
Des véhicules font la queue pour faire le plein dans une station-service, lors d'une pénurie de carburant à Addis-Abeba, le 27 mars 2026. © Marco Simoncelli, AFP
Cinq semaines après le début de la guerre au Moyen-Orient, rien ne semble pouvoir freiner la folle escalade des prix du pétrole et du gaz. Le baril de brut a de nouveau franchi, lundi 6 avril, le seuil symbolique de 110 dollars, malgré l’annonce dimanche d’une augmentation de la production mondiale pour tenter de juguler la crise.
Cette hausse des prix - due à la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transitaient jusqu’alors 20 % des hydrocarbures - n’est pas sans conséquence pour le continent africain, dont la consommation de carburant dépend pour moitié des importations, avec des situations néanmoins contrastées.
Une manne financière pour quelques pays exportateurs
En théorie, les pays les plus résiliants face aux effets des crises énergétiques sont les pays exportateurs d’hydrocarbures. Ces derniers bénéficient mécaniquement de la hausse des cours mondiaux (plus de + 50 % pour le pétrole et 70 % pour le gaz depuis le début de la guerre).
Une situation particulièrement bénéfique pour l’Algérie - premier producteur de gaz et quatrième producteur de pétrole du continent – qui est aujourd’hui le seul pays africain à bénéficier d’une véritable autosuffisance énergétique. Les exportations d’hydrocarbures constituent de loin sa principale source de revenus (95 % des recettes d'exportation).
Premier producteur africain de pétrole, le Nigeria tire également son épingle du jeu, notamment grâce à la raffinerie Dangote, la plus grande d’Afrique, inaugurée en 2024 dans la banlieue de Lagos. En y augmentant fortement la production depuis le début de la guerre, le pays est parvenu à suspendre ses importations d’essence raffinée. Abuja continue néanmoins d’importer une partie de son diesel et de son kérosène, utilisés notamment pour compenser un réseau électrique défaillant.
Mais tous les pays producteurs ne sont pas logés à la même enseigne, alerte l’analyste de l’ONU Junior Davis, spécialiste de l’Afrique.
La plupart "manquent de capacités de raffinage nationales et réimportent des produits pétroliers raffinés à des prix plus élevés", souligne-t-il dans un récent rapport, estimant que les pays africains exportateurs de pétrole pourraient ne tirer que des "gains limités" de cette crise.
Mesures d’urgence face à la hausse des prix
Parmi ces pays figurent l'Angola, la Libye, la Zambie, le Tchad, le Niger, le Soudan du Sud et le Gabon.
Certains se trouvent aujourd’hui dans une situation particulièrement difficile, comme l’Égypte, dont les réserves de pétrole et de gaz ont diminué ces dernières années et qui était déjà confronté à des difficultés d’approvisionnement du fait des attaques houthis en mer Rouge.
Frappé de plein fouet par la hausse des prix des hydrocarbures, utilisés pour le transport mais également la production d’électricité, le pays a été contraint d’imposer des mesures d’urgence : hausse des prix des carburants, couvre-feu commercial le soir, télétravail le dimanche ainsi qu’une réduction de l'éclairage public.
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Des mesures similaires ont été adoptées dans de nombreux autres pays comme le Soudan du Sud, qui a décrété un rationnement de l’approvisionnement électrique, ou bien le Sénégal qui a suspendu les voyages "non essentiels" des ministres et appelé ses citoyens à la sobriété.
Cette crise intervient, par ailleurs, à un moment particulièrement délicat pour de nombreux pays africains qui ont réduit ou supprimé ces dernières années les subventions sur les carburants, sous la pression des bailleurs internationaux et notamment du FMI. Des mesures jugées trop coûteuses et qui pénalisent les investissements dans d’autres secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation ou la transition énergétique.
Face à la crise, plusieurs pays comme le Kenya ou l‘Éthiopie ont décidé de réintroduire ou d’augmenter temporairement cette mesure de protection.
Pénuries de carburant
Enfin, certains pays qui avaient peu de réserves font face à des situations de pénurie localisées, en particulier en Afrique de l'Est et australe, particulièrement dépendantes des importations du Moyen-Orient.
C’est le cas du Kenya ou plusieurs stations-services, y compris dans la capitale Nairobi, ont été contraintes de rationner l’approvisionnement voire même de fermer faute de carburant.
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D’autres pays comme l’Éthiopie, le Mozambique, Madagascar, le Malawi ou l’Ile Maurice, qui ne bénéficient pas d’infrastructures de raffinages fonctionnels sont eux aussi particulièrement à risque.
À Addis Abeba, l’expérience des automobilistes et des transporteurs a viré au cauchemar fin février. Faute d’approvisionnement suffisant, certains conducteurs ont dû patienter plus de 24 heures avant de finalement pouvoir faire le plein, pour les plus chanceux, à des prix prohibitifs.
