
Les élections présidentielles au Pérou ont rencontré des perturbations logistiques. Dans le district de San Juan Miraflores à Lima, les électeurs ont pu exercer leur droit, dimanche 12 avril 2026. © Stifs Paucca, Reuters
Des bureaux de vote rouvriront lundi au Pérou pour permettre à des milliers d'électeurs, privés de scrutin dimanche 12 avril en raison de perturbations logistiques, de voter à la présidentielle, a annoncé le Jury national électoral (JNE). Le nombre de bureaux concernés n'a pas été précisé.
Une quinzaine de centres n'ont pas ouvert en raison de perturbations dans l'acheminement du matériel électoral, empêchant quelque 63 000 électeurs de voter, selon l'Office national des processus électoraux (ONPE).
Des agents de la police anticorruption et des enquêteurs ont mené des opérations au siège de l'autorité électorale (ONPE), ainsi que dans l'entreprise chargée de distribuer les bulletins de vote, a annoncé la police.
"Ils n'ont pas réussi à livrer le matériel électoral à 15 bureaux de vote à Lima" qui sont restés fermés, a expliqué Piero Corvetto, chef de l'ONPE. "Il n'y a aucune possibilité de fraude", a-t-il assuré. "Il y a une garantie totale que les résultats refléteront fidèlement la volonté populaire."
L'ancien maire de Lima Rafael Lopez Aliaga a cependant dénoncé "un cas de fraude électorale", estimant qu'il s'agissait d'"un délit grave, l'un des plus graves qui existent dans un régime démocratique".
"Le pouvoir exécutif a rempli strictement et de manière responsable son mandat constitutionnel de garantir l'ordre, la sécurité et la protection du matériel électoral", a affirmé la présidence péruvienne.
"Ils n'ont pas garanti un processus clair (...) Il n'y a pas d'autre mot que fraude", a dit à l'AFP Karina Herrera, alors qu'elle manifestait devant les locaux de l'ONPE.
Rejet de la classe politique
Le scrutin, marqué par un nombre record de 35 candidats, s'est déroulé dans un contexte de flambée de la criminalité et de rejet de la classe politique.
La candidate de droite Keiko Fujimori arrive en tête des sondages à la sortie des urnes pour la présidentielle au Pérou. Les instituts Ipsos et Datum prévoient un second tour le 7 juin entre elle et l'un des quatre autres candidats en lice pour la deuxième place, dont l'ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga et le candidat de gauche radicale Roberto Sanchez.
Plus de 27 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour élire président et parlementaires lors de ce vote obligatoire. Le scrutin marque le retour d'un Parlement bicaméral pour la première fois depuis 1990.
Le Pérou a connu huit présidents depuis 2016, dont la moitié destitués. La classe politique est discréditée par des scandales de corruption à répétition. Quatre anciens chefs d'Etat sont emprisonnés.
Selon la radio RPP, au moins 252 candidats ont fait l'objet de condamnations pénales, tandis que plus de 90 % des Péruviens disent avoir "peu" ou "aucune confiance" dans leurs institutions, selon Latinobarometro.
Flambée de la criminalité
Le bulletin de vote, long de 44 cm, illustre la complexité du scrutin, au terme d'une campagne dominée par la lutte contre la criminalité.
"Tout va très mal (...) on part travailler sans savoir si l'on rentrera à la maison", témoigne Raul Cabana, un ouvrier de 45 ans.
Les homicides ont plus que doublé depuis 2018, atteignant environ 2 600 par an, tandis que les plaintes pour extorsion ont été multipliées par huit, selon la police.
La violence a fortement augmenté avec l'arrivée de groupes criminels transnationaux, actifs aux côtés des gangs locaux. Les transports publics sont particulièrement touchés : selon la police, 75 chauffeurs ont été tués en 2025, principalement à Lima.
Face à l'insécurité, les candidats ont rivalisé de propositions radicales, allant de prisons dans la jungle au rétablissement de la peine de mort.
"J'agis d'abord et je demande l'autorisation ensuite", a lancé dans la matinée Rafael Lopez Aliaga, promettant expulsions et durcissement sécuritaire.
L'héritière de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), condamné pour corruption et crimes contre l'humanité, propose aussi d'expulser les migrants en situation irrégulière et de renforcer les liens avec les États-Unis. Dans un entretien à l'AFP, elle s'est engagée à "rétablir l'ordre" dès ses 100 premiers jours.
Avec AFP
