
Des touristes marchent sur le glacier Perito Moreno, près d'El Calafate, en Argentine, prise le 2 novembre 2021. © Natacha Pisarenko, AP
Les députés argentins ont adopté jeudi 9 avril une réforme visant à assouplir la loi protégeant les glaciers afin de permettre l'exploitation minière, un projet ultra-sensible du président Javier Milei qui suscite l'inquiétude des défenseurs de l'environnement.
Ce vote marque une nouvelle victoire législative pour Javier Milei dans son élan dérégulateur, déjà conforté en février par l'approbation de sa réforme flexibilisant le code du travail.
La Chambre des députés a voté la réforme de la loi des glaciers par 137 voix pour, 111 contre et trois abstentions après près de 12 heures de débat parlementaire. Le texte, qui donne une plus grande latitude aux provinces pour définir les zones protégées et y autoriser ou non l'activité économique et minière, avait déjà été approuvée par le Sénat en février.
"À partir de maintenant, notre pays retrouve un véritable fédéralisme environnemental et une politique intelligente et souveraine pour l'exploitation de ses ressources", a déclaré le président Milei dans un communiqué après le vote.
"L'eau vaut davantage que l'or !"
Le dirigeant ultralibéral soutenait que la modification de la loi en vigueur depuis 2010 était une étape nécessaire pour attirer les investissements miniers : "les écologistes acharnés à empêcher le progrès de la République argentine ont encore perdu", s'est-il félicité.
Mercredi en fin de journée à Buenos Aires, avant le vote, quelques milliers de personnes avaient investi la place du Parlement : militants écologistes, mais aussi une foule hétéroclite anti-Milei mêlant partis de gauche radicale et retraités luttant pour leurs pensions, a constaté l'AFP.
"L'eau vaut davantage que l'or !", "Un glacier détruit ne revient pas !", pouvait-on lire sur les banderoles dans la manifestation, qui a donné lieu à quelques bousculades entre police et manifestants.
Tôt mercredi, des militants de Greenpeace avaient escaladé une statue incarnant la République, face au Parlement, accrochant une large banderole : "Députés, ne trahissez pas les Argentins. On ne touche pas à la Loi des glaciers." Au moins sept militants ont été interpellés.
Selon un inventaire national datant de 2018, l'Argentine compte près de 17 000 corps de glace supérieurs à un hectare : glaciers ou glaciers dits rocheux, c'est-à-dire des masses de glace recouvertes de fragments de roche.
En février, le Sénat a déjà approuvé la réforme qui donnerait une plus grande latitude aux provinces - l'Argentine est un État fédéral - pour définir les zones "stratégiques" ou "pertinentes" protégées, et en fonction autoriser ou pas l'activité économique, minière en particulier.
Pour ses partisans, la réforme vise à clarifier des critères de définition d'une zone périglaciaire économiquement exploitable, qui selon eux engendrent aujourd'hui des interprétations arbitraires et des litiges sans fin.
Autrement dit, un frein à l'investissement et à l'emploi, selon Javier Milei, connu pour réfuter non le changement climatique, mais le rôle humain dans celui-ci. Fin 2025, en défendant la réforme, il fustigeait "les environnementalistes qui préfèrent qu'on meure de faim mais qu'on ne touche à rien" des ressources naturelles de l'Argentine.
Les opposants s'inquiètent du principe de "pertinence hydrique" qui passerait à discrétion des autorités provinciales. "Cela revient à estomper le rôle scientifique, et le subordonner à des décisions politiques", selon Pablo Villagra, directeur de l'Institut Argentin de nivologie et glaciologie.
Pour lui, "tous les corps de glace ont une 'importance hydrique', que ce soit en tant que réserve d'eau ou par leur apport effectif en eau au moment où ils fondent".
Les compagnies minières ont rédigé cette loi
Le secteur minier "est très attaché à protéger l'environnement" mais "veut une sécurité juridique, des définitions claires" a plaidé auprès de l'AFP Michael Meding, directeur d'un important projet de mine de cuivre à Los Azules (ouest).
"Je n'ai aucun problème à le dire : les compagnies minières ont rédigé cette loi, elles ont piloté le processus", a dénoncé lors du débat le député Maximiliano Ferraro, (centre-droit), opposé à la réforme.
L'ultralibéral Milei, président depuis 2023, est résolu à doper la capacité de l'Argentine dans l'exploitation du cuivre, du lithium, de l'or ou de l'argent, et cite fréquemment avec envie le Chili voisin, premier producteur mondial de cuivre sur la même cordillère.
Selon une projection de la Banque centrale, l'Argentine pourrait tripler ses exportations minières d'ici 2030, voire le quintupler sur la décennie à venir, se basant sur des estimations du secteur minier.
Avec AFP
