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Faut-il reparler à Poutine ? L’Europe cherche une ligne commune et un médiateur crédible
Alors que la médiation américaine patine et que Donald Trump concentre son attention sur l'Iran, les Européens s’interrogent sur l'opportunité de renouer le dialogue avec Moscou. Mais avant même de choisir un éventuel émissaire, les Vingt-Sept tentent de définir une stratégie commune face au Kremlin. 
Photo de groupe prise avant une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Limassol sur l'île de Chypre, le 28 mai 2026. © Yiannis Kourtoglou, Reuters

Qui, en Europe, pourrait encore se proposer pour parler à Vladimir Poutine ? Et surtout, pour lui dire quoi ? Au moment où les États-Unis sont distraits par l'Iran et que le président russe semble sur la défensive, l'Europe se demande s'il n'est pas temps d'envisager de reprendre le dialogue avec Moscou sur la guerre en Ukraine. Et déjà des noms circulent pour incarner un éventuel médiateur européen.

Le sujet était au menu d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne jeudi 28 mai à Limassol sur l'île de Chypre. Mais à Bruxelles et ailleurs en Europe, l'idée continue de diviser.

"Je pense que c'est un piège dans lequel la Russie veut nous faire tomber : que nous discutions de qui leur parle", a ainsi mis en garde jeudi la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas. Selon elle, l'Europe doit avant tout définir une stratégie commune plutôt que chercher un interlocuteur.

L'ancienne Première ministre estonienne a également rappelé que l'Union européenne ne pouvait pas se présenter comme un médiateur neutre, "puisque nous sommes du côté de l'Ukraine". Pour elle, l'essentiel est ailleurs : les Européens doivent d'abord s'accorder "sur les concessions que l'Europe devrait demander à Moscou" dans d'éventuelles discussions. À l'issue de la réunion de Limassol, elle a salué une réunion "positive de ce point de vue."

Qui pourrait parler à Moscou ?

Le débat sur une réouverture du dialogue s'est accéléré ces dernières semaines, nourri notamment par un signal venu du Kremlin. Début mai, Vladimir Poutine avait semblé ouvrir la porte à une médiation européenne en suggérant le nom de son allié de longue date, l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder.

Une perspective rapidement rejetée par les pays de l'UE, notamment à cause de "son passé de lobbyiste pour les entreprises d'hydrocarbures russes et son refus, en 2022, de condamner l'invasion de l'Ukraine", rappelle Pierre Benazet, correspondant de France 24 à Bruxelles.

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Faut-il reparler à Poutine ? L’Europe cherche une ligne commune et un médiateur crédible
© France 24
03:54

D'autres noms ont circulé. Celui d'une autre ancienne chancelière allemande, Angela Merkel, l'une des architectes d'un précédent accord de paix imparfait avec Poutine sur l'Ukraine, ne semble plus d'actualité.

Kaja Kallas elle-même a laissé entendre qu'elle pourrait jouer un rôle dans d'éventuelles discussions, assurant savoir éviter les "pièges" russes. Mais certains diplomates jugent la responsable estonienne trop honnie du Kremlin pour pouvoir incarner une médiatrice acceptable aux yeux du pouvoir russe.

"Évidemment, pour Moscou, ce serait inacceptable", note Pierre Benazet. "D'abord parce que Kaja Kallas est lituanienne, et parce que les pays baltes sont aujourd'hui sous la menace de Moscou. Dans le contexte actuel, personne ne peut imaginer une médiation, elle a peu de chance d'être nommée."

L'idée d'un médiateur extérieur à l'UE

Si le représentant ne peut pas être choisi parmi les plus hauts responsables de l'UE, il pourrait alors s'agir d'un dirigeant des Vingt-Sept. Le président finlandais Alexander Stubb, qui entretient de bonnes relations avec Donald Trump, notamment sur les parcours de golf, a manifesté son intérêt.

“Alexander Stubb affiche une position plutôt modérée sur le conflit en Ukraine, mais son pays a rejoint l'Otan à la faveur de la guerre, ce qui risque de ruiner ses chances [pour parler aux Russes]”, analyse Pierre Benazet.

Le président finlandais est certainement "très qualifié", a jugé sur ce point la ministre finlandaise des Affaires étrangères Elina Valtonen, mais la vraie question est plutôt "comment mettre fin à la guerre", selon elle.

Certains évoquent l'idée de désigner un médiateur européen extérieur à l'Union européenne. “Le problème pour les Européens, c'est qu'un rôle de médiation impliquerait forcément des compromis. Or, pour l'instant, tous restent persuadés qu'il faut maintenir une pression maximale sur la Russie, notamment à travers les sanctions, pour pousser Moscou à chercher sérieusement une solution diplomatique”, explique Pierre Benazet.

D'abord définir des "lignes rouges"

Pour plusieurs ministres européens, le sujet du médiateur est en réalité secondaire. Avant de parler à Moscou, encore faut-il contraindre Vladimir Poutine à s'asseoir à la table de négociations, pour y discuter, de bonne foi, d'une paix juste et durable.

"Ce n'est pas le moment de discuter de qui va mener les négociations (...) nous devons discuter de ce que nous faisons pour exercer une pression supplémentaire sur la Russie", a martelé le chef de la diplomatie lituanienne Kestutis Budrys. Son homologue estonien Margus Tsahkna estime, lui, que le Kremlin cherche surtout à gagner du temps.

Faut-il reparler à Poutine ? L’Europe cherche une ligne commune et un médiateur crédible
La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, s'adresse aux médias à l'issue de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l'UE, dans la ville portuaire de Limassol, à Chypre, le 28 mai 2026. © Petros Karadjias, AP

Avant même de choisir un interlocuteur, plusieurs responsables européens insistent donc sur la nécessité de fixer des conditions claires à toute reprise de contact avec Moscou.

Depuis plusieurs mois, Kaja Kallas plaide notamment pour l'établissement de "lignes rouges" : un cessez-le-feu préalable à toute discussion, le refus de reconnaître le contrôle russe sur les territoires conquis et la garantie que Moscou soit tenu responsable de ses crimes.

Selon plusieurs responsables européens, le ministre ukrainien des Affaires étrangères aurait récemment proposé que l'Europe tente, dans un premier temps, de faciliter un cessez-le-feu limité aux frappes visant des infrastructures clés, comme les aéroports. Mais sans aller beaucoup plus loin pour l'instant. "Il est difficile d'imaginer que l'UE puisse devenir médiatrice ou facilitatrice des discussions et se substituer aux États-Unis, au vu de l'ampleur de notre soutien à l'Ukraine", a ainsi déclaré un diplomate européen sous couvert d'anonymat.

Avec AFP