
Une Éthiopienne vote dans un bureau de vote lors des élections législatives à Addis-Abeba, en Éthiopie, le 1er juin 2026. © Amanuel Sileshi, AP
Cinquante millions d'électeurs appelés aux urnes. Les Éthiopiens ont commencé à voter lundi 1er juin pour les élections législatives, un scrutin sans véritable suspense dont l'ultra-favori est le Parti de la Prospérité (PP) du Premier ministre sortant Abiy Ahmed, candidat à sa propre succession.
De longues files d'électeurs se forment devant plusieurs bureaux de vote de la capitale Addis Abeba, notamment celui de Bole Atlas, près de l'aéroport international, ont constaté des journalistes de l'AFP. Il faut patienter plusieurs dizaines de minutes, debout ou assis.
Plusieurs dizaines de personnes ont déjà déposé depuis 6 h leurs bulletins – un pour les législatives fédérales, un pour l'élection des Parlements régionaux. Les urnes sont installées sous des tentes surmontées du drapeau éthiopien.
Binyam Gideyelem, 38 ans, vote pour la première fois. "C'est un moment crucial pour décider du sort de notre pays", estime cet employé d'une société de télécom qui assure vouloir soutenir le "développement du pays".
Seife Desta, 77 ans, attend son tour. "Je veux utiliser mon droit" de citoyen, souligne à l'AFP ce retraité. "Les élections sont un moyen démocratique de choisir son gouvernement", poursuit-il.
"La plus faible compétition"
L'issue du scrutin fait peu de doute, le Premier ministre Abiy Ahmed est grandissime favori.
Au pouvoir depuis 2018, il est de plus en plus critiqué à l'étranger pour son autoritarisme et sa répression des voix dissidentes, après de premières années d'ouverture qui lui ont valu le Nobel de la paix en 2019. L'Éthiopie est le deuxième pays le plus peuplé du continent avec 130 millions d'habitants.

Dans une note publiée le 28 mai, le centre de réflexion Chatham House estime que cette élection sera "l'une de celles donnant lieu à la plus faible compétition" depuis l'instauration du multipartisme en 1991 en Éthiopie.
Depuis cette date, "les élections ont été organisées dans le but de renforcer le pouvoir du gouvernement en place, plutôt que d'offrir aux Éthiopiens de véritables choix politiques pluriels", poursuit Chatham House.
Au sein de la Chambre des Représentants du peuple (HoPR) sortante, issue des législatives de 2021, le PP détient 96 % des sièges de députés.
Un peu plus de 50 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans quelque 48 000 bureaux de vote.
Les bureaux fermeront théoriquement à 18 h (15 h GMT) pourraient rester ouverts "quelques heures" de plus, a confié à l'AFP, sans autre détail, un membre de la commission électorale (Nebe).
Les résultats sont attendus une dizaine de jours après la clôture du scrutin.
L'opposition se présente sans moyens financiers et divisée en plus de 40 partis qui affrontent l'hégémonique formation du Premier ministre, sans qu'aucun ne soit présent dans l'essentiel des circonscriptions.
Le mieux représenté, le parti Ezema, ne présente que 293 candidats (57% des 501 circonscriptions en jeu), contre 461 pour le PP qui sera même seul en lice dans 64 circonscriptions.

Conflits régionaux
La chambre basse fédérale compte 547 députés répartis à travers les 12 États régionaux.
Comme il y a cinq ans, le scrutin ne sera pas organisé dans celui, septentrional, du Tigré (38 sièges) en raison de tensions persistantes entre autorités régionales et fédérales. Plus d'un million de personnes y sont toujours déplacées à la suite du conflit qui y a fait rage entre 2020 et 2022.
De nombreux opposants "ne participeront pas aux élections", souligne Chatham House, car "certains sont en exil, d'autres interdits de séjour, d'autres emprisonnés" et d'autres "verront peu de raisons d'abandonner la lutte armée contre le gouvernement".
Le géant d'Afrique de l'Est, dont l'économie devrait croître cette année de plus de 9 % selon le FMI, soit l'un des taux les plus élevés au monde, est le théâtre de conflits armés dans ses deux États régionaux les plus peuplées, l'Oromia et l'Amhara.
En Amhara, qui compte quelque 20 millions d'habitants, les milices nationalistes Fano qui combattent les troupes fédérales ont menacé de s'en prendre au processus électoral. Malgré ces menaces et des affrontements réguliers dans les zones rurales et aux abords des grandes villes de Bahir Dar et Gondar, la commission électorale (Nebe) n'a renoncé à organiser le vote que dans huit des 137 circonscriptions de la région.

La commission électorale assure aussi que les bureaux ouvriront dans l'ensemble de l'immense Oromia (un tiers du pays), où les rebelles de l'OLA opèrent depuis 2018.
L'Union africaine, dont le siège est à Addis Abeba, ainsi que de l'Igad, le bloc régional de l'Afrique de l'Est, ont des observateurs pour ce vote, pas l'Union européenne. La proposition de l'UE d'envoyer ses observateurs "n'a pas été retenue par le gouvernement", a affirmé une source au sein de l'UE.
Avec AFP
