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"Un prophète" dans les salles obscures

Grand prix du jury à Cannes, le dernier opus de Jacques Audiard sort en salles mercredi. Film coup de poing, "Un prophète" suit un jeune délinquant, interprété par Tahar Rahim, tout au long de son ascension au sein de l'univers carcéral.

AFP - "Un prophète", qui sort mercredi en salles après avoir décroché le Grand prix au Festival de Cannes, est un haletant film noir qui offre une saisissante plongée dans l'univers carcéral et révèle un jeune comédien au talent infini, Tahar Rahim.

Co-écrit par Thomas Bidegain et le cinéaste Jacques Audiard dont c'est le cinquième film - à partir d'une idée originale d'Abdel Raouf Dafri, le scénariste de "Mesrine" ou de la série télévisée "La commune" -, "Un prophète" happe le spectateur pendant deux heures et demie.

Il suit Malik El Djebena (le juvénile Tahar Rahim, stupéfiant dans son premier rôle, à 28 ans) un garçon de 19 ans sur lequel se referment pour six ans, les portes de la prison. Orphelin, illettré, sans amis ni famille, il est une page vierge sur laquelle vont venir s'inscrire les codes brutaux de l'univers carcéral.

Entre le clan des Corses et celui des Arabes, Malik choisit le premier en dépit de ses origines et se retrouve sous la coupe de César (Niels Arestrup, impressionnant lui aussi) qui lui offre sa protection contre des "missions" criminelles. S'adaptant remarquablement vite, il devient un vrai malfrat.

"Un prophète" éblouit par sa tension permanente, l'énergie qui se dégage d'une mise en scène virtuose et le brio avec lequel Audiard s'affranchit de tous les clichés des films sur la prison, pour signer un haletant film noir.

Une humanité coupée de la civilisation s'y réorganise sur la base de comportements primaires, d'instincts communautaristes, sinon racistes et la violence extrême est la seule voie de survie.

"Ce qui m'intéressait, c'est de traiter la prison comme métaphore de la société", disait Jacques Audiard à Cannes. "Le personnage rentre et sort, au bout d'un moment le dedans et le dehors, c'est la même chose. Ce qu'il peut apprendre à l'intérieur lui servira à l'extérieur", poursuivait-il, récusant avoir fait un "film de dénonciation". "Le titre +Un prophète+ nous l'avons pris dans un sens ironique, il annonce un nouveau type de criminel, qui n'est pas un psychopathe, il est même un peu angélique", expliquait Audiard.

Car Malik, jeune délinquant à la brutalité mâtinée d'innocence "ne correspond pas au stéréotype du dur à cuire bourré de testostérone". "C'est le portrait d'un opportuniste qui, dans une grande partie du film, est plus "agi" qu'agissant, et on va assister à cette prise de conscience progressive, pas malgré lui mais presque", disait le cinéaste.

La riche bande sonore mêle la musique composée par Alexandre Desplat - nommé à l'Oscar 2009 pour la partition de "L'étrange histoire de Benjamin Button" - aux bruits et aux voix, amplifiant le climat oppressant du film.

Fils du réalisateur et dialoguiste Michel Audiard, Jacques Audiard est à 57 ans l'un des rares cinéastes français à exceller dans le film noir et l'auteur d'"Un héros très discret", prix du meilleur scénario à Cannes en 1996 ou encore de "De battre mon coeur s'est arrêté", qui avait obtenu de nombreux prix dont 8 Césars en 2006 (dont celui du meilleur film) et un BAFTA la même année pour le meilleur film non anglophone.