
Des garçons afghans jouent au football devant le siège vide de l'une des deux statues de Bouddha, détruites par les talibans en 2001, dans la province de Bamiyan, le 24 février 2014. © Phot. Shefayee, AFP
En 2012, les mausolées de Tombouctou, patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1988, s’écroulent sous les coups de pioche des djihadistes d’Ansar Dine. Pour la première fois, cette destruction sera qualifiée de "crime de guerre" par La Haye et une mobilisation internationale sans précédent s’engage pour reconstruire les sites perdus.
De Tombouctou à Odessa, de Bâmiyân à Gaza, les mêmes faits et les mêmes actes se sont depuis répétés. Une exposition intitulée "Patrimoines en résistance" organisée à la Cité de l'architecture et du patrimoine jusqu'au 3 janvier 2027 revient sur ces conflits contemporains qui ont atteint ces trésors de l'humanité. Face aux atteintes portées au patrimoine, des mobilisations s’organisent pour contrer les tentatives d'effacement et de destruction. L'exposition met aussi en valeur la restauration et la reconstruction de ces sites archéologiques.
La mutilation de la cité antique de Palmyre

En juin 2014, l’organisation État islamique (Daech) prend le contrôle de larges portions des territoires irakien et syrien, et son chef Abou Bakr al-Baghdadi proclame le califat à Mossoul. Un an plus tard, en juillet 2015, après avoir annoncé avoir miné le site de Palmyre, les hommes de Daech détruisent la statue dite du Lion d’Athéna (ou d’Al-Lât), un relief en calcaire haut de 3 mètres découvert en 1977.
Le 18 août, l’ancien directeur des Antiquités de Palmyre, Khaled al-Asaad, est tué par l’organisation État islamique. Dans les jours suivants sont détruits le temple de Baalshamin, celui de Bêl, plusieurs tours funéraires, ainsi que l’arc de triomphe. Entre décembre 2016 et mars 2017, Palmyre a de nouveau été occupée par Daech, et son théâtre antique et le tétrapyle endommagés. Toutes ces destructions ont systématiquement été accompagnées de pillages alimentant le trafic illicite d’objets culturels.
La destruction médiatisée des bouddhas de la vallée de Bâmiyân

En 1996, les talibans prennent le pouvoir en Afghanistan. En mars 2001, ils procèdent au dynamitage des deux bouddhas de la vallée de Bâmiyân, dont ils diffusent largement les images. Des dommages moins médiatisés ont touché les anciennes grottes-sanctuaires aux voûtes décorées de peintures.
Comprise tout d’abord comme un acte d’extrémisme religieux, la destruction des deux bouddhas a ensuite été analysée comme la volonté des Taliban d’affirmer leur contrôle sur le territoire afghan dans un contexte de fortes tensions avec la communauté internationale. Parallèlement, des violences ont été commises à l’encontre de la communauté hazara installée au pied de la falaise, dont certaines pratiques culturelles étaient liées aux bouddhas. Cette persécution n’a cependant pas été aussi relayée dans les médias que la destruction des deux statues.
En 2003, le site a été inscrit au patrimoine mondial. L’Unesco, avec ses partenaires, oeuvre depuis lors à sa préservation, en documentant, en consolidant et en réalisant des relevés 3D du site et des niches. Depuis le retour au pouvoir des Taliban le 15 août 2021 avec la prise de la capitale Kaboul, le pays est plongé dans une crise humanitaire d’une ampleur sans précédent.
Faire revivre l'esprit de Mossoul

En 2003, les États-Unis lancent l’opération militaire "Iraqi Freedom" contre le régime de Saddam Hussein en Irak. Après une occupation de huit ans, les troupes américaines se retirent. L’organisation terroriste État islamique (Daech) conquiert Mossoul pendant l’été 2014 et en fait la capitale de l’État islamique d’Irak. En 2016, la bataille pour la libération de Mossoul détruit en grande partie la vieille ville.
À partir de 2018, l’Unesco mène l’initiative "Faire revivre l’esprit de Mossoul", qui met en oeuvre la réhabilitation de 124 maisons historiques, de quatre monuments religieux (la mosquée al-Nouri et son minaret al-Hadba, le couvent de Notre-Dame-de-l’Heure et l’église al-Tahira) et de plus de 400 salles de classe. Cette initiative a contribué à la reprise de la vie culturelle de Mossoul.
Pour appuyer ces efforts, la fondation Aliph a lancé en 2019 le programme "Mosaïque de Mossoul", qui a permis la réhabilitation de deux églises, de deux mosquées et de deux maisons historiques dans la vieille ville, dont la maison al-Tutunji. Aliph a également financé la documentation de la mémoire juive de Mossoul, et soutient la restauration du musée de Mossoul et de ses collections.
Les ruines de Gaza

