logo

Narcotrafic : "El Mencho", le chef du cartel CJNG qui sème la terreur au Mexique
À la tête du redoutable cartel Jalisco Nueva Generacion (CJNG), Nemesio "El Mencho" Oseguera, abattu dimanche, en a fait l'organisation la plus puissante du Mexique par un usage débridé de la violence, n'hésitant à pas défier ouvertement le gouvernement.
Nemesio Oseguera Cervantes, alias "El Mencho", chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG) et l'un des narcotrafiquants les plus recherchés par les États-Unis. © France 24

Tué dimanche 22 février à l'âge de 59 ans lors d'une opération de l'armée, Nemesio "El Mencho" Oseguera était considéré comme le dernier des grands parrains du pays depuis l'arrestation et l'incarcération aux États-Unis des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquin "El Chapo" Guzman et Ismael "Mayo" Zambada".

Washington avait mis une prime de 15 millions de dollars sur sa tête.

Le criminel, "violent de nature" selon le spécialiste du narcotrafic José Reveles, s'en prenait de front aux autorités, quand d'autres organisations similaires restaient sur la défensive.

Le 20 juin 2020, il avait lancé une attaque sans précédent contre l'actuel secrétaire fédéral à la Sécurité publique, Omar García Harfuch, alors chef de la police de la capitale, blessant celui-ci. Trois personnes avaient trouvé la mort, dont deux gardes du corps.

Cinq ans plus tôt, son cartel avait déjà tiré sur la toute nouvelle Gendarmerie nationale du Jalisco, puis tendu un guet-apens à un convoi de policiers de cet État de l'ouest mexicain.

Ses narcos avaient alors abattu un hélicoptère militaire au lance-roquettes et provoqué barrages et incendies. Des dizaines de personnes avaient trouvé la mort, dont 20 policiers et neuf militaires.

"Une présence dans quasiment tout le Mexique"

Même s'il était apparu en 2025 lors de deux concerts de "narcocorridos", des groupes chantant la gloire des trafiquants, El Mencho "faisait très attention à ne pas s'exposer publiquement, on sait peu de choses sur sa vie", observe José Reveles auprès de l'AFP.

Les images de lui sont rares. Sur l'avis de recherche du département d'État américain, il apparaît le visage anguleux, les cheveux impeccablement peignés et une fine moustache, tandis que sur une fiche de l'agence antidrogue américaine (DEA) de 1989, on le voit avec les cheveux frisés et des traits plus grossiers.

Né en 1966 dans une famille pauvre du Michoacan où les cultures illégales de cannabis étaient légions, il immigre jeune aux États-Unis, où il est condamné dans les années 1980 pour trafic d'héroïne. Il est expulsé du pays après avoir purgé sa peine.

De retour au Michoacan, il rejoint le cartel del Milenio, dont il est éjecté à la suite de luttes internes.

"El Mencho" quitte alors son État natal pour le Jalisco voisin, où il fonde en 2009 les "Mata Zetas", bientôt rebaptisé Cartel Jalisco Nueva Generacion. En 2011, le gang signe un de ses massacres les plus symboliques en laissant 35 cadavres près du lieu d'une réunion de procureurs dans le Veracruz (est).

Prenant le dessus sur de nombreux gangs rivaux, le CJNG se renforce à grande vitesse. Après l'extradition aux États-Unis du "Chapo" et de "Mayo", son cartel devient le plus puissant d'un pays où les violences liées à ces groupes ont fait plus de 450 000 morts et plus de 100 000 disparus depuis 2006.

En 2025, le département d'État américain déclare le CJNG organisation terroriste, soulignant son caractère "transnational avec une présence dans quasiment tout le Mexique". Trafic de drogues, d'armes, extorsions, traite de migrants, vols de pétrole et de minerais, Washington l'accuse d'une litanie de crimes.

Ne parvenant pas à rivaliser avec ses concurrents qui contrôlent la frontière avec les États-Unis, "El Mencho" infiltre d'autres marchés.

"L'Europe, l'Asie, l'Afrique et même l'Australie étaient moins disputées par les Mexicains, et là-bas la drogue se paie plus cher", explique José Reveles.

Divorcé, Oseguera avait trois enfants. Son ex-épouse et deux de ses fils ont été emprisonnés. Elle a été relâchée, tandis que son aîné, alias "El Menchito", a écopé de la perpétuité aux États-Unis.

Avec AFP