avoir prolongé son titre de séjour pour une durée assez longue, sachant la nature des propos tenus, c'est hallucinant", abonde Julien Nocetti.
Aucune "intervention" du gouvernement
Interrogé sur France Inter, lundi 1er juin, Laurent Nunez a assuré qu'il n'y avait eu aucune "intervention" du gouvernement lors de la prolongation du titre de séjour de Xenia Fedorova en 2024, lorsque Gérald Darmanin était en poste place Beauvau.
"Contrairement à ce qui a été sous-entendu dans un certain nombre de médias, il n'y a pas eu d'intervention", a-t-il expliqué. "Il y a des titres qui sont renouvelés de plein droit pour des étrangers qui sont en situation régulière depuis plusieurs années et qui remplissent des conditions. Il s'en délivre tous les jours", a-t-il ajouté. "L'administration ne peut pas refuser, sauf à engager un contentieux", selon lui.
Pour autant, "ce n'est pas parce qu'un étranger a un titre de séjour que ça le protège d'éventuelles poursuites ou remises en cause dès lors qu'il y a des troubles à l'ordre public ou qu'il y a une menace pour les intérêts fondamentaux de la nation", a-t-il observé.
Cette polémique intervient seulement quelques jours après une autre révélation du Monde : la présence de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard à un récent déjeuner de l’Institut de l’Espérance, cercle de réflexion lancé par Vincent Bolloré, où était également invitée la propagandiste russe a créé la polémique.
"Personne n'avait indiqué la présence de Xenia Fedorova" au déjeuner, s’est défendu auprès de l'AFP l'entourage de la ministre, en assurant qu'elle n'y serait pas allée dans le cas contraire. Une explication qui n’a pas convaincu les oppositions, qui ont vivement critiqué le choix d’Annie Genevard d’être restée pour le déjeuner.
Avec AFP