Le 7 octobre 2023, l'organisation terroriste palestinienne du Hamas mène des attaques meurtrières et des prises d’otages d’une extrême violence dans la zone frontalière d’Israël avec Gaza. Ces événements déclenchent une intervention militaire ravageuse d’Israël, marquée par des bombardements massifs sur la bande de Gaza. Ce territoire, dont l’histoire est jalonnée de nombreuses destructions, est à nouveau dévasté.
Suivant les cartes d’évaluation des dommages détectés par satellite, 81 % des bâtiments ont été endommagés ou détruits (à la date du 11 octobre 2025) et 86,1 % de la superficie totale des terres cultivées a été rendue incultivable (au 28 juillet 2025). Parmi les zones les plus durement touchées figurent Gaza-ville, principal centre urbain du territoire, où vivaient une part importante des 2,1 millions d’habitants que comptait la bande de Gaza avant le conflit. Les camps de réfugiés d’al-Shati et de Jabaliya – où vivent une partie des nombreux déplacés (1,9 million) –, situés dans deux municipalités distinctes au nord, ont également été fortement affectés.
Mais c’est aussi 5 000 ans d’histoire et de témoignages de passés égyptien, cananéen, philistin, hellénistique, romain, juif, chrétien, islamique, qui subissent les destructions, avec 164 sites patrimoniaux endommagés depuis 2023 (Unesco). Parmi les édifices à valeur patrimoniale figure la mosquée al-Omari, l’un des plus anciens édifices religieux de la ville de Gaza.
Les bombes russes sur l'Ukraine

En février 2014, la révolution ukrainienne de Maïdan conduit au départ du président Viktor Ianoukovitch. Dans ce contexte, la Russie prend le contrôle de la république autonome de Crimée par une invasion armée, suivie de son annexion. Huit ans plus tard, le 24 février 2022, la Russie lance, sous l’appellation "opération militaire spéciale", une offensive de grande ampleur contre l’Ukraine, prolongeant et généralisant la guerre commencée en 2014.
Fondée en 1794 par Catherine II, sur les rives de la mer noire, Odessa fut un port de commerce stratégique de l’Empire russe, puis de l’Union soviétique avant l’indépendance de l’Ukraine en 1991. La ville revêt donc une importance particulière et constitue une cible dès le début de l’invasion de 2022.
Six mois après l’inscription du ce centre historique d’Odessa sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine mondial en péril, la cathédrale de la Transfiguration est gravement endommagée lors des bombardements des 22 et 23 juillet 2023. Sa restauration a démarré en 2024 avec le soutien de l’Unesco et de l’Agence italienne pour la coopération au développement.
Des monuments arméniens endommagés par la guerre avec l'Azerbaïdjan

Le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, au sujet de la région enclavée du Haut-Karabagh, autrefois région autonome au sein de la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, bien que peuplée majoritairement d’Arméniens, a débuté en 1988 dans les dernières années de l’Union soviétique. Le conflit donne lieu à plusieurs guerres. La première, de 1988 à 1994, se termine par un cessez-le-feu établissant le contrôle de facto par les forces arméniennes du Haut-Karabagh et de ses territoires environnants. Suite à la guerre de 2020, puis l’intervention de 2023, le Haut-Karabagh passe sous la souveraineté de l’Azerbaïdjan.
Ces conflits ont entraîné des atteintes importantes au patrimoine culturel de la région et continuent de menacer sa protection. Les monuments arméniens situés en zone frontalière avec l’Azerbaïdjan, notamment dans la région montagneuse de Tavush sont aussi affectés. Cette région a connu une nouvelle démarcation de ses frontières en 2024, touchant plusieurs villages dont celui de Kirants.
La dégradation du monastère, situé à 12 kilomètres du village, s’est accélérée par des actes de vandalisme et par les difficultés d’accès liées aux tensions dans la région. Le monument a récemment fait l’objet de travaux de nettoyage, notamment pour éliminer les graffitis. Un accord de paix a été conclu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan le 8 août 2025.
