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Appelé à la barre du procès Clearstream, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin devra, pour la première fois, convaincre le tribunal correctionnel de Paris qu'il n'a "jamais eu connaissance" des fameux listings falsifiés.
Pour la première fois depuis le 21 septembre, premier jour du procès de la manipulation de faux comptes bancaires de Clearstream, Dominique de Villepin viendra, ce mercredi, s’expliquer à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Poursuivi pour dénonciation calomnieuse, l'ancien Premier ministre français doit se défendre d'avoir fauté par "abstention" au moment de l’affaire.
Dès l’ouverture du procès, l’ex-chef du gouvernement avait dénoncé devant la presse l’"acharnement" présidentiel à son égard. "J'en sortirai libre et blanchi au nom du peuple français", avait-t-il alors affirmé.
"De nombreuses questions attendent Dominique de Villepin à la barre", annonce Philomé Robert, envoyé spécial de FRANCE 24 au tribunal correctionnel de Paris. En premier lieu, "savait-il que les listings étaient trafiqués ?" Brièvement interrogé mardi à ce sujet, l'ancien Premier ministre avait de nouveau affirmé n'avoir "jamais eu connaissance", ni "eu entre les mains" ces listes falsifiées.
Les autres points qui seront abordés dans son audition concernent "ses liens avec Imad Lahoud, le falsificateur présumé des listings", détaille Philomé Robert, mais également son rôle dans "les instructions données à Jean-Louis Gergorin, l'ancien vice-président d'EADS, pour dénoncer ces listings auprès du juge Renaud Van Ruymbeke." Enfin, "il se prévaut d'instructions de Chirac au général Rondot pour enquêter sur ces listings."
Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin ont continué mardi à s'accuser mutuellement d'avoir été à l'origine de l'affaire Clearstream.
L’avenir politique de Villepin en suspens
Cette journée est aussi l'occasion pour Dominique de Villepin, qui joue son avenir politique dans ce procès, d'affûter une défense dont les grandes lignes s'articulent autour du président Nicolas Sarkozy, constitué partie civile. Les juges d'Huy et Pons, qui ont renvoyé l'ancien Premier ministre devant le tribunal correctionnel, avaient souligné le "contexte de rivalité politique avec Nicolas Sarkozy".
"Sa défense s'articule en trois phases", dont chacune est liée au chef de l'État, dévoile Philomé Robert. "Une première phase de négation, analyse l'envoyé spécial, où l'accusé affirme n'avoir jamais participé à une manipulation visant à écarter politiquement Nicolas Sarkozy. Une seconde phase de procédure ensuite, ses avocats tentant de contester la constitution de partie civile du président de la République française. Enfin une troisième phrase, offensive, où il se dit être victime d'un acharnement politique du même homme."
L'affaire Clearstream doit être jugée jusqu'au 23 octobre au tribunal correctionnel de Paris.