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"Nous devons nous réveiller" : une nouvelle attaque antisémite à Londres
Quatre ambulances appartenant à une organisation caritative juive ont été incendiées lundi matin à Londres. La police britannique a ouvert une enquête pour faire la lumière sur cet acte, qu'elle considère comme "un crime de haine antisémite".
Des habitants du quartier de Golders Green, au nord de Londres, se rassemblent près d'un camion de pompiers alors que les pompiers sécurisent le secteur, le 23 mars 2026. AFP - HENRY NICHOLLS

Le Premier ⁠ministre britannique Keir ​Starmer a dénoncé, lundi 23 mars, un "incendie criminel antisémite profondément choquant" après ​la destruction de quatre ambulances appartenant à une association juive dans le nord de Londres.

La police indique avoir été alertée par les pompiers vers 1 h 45 du matin (locales et GMT) et ces derniers ont mobilisé six véhicules et une quarantaine de personnes avant de parvenir à éteindre l'incendie vers 3 h du matin. L'explosion des ambulances a brisé les fenêtres d'un immeuble voisin. Des maisons voisines ont été évacuées par précaution, mais l'attaque n'a pas fait de blessé.

Des photos diffusées par les médias britanniques montrent trois véhicules calcinés sur un parking, et un quatrième endommagé. Le parking est adjacent à une synagogue. Une vidéo, apparemment issue d'images de télésurveillance et circulant sur les réseaux sociaux, montre trois personnes cagoulées entrer dans le parking et déclencher le feu avant de prendre la fuite.

"Nous examinons des images de vidéosurveillance et avons connaissance de vidéos circulant en ligne. À ce stade préliminaire, nous pensons rechercher trois suspects", a indiqué la responsable de l'enquête, Sarah Jackson, citée dans le communiqué. La police londonienne a dit traiter l'attaque "comme un crime de haine antisémite".

Les ambulances appartenaient à Hatzola, une organisation bénévole à but non lucratif intervenant lors d'urgences médicales et travaillant en collaboration avec le système de santé britannique. Elle a été fondée dans les années 1960 à Brooklyn, New York, pour fournir des services à sa communauté hassidique de langue yiddish.

"Onde de choc"

Le Premier ministre Keir Starmer a dénoncé une attaque "antisémite profondément choquante". "Mes pensées vont à la communauté juive qui apprend ce matin cette terrible nouvelle. L'antisémitisme n'a pas sa place dans notre société", a-t-il réagi sur le réseau social X.   

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Le maire de Londres, Sadiq Khan, a lui aussi vivement réagi : "Il s’agit d’une attaque lâche contre la communauté juive. Je suis en contact étroit avec la police, qui renforce ses patrouilles dans le secteur, et j’invite toute personne disposant d’informations à se manifester. Les Londoniens ne se laisseront jamais intimider par ce genre de haine et d’intimidation".

Le grand rabbin Ephraim Mirvis a également condamné sur X "une attaque particulièrement ignoble". S'exprimant sur les lieux de l'incendie, il a déclaré, selon la BBC, que cet incendie est le dernier d'une "série d'incidents criminels antisémites à travers le monde".

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Dean Cohen, conseiller du quartier de Golders Green, qui se trouvait sur les lieux, a déclaré à Jewish News que le fait que l'incident se soit produit sur le "parking d'une synagogue est particulièrement glaçant et va provoquer une onde de choc dans notre communauté, à un moment où les craintes concernant l'antisémitisme sont déjà vives au Royaume-Uni".

Une multiplication des actes antisémites 

Pour l'ambassade d'Israël en Grande-Bretagne, Londres est gangrené ​par l'antisémitisme. "Ça suffit", a écrit la représentation ​diplomatique sur X. "Une enquête approfondie et des mesures fermes s'imposent pour mettre fin à ​ce climat d'intimidation avant qu'il ne s'aggrave davantage. Le silence et l'inaction ne sont plus une option", peut-on lire.

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La Grande-Bretagne a enregistré des niveaux de haine antisémite nettement plus élevés depuis les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui ont déclenché la guerre à Gaza, selon le Community Security Trust, qui conseille les quelque 290 000 Juifs du pays en matière de sécurité.

Selon le Community Security Trust (CST), il y a eu 3 700 actes antisémites au Royaume-Uni en 2025, le deuxième total annuel le plus élevé jamais enregistré par cette organisation chargée d'assurer la protection des lieux de la communauté juive. Le 2 octobre 2025, en pleine fête du Yom Kippour, une synagogue de Manchester a été la cible d'une attaque, qui a fait deux morts et trois blessés graves, suscitant une vive émotion dans le pays.

Sur les lieux de l'incendie des ambulances à Londres, le ministre de la Santé Wes Streeting a pris la parole lundi pour dénoncer un "acte maléfique" perpétré au cœur de la communauté juive de Londres. "L’objectif de ces agresseurs est clair : ils veulent que les Juifs de ce pays vivent plus modestement, qu’ils vivent moins leur judaïsme, qu’ils soient moins visibles en tant que Juifs, qu’ils aient peur de vivre leur judaïsme", a-t-il dit comme le rapporte Sky News. "L’antisémitisme est une vieille haine, mais elle est bien vivante dans notre pays et nous tous, en particulier ceux qui ne sont pas juifs, devons nous réveiller, nous lever et travailler avec nos amis et voisins juifs pour affronter et vaincre cette haine abjecte."

Le mois dernier, deux hommes ont été condamnés à la prison à vie pour avoir planifié une attaque d'ampleur contre la communauté juive dans la région de Manchester. La semaine dernière, la police a inculpé deux Iraniens, accusés d'avoir espionné des lieux liés à la communauté juive à Londres. Un autre Iranien comparaît également lundi devant un tribunal pour avoir, avec un complice, tenté de pénétrer dans la base navale de Faslane, où sont stationnés les sous-marins nucléaires britanniques. 

Une attaque soutenue par l'Iran ?

Avec cette nouvelle attaque, l'Iran est encore une fois pointé du doigt. D'après SITE Intelligence, un groupe soutenant l'Iran, le Mouvement islamique du peuple de la main ​droite (Islamic Movement of the People of the Right ‌Hand), a revendiqué cette attaque contre la Jewish Community Ambulance. Le site a également indiqué que ce groupe était responsable d'incendies similaires à Liège, en Belgique, ainsi qu'à Rotterdam et Amsterdam, aux Pays-Bas.

Des sources de l'ambassade israélienne ont indiqué au Telegraph que l'attentat à la bombe incendiaire portait les marques d'une attaque soutenue par l'Iran. Le journal britannique rapporte que les services britanniques ont déjoué 20 attentats terroristes commandités par l'Iran au Royaume-Uni ces dernières années.

Selon le commissaire principal Luke Williams, la police a pris connaissance de cette revendication, mais elle n'est pas en mesure de la confirmer pour le moment. "Établir l'authenticité de l'attentat sera la priorité", a-t-il déclaré selon la BBC, en précisant que ces incendies n'ont pas été qualifiés d'acte terroriste "à ce stade".

Une synagogue a été prise pour cible à Liège, une autre à Rotterdam, tandis qu'une explosion a eu lieu devant une école juive d'Amsterdam, ne faisant dans chaque cas aucun blessé mais quelques dégâts matériels. Ces attaques surviennent dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par une offensive menée conjointement par Israël et les États-Unis contre l'Iran.

Avec AFP, Reuters et Associated Press